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Baraka School – Le rêve Africain

Baraka School – Le rêve Africain. Une bénédiction venue du continent noir...

samedi 5 juillet 2008 | par Mbépongo aka Dédy Smith

L’Afrique. Terre mère ! Berceau de l’humanité !!! Etc, etc… On ne les compte plus les appellations qui enferment l’Afrique dans une image parfois trop « fantasmagorique ». Cet idéal d’une terre « mystique », hors du temps, « matrice de l’humanité » semble surtout être un pansement à la douleur provoquée par son image contemporaine et « tiers-mondiste ».

Et c’est très souvent de cette manière que les Afro-américains (à travers le prisme misérabiliste cultivé par l’occident) regardent l’Afrique. La famine, le sous-développement, les dictatures et les guerres ne favorisent pas une identification de la diaspora avec sa terre d’origine, ne vont dans le sens d’une valorisation du patrimoine culturel et encore moins d’un retour à des valeurs perdues (ou effacées par la force).

Une fabuleuse expérience, sous forme d’aventure humaine, nous démontre pourtant comment en puisant dans l’Afrique contemporaine, il est possible de changer quelque peu le cours des choses. « The Baraka School », Créé en 1996, à l’initiative de Robert Embry, président de la fondation ABELL, qui investit chaque année 5 millions de dollars dans des programmes d’éducation pour la ville de Baltimore. Baraka School est un programme éducatif, offrant chaque année à 40 jeunes collégiens Afro-américains des « quartiers chauds » de Baltimore, la possibilité d’effectuer deux années d’études dans un internat à Baraka, au pied du Mont Kenya. Baraka signifie « bénédiction » en Swahili.

Comment est né ce programme ? A Baltimore, près de 70% des garçons Afro-américains n’atteignent pas le lycée, et 50% d’entre-eux atterrissent en prison. Ces tristes chiffres sont le reflet d’une situation sociale dramatique, d’un environnement chaotique où drogue, guerres des gangs, problèmes familiaux et exclusion sont le lot quotidien des adolescents. Cet environnement a, bien entendu, des répercussions dans les écoles où 5% d’élèves « difficiles » empêchent les 95% autres de travailler.

Il apparaît donc que pour redonner des repères indispensables à l’intégration sociale, ces adolescents doivent être transposés dans un nouvel environnement. Mais lequel ? Il est à noter que dans un premier temps, le choix du Kenya était quelque peu motivé par des contraintes financières. En effet, ce projet éducatif est subventionné par une fondation privée. Les bas salaires des professeurs Kenyans (bien que hautement qualifiés) et le faible coût de la vie ont favorisés le choix de Baraka.

Le recrutement.Basé sur le volontariat, l’objectif de ce programme est donc d’extraire des enfants de 12 à 14 ans de leur environnement difficile afin de leur permettre de retrouver un niveau scolaire, et surtout de vivre une autre expérience humaine, loin des troubles des rues. La famille est fortement impliquée dans le processus. Signalons que nombreux préjugés et clichés sur l’Afrique ont freiné les premières éditions du programme, les familles afro-américaines n’étant pas prêtes à envoyer leurs enfants vivre parmi les « sauvages » africains, qui « meurent de faim ». Les critères de sélection sont simples : être inscrit dans une école publique de Baltimore, être un garçon et surtout être motivé.

La destination de l’Afrique ainsi que la priorité donnée aux écoles les plus faibles, en fait un programme 100% noir, bien, qu’il ne s’agisse pas d’un programme éducatif à caractère « racial » au départ. Les enfants sélectionnés ont pour point commun une réalité quotidienne difficile, doublée de la contrainte de grandir trop vite. Ils ont tous conscience de l’effet néfaste de leur environnement sur leur scolarité et leur construction personnelles, et sont prêts à quitté leur famille pour 2 ans, même si ils n’ont que très peu de recul sur la réalité de l’Afrique

La vie dans le bush. A baraka, toutes les conditions sont réunies pour que le programme porte ses fruits. 150 acres au pied du Mont Kenya, des professeurs américains et Kenyans de qualité et un cadre plus que « dépaysant » pour les adolescents Afro-américains de Baltimore. L’internat dispose par exemple de 3 chevaux, un jardin et des arbres à fruit. Les collégiens portent des uniformes et l’électricité n’est disponible que 6 heures par jour. Il n’y a pas de télévision et ils doivent lire 100 livres durant l’année… cela change des Mp3 et des clips de 50 cent GGGG.UNIIIIT !

Les enfants vivent des expériences nouvelles comme pécher, lire les traces des animaux, camper ou faire l’escalade. Cependant l’adaptation à ce nouvel environnement est très difficile pour la plupart d’entre eux. La perte des repères et la distance avec leurs familles respectives ralentie parfois l’intégration. 1/3 d’entre eux sont renvoyés prématurément à Baltimore de ce fait. La vie en communauté n’est pas simple et ses enfants « turbulents » frisent parfois la crise de nerfs. Afin de remédier à cela, le programme offre une place très importante à la découverte de la culture locale. Ainsi, les pensionnaires de Baraka se mélangent à la population locale.

Au contact des leurs. A l’école, la discipline est très stricte et une éducation « à l’africaine » leur est inculquée. Chacun des pensionnaires a une « famille d’accueille » Kenyane, ils participent à des jeux avec leurs voisins. Au contact de leurs « cousins » Kenyans, ils ré-apprennent le respect des aînés, l’importance de la solidarité dans un environnement difficile où la persévérance et la rigueur sont de mise. Ainsi, les petits Afro-américains découvrent les différentes cérémonies qui accompagnent les enfants vers l’âge adulte. Que ceux qui ne vont pas à l’école participent fièrement à la vie de la communauté en devenant gardiens de bétail. Quoi de mieux pour savoir qui l’on est de savoir d’où l’on vient ?

Quel est l’impact de ce programme sur ces jeunes ? Malheureusement pour des raisons politiques et surtout financières le programme a dû s’arrêter en 2005 après 9 ans d’existence. Selon James Jeff, le directeur de l’internat, il est trop tôt pour dégager de ce programme des résultas à grande échelle. Cependant des résultats très probants sur les élèves créditent l’efficacité du programme. Près de 90% des pensionnaires accèdent au Lycée avec un niveau très respectable, sachant qu’ils partaient avec un retard préoccupant.

Au-delà de la dimension académique, c’est l’impact humain qui semble être le plus encourageant.

En effet, les rôles sont inversés quand les petits Afro-américains de Baltimore en Baggy, jeans et Nike aux pieds, se rendent compte de la rudesse du quotidien de leurs camarades, qui parcourent pieds-nus de longues distances pour faire paître le bétail. Cette expérience les pousse à porter un nouveau regard sur leur sort, qu’ils apprennent à sérieusement relativiser. De retour à Baltimore ses collégiens deviennent des exemples pour leurs camarades.

The boys of Baraka : Une expérience plébiscitée et récompensée. La richesse de ce programme a émue l’opinion publique grâce à la diffusion en 2005 d’un documentaire titré « The boys of Baraka ». Réalisé en 2002, ce film-documentaire relate l’expérience de 12 collégiens de Baltimore à Baraka. Les héros du film sont 4 « petits bonhommes » Devon, Montrey, Richard et son frère Romesh qui n’ont pas la chance de vivre une vie de petit garçon tant leur quotidien est « hard ». Problèmes de lecture, de concentration et de violence, voici dans quel état ces 4 garçons étaient en arrivant à Baraka. Avec émotion ce film nous restitue leur aventure depuis les rues de Baltimore jusqu’au sommet du Kilimandjaro, en passant par les rues de Nairobi et le bush Kenyan.

Ces 4 protagonistes en tirent une expérience inoubliable :

- Devon : « Jai changé en tant que personne, même si je vis toujours dans le même environnement… je suis plus concentré et persévérant qu’avant ».
- Richard : « J’ai vécu des moment que je n’aurais jamais imaginé »

Le film a connu un grand succès dans le monde et a été récompensé de nombreux prix, comme le NACCP Image Award en 2006 ou le prix du meilleur documentaire au festival de Chicago et Newport.

Que retenir cette expérience ? A mon humble avis, il s’agit d’une réussite à observer et analyser dans sa globalité. L’exigence académique et l’influence de l’environnement Kenyan sont les ingrédients d’un succès prometteur. Au-delà de l’attrait financier et de l’impact en termes de dépaysement pour les pensionnaires, l’expérience « Africaine » répond fondamentalement à un problème de repères pour cette population des ghettos noirs américains.

En se positionnant dans la société Africaine contemporaine, loin des clichés idéalistes ou fantasmagoriques, hors du temps, ces jeunes ont eut la possibilité de trouver les ressources spirituelles, mentales et humaines au sein de la communauté rurale de Baraka. A travers ce vécu, concret et riche, ces jeunes Afro-américains ont eut la chance de « vivre » l’Afrique, grâce à des éléments palpables (observés dans l’environnent de Baraka) dont ils pourront se servir au quotidien et transmettre à leur tour.

Dans la société américaine ses enfants avaient peu d’estime d’eux-mêmes. Avant leur séjour dans le bush, leurs familles avaient bien souvent un regard négatif, voir dénigrant sur l’Afrique. Au contact de la population Kenyane, ils ont réussi à relativiser la mauvaise image qu’ils avaient d’elle.. et d’eux-mêmes par extension. De la même manière, les jeunes Kenyans ont eu l’opportunité de se trouver valorisés en voyant que des « petits américains » considèrent leur pays et leur culture comme une source d’espoir.

Cette expérience nous montre de quelle manière un contact direct et contemporain entre l’Afrique et sa diaspora peut aider à progresser.

Votre humble serviteur, Mbépongo aka Dédy Smith

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