Il est vrai que la tendance actuelle en matière de mode est au « Revival » . Après avoir revisité les sixties, les eighties, voici que les boutiques branchées s’attaquent aux seventies, bien que la nuance entre le style des années 70 et celui des années 80 ne soit pas super flagrante. Bref, la mode est au Vintage et les fripiers de Paname à Londres, en passant par Milan, se frottent les mains. Mais attention, il y a Revival et Revival ! Quelle qu’ait été la mode, il y a toujours eu la "tendance - tendance" et la "tendance - Afro".
Les années 50-60 se veulent élégantes et raffinées, ces dames sont strictement moulées dans des tailleurs en tweed ou prises dans des robes-jupes-jupons à corset, tombant sous le genou, s’il vous plaît. Côté afro, la mode est au mimétisme, les canons de beauté blancs dictent leurs lois de Harlem aux grandes rues de Kinshasa. Les seules fantaisies que s’accordent alors les "Sistaz" sont ces volumineuses perruques façon The Supreme ou la choucroute style Aretha Franklin, à la coupe courte et au lissé parfait. Epoque coloniale oblige, la robe et les escarpins à talons courts sont de rigueur en Afrique aussi, mais certaines de nos grands-mères s’autorisent tout de même à coiffer leurs cheveux avec assortiments de tresses, de foulards et de bijoux, mais toujours en hauteur.
Mais c’est au cours des années 70 que les Noirs d’Afrique et d’Amérique vont élaborer l’esthétique afro la plus aboutie. Bien entendu, les seconds vont considérablement influencer les premiers, mais en réalité les Afro-américains vont abondamment puiser des codes vestimentaires et esthétiques en Afrique. Les seventies, c’est l’ère de l’Afro, de son apparition, de sa symbolisation, de sa revendication et de son esthétisation.
A mon humble avis, jamais les Noirs n’ont été aussi beaux que durant les années 70, ni avant, ni après... Le Black Panther Party, ce n’était pas qu’un mouvement politique, c’était aussi une construction esthétique, partant d’éléments communs, pour sublimer des caractéristiques physiques singulières. For men : vestes et gants en cuir noirs, bérets noirs, lunettes noires, pull-overs noirs, pantalons cigares noirs, souliers noirs. For ladies : La mini-robe, la mini-jupe, le pull-over, ultra-féminins, absolument sexy. Des vêtements aux couleurs choisies, un port de tête, une démarche, un phrasé, le tout soigneusement étudié pour souligner des afro à la coupe impeccable, quasi chirurgicale. Née à la fin des années 60, l’esthétique des Black Panthers va être le background des tendances mode des années 70.
Les années 70, ce sont les années de la blaxploitation, de la beauté noire décomplexée, sensuelle, sexuelle, provocante. Mêmes habillés de robes fourreaux en soie ou lycra, de jean’s pattes d’éléphant levi’s, de salopettes en polyester et autres combinaisons aux couleurs hallucinantes, les corps noirs se montrent, les corps noirs bougent, les corps noirs dansent. Chemises aux imprimés hawaïens, psychédéliques ou africains s’attachent au dessus du nombril, les paupières sont bleues fluorescentes, les lèvres sont rouges sanguines, les tenues sont déchiquetées à l’indienne, les bottes sont à lacets, les fleurs poussent dans les cheveux, les boas et les fourrures multicolores sont en toc, les boucles d’oreilles en plastoc sont énormes et les colliers ressemblent à des rangs de bonbons.
Chic ou prolo, Tout est permis, tout le monde ressemble à une star, c’est le règne du « total look » et de la fantasy. Les égéries sont Pam Grier, Shaft, Chaka Khan, Diana ross et Papa Pimp. L’émission « Soul Train » fait un carton à la télé américaine et c’est un festival de vestes à carreaux cintrées, de pattes d’éph moulant les « frères » et de coupes afro toutes plus volumineuses les unes que les autres. Parce que si l’esthétique Black Panther prône l’Afro taillé et discipliné, l’esthétique funk-soul l’aime façon crinière survoltée.
L’afro traverse l’Atlantique et s’implante en Afrique où nos mamans ressortent les peignes en bois et bambou. La petite africaine « touch » ? Une raie sur le côté, qui sépare la masse de cheveux avec une petite et une grande frange qui caresse le front. Côté fringues, c’est la guerre entre la robe « midi » et la robe « mini ». L’une s’arrête au milieu du mollet, et l’autre au milieu de la cuisse. Aux pieds, la chaussure s’appelle « Goudure », à cause de son talon large et sa pointe carrée. Comble du chic, elle est souvent agrémentée d’une boucle argentée. Pour compléter le style, sac à main en cuir noir, porté mi-bras, lunettes façon "œil-de-mouche" énormes.
Puis arrivent les années 80… et Donna Summer. Plus sexe, tu meurs… La reine du disco ose tout, crée tout. Elle est la première à adopter les tresses africaines. Sur scène comme à la ville, sa chevelure est celle d’une reine égyptienne. Le "Bling-bling" elle l’institue alors que Snoop Doogy Dog est encore au biberon. Ses tenues à paillettes peuvent illuminer une ville entière, et ses robes fendues, plutôt deux fois qu’une, enflamment ses fans. Dans les maisons de disques afro-américaines, les groupes de funk se font appeler « Mtume » et partout la coupe « rasta », avec perles blanches, règne en maîtresse. C’est tellement « in » que même les actrices et chanteuses blanches s’y mettent.
Dans le Cosby Show, c’est chemises, pulls, jupes et ceintures ultra larges, épaulettes de joueurs de football américain, et afro coupé au carré pour ses messieurs. Grâce Jones, Cameo et Kid‘n’play se disputent le sommet le plus haut, mais plus pour très longtemps. Les années 80, c’est aussi la fin des années Afro. La légendaire coupe des Black Panthers et des Soulmen est plus huileuse et se fait appeler « Curly », avant de disparaître définitivement avec le boom du défrisage. Michael Jackson popularise la frisette bouclée sur le front à travers le monde, et la bourgeoise madame Huxtable avec ses cheveux bien lisses, instaure une nouvelle ère, celle du conformisme.
Dès lors, les Noirs ne créent plus, n’inventent plus et ne s’inspirent plus d’eux-mêmes. Ils imitent, ils copient, ils entrent dans le rang. La fin d’une époque…
Une époque que la tendance « Revival » ou plutôt la tendance « Consciente », c’est à voir, semble avoir ressuscité. Des évènements comme le Salon Boucles d’ébène ont montré le cheveu naturel sous un autre jour et la "Nappy attitude" a pris le relais. Après la phase je « redécouvre », j’« accepte », je « ré-apprivoise » mon cheveu crépu, les Nappy-girls sont passées à la phase je « réinvente », je « recrée », je « sophistique ». L’afro se décline sur toutes les tailles, toutes les teintes, toutes les frisures, il se coiffe en banane, en couronne, à "l’iroquoise "ou à la "peulhe", autrement dit en « Mwak ».
Et c’est le cheveu qui détermine le style vestimentaire, car comme me l’a rapporté une nappy de mes amies : « en libérant mes cheveux naturels, je me suis libérée dans tous les sens du terme, maintenant j’ose absolument tout niveau fringues, la coupe afro, c’est pas juste une histoire de cheveu, c’est tout un état d’esprit, ça te donne un côté tellement groovy qui titille ta créativité, et tes fringues doivent être à la hauteur de ta coupe ». Alors les fringues, elles suivent ! revival à souhait, avec une touche africaine tout en Wax, cauris ou ébène, assortie de la tendance "rétro" qui fait fureur actuellement. Et il semble que ce ne soit qu’un début, tant notre héritage esthétique est à peine effleuré.
"Afro Revival", donc, mais pour combien de temps ? La mode est peut-être passagère et évolue au gré des tendances, mais la vraie tendance n’est-elle pas justement celle qui se situe au dessus des tendances, se les approprie, les personnalise et en joue plutôt que de les subir. Pam Grier et Sharon stone pourraient être habillées à l’identique, qu’elles ne dégageraient pas du tout la même chose. Allez savoir pourquoi…
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