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La Sélection Book du mois : Paradis, Kétala, Du cheveu défrisé au cheveu Crépu...

samedi 21 juin 2008 | par Praline, Stella & Sèvrine

Notre sélection Book du mois est très féminine par le plus grand des hasards. Une occasion de découvrir, pour ceux qui ne la connaissaient pas encore, la plume acérée et sans concession des femmes sur les dérives identitaires et morales de nos sociétés.

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PARADIS
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Toni Morrison
Editions 10 / 18
Domaine étranger

Paradise c’est le nom d’une petite communauté noire qui se forme dans le Sud des Etats Unis après la guerre de sécession. Après avoir été rejetés par les communautés noires "claires", dites "light skins", Un petit groupe de Noirs "foncés" décide de fonder sa propre ville et sa propre société. La petite communauté va s’organiser et croître en se coupant totalement du reste du monde, pour se créer son monde, un paradis, sans crimes, sans haine, où Dieu et la morale régnent en maître.
Mais comme dit l’adage, l’enfer est pavé de bonnes intentions et les rêves qui devaient mettre la petite communauté noire à l’abri de la violence, du racisme et de la ségrégation de la société américaine, vont se transformer en dogmes, en règles puis en lois, et tous ceux qui s’en écarteront, seront diabolisés et accusés d’être des " ennemis de la communauté". Les anciens et les aînés reproduiront la ségrégation, le rejet et l’intolérance qu’ils ont subit sur leurs cadets et leurs semblables. Et c’est ainsi que la communauté de Paradise se détruira de l’intérieur. Un voyage édifiant à travers la psychologie du peuple noir, comme seule la romancière afro-américaine Toni Morrison sait la retranscrire.
Praline

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KETALA
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Fatou Diome
Editions Flammarion

Après le succès de son premier roman Le Ventre de l’Atlantique (2003), Fatou Diome, Sénégalaise vivant à Strasbourg, revient avec ce roman original et frais Kétala.
‘Quand quelqu’un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles’. Comment raconter toute la vie d’une personne à travers les témoignages de ses meubles qui l’ont accompagné dans ses aventures, ses joies, ses peines. Les meubles de Mémoria ont décidé de se raconter des anecdotes sur des moments partagés avec leur maîtresse avant sa mort. Ils souhaitent faire un devoir de mémoire afin que lors de leur séparation au Kétala, partage de l’héritage, chacun puisse raconter aux meubles qu’ils vont rejoindre leur histoire à travers la vie de leur maîtresse disparue. Du départ de Mémoria du Sénégal vers l’Europe, de ses joies et ses difficultés dans un mariage malheureux, jusqu’aux déboires qui l’ont poussé à revenir mourir dans sa ville natale, chacun des meubles donne sa vision des épisodes qui ont marqué la vie de cette femme.
Des témoignages poignants, parfois rythmés de querelles et d’humour entre des meubles qui deviennent humains, poignants, vivants. Comment ces choses inertes tels qu’une assiette, un lit, un canapé, un masque, une statue… ressentent toutes les passions qui rythment une existence. C’est que vous découvrirez dans ce roman musical plein de rebondissements qui raconte tout simplement une vie, celle de Mémoria partie trop vite.
Sèvrine

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Du cheveu défrisé au cheveu crépu
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Juliette Sméralda
Editions Anibwe
2007

«  A la Guadeloupe, dans les années 70-80, les femmes aux cheveux courts ét crépus étaient apostrophées par la formule « Kas en fê o moto a-w ? », « casque en fer, où est ta moto ? »Par notre comportement, nous illustrions à l’excès la rage dénigrante que nous inspiraient les « kas en fê ». Nous utilisions des expressions variées pour l’exprimer. Mais toutes traduisaient le mépris du cheveu crépu, qui plus est, lorsqu’il était peu fourni et sans… longueur. Car on ne pouvait évoquer en termes de chevelure –mot français que nous trouvions trop précieux – la matière qui couvrait la tête de ces personnes. »
«  Le défrisage à chaud se révéla être un supplice, car la voisine m’avait enduit les cheveux avec force vaseline, et au moindre passage du fer chaud dans mes cheveux gras, de la graisse chaud se répandait sur mon crâne et me brûlait, mais je pris mon mal en patience. Je savais que mon supplice était le passage obligé, qui allait me conduire à coup sûr vers l’objet du bonheur : des cheveux lisses dans lesquels le peigne glisserait…  »
«  Lors d’un anniversaire une invitée ce désolait de l’infortune de la nature, qui avait fait sortir son petit neveu avec des cheveux « mulâtre » alors que sa petite sœur, aux cheveux crépus, en aurait eu bien plus besoin ! (…) Que de souffrances dans nos têtes d’enfants !  »
Cet ouvrage, il faut le lire avant tout pour ces témoignages, car ils révèlent toute la profondeur d’une aliénation et d’une haine de soi qui s’exercent sur son apparence et celle de ses semblables avec d’autant plus de violence qu’elles sont la plupart du temps totalement inconscientes. L’analyse qui est faite sur la transmission générationnelle du complexe de la couleur et surtout du cheveu dans la société antillaise, pourrait en réalité s’appliquer à l’échelle se tout un peuple. La preuve s’il en était encore besoin que nous avons tous besoin d’une "thérapie raciale" .
Praline

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L’hôte indésirable
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Doris Kelanou
Editions Anibwe
2007

L’hôte indésirable est, à mon sens, un roman de grande qualité qui nous plonge dans l’univers africain des croyances, des superstitions et de l’irrationnel. En toile de fond, le Sida, « hôte indésirable », fléau mortel et « arme de destruction massive ». L’Afrique est en effet, le continent le plus touché par l’épidémie du Sida. C’est un fait réel qui inspire, tout naturellement, les écrivains africains. Doris Kelanou, auteure de ce livre, en est un parfait exemple car à la lecture de l’ouvrage, on s’imagine directement plongé dans les réalités, les bonheurs et les souffrances de l’Afrique.
Simon, homme en apparence respectueux, travaille dur pour être récompensé car comme le veut l’expression « l’homme gagnera son pain à la sueur de son front, le mérite veut que, à un moment de sa vie, les efforts de celui qui excelle dans son travail, qui acquiert une technique, une maîtrise d’exécution, un savoir-faire qui lui permet de produire ou d’inventer soient récompensés ». Il le fût. Du jour au lendemain, une promotion au travail bouleversa sa vie. La vie de sa femme, Anne fût bouleversée également. Dès lors, les (fausses) promesses du mariage qui n’ont « de valeur réelle que dans le meilleur des mondes, qui d’ailleurs n’existe nulle part que dans la tête des précurseurs de cette théorie » s’écroulent. En effet, tout mbokatier qui se respecte, dès lors qu’il atteint une bonne position sociale, « doit jouir, commettre l’adultère, entretenir une ou plusieurs maîtresses… ». C’est ainsi que Simon rencontre l’hôte indésirable et le ramène au foyer. Début d’un long cauchemar pour sa femme, Anne qui voit disparaître les siens sans vraiment savoir pourquoi …
Stella

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L’Etrange destin de Wagrin
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Amadou Hampaté Bâ
Editions 10/18

Amadou Hampaté Bâ, né au Mali en 1901, connu pour son travail d’ethnologue et ses recherches sur les traditions orales africaines, relate, à travers cette œuvre, les aventures d’un homme qui fut son ami. L’étrange destin de Wangrin ou Les Roueries d’un interprète africain a été édité la première fois en 1973. Grand prix de littérature d’Afrique Noire en 1974, ce roman nous renvoie dans l’Afrique colonisée du début du 20ième siècle.
Wangrin est un interprète africain, très intelligent, rusé, audacieux, avide de puissance et d’argent, qui, à force de plans ingénieux et de complots, va rouler les riches de l’époque et surtout « Messieurs-les-administrateurs Coloniaux ». Voyageant à travers les grandes villes d’Afrique Occidentale, ce fils de Bambara vouant un culte au Dieu Gongoloma Soké, Dieu des contraires et de la ruse, a su s’imposer et tirer profit de sa position d’intermédiaire pour monter son réseau et s’enrichir et aller jusqu’à embaucher des européens sous la colonisation. Néanmoins, dans cette quête du pouvoir, Wangrin va se créer des ennemis puissants contre lesquels ses croyances ne pourront pas toujours le protéger. Un conte extraordinaire, rythmé par le chant des griots, les croyances et les rites. Un roman culturel plein de traditions africaines, un chef d’œuvre indémodable à lire absolument.
Sèvrine

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Toutes nos sélections book :

- The Boondocks. Huey Freeman, 10 ans, Black Panther, prends les armes contre la suprématie blanche !

- Johnny Chien méchant, Ramata & Ti Niko

- Aya de Yopougon, une esclave moderne, être Noir en France au 18ième siècle

- Raphaël Confiant et Hampâté Ba

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