L’Etat aménageur et distributeur foncier. Présence formelle, absence réelle. Comme développé dans l’article sur le logement au Mali, les Etats de nombreux pays d’Afrique Subsaharienne ont hérité d’un droit romain en matière d’espace. Ces Etats disposent de pouvoirs étendus quant à l’aménagement du territoire, aux statuts juridiques des sols et ont également à leur charge l’organisation de l’espace urbain. Malgré ces pleins pouvoirs, peu d’Etats ont choisi de s’en servir. Manque de moyens, de compétences, concentration sur un rôle d’Etat-gendarme, simple désintéressement… le fait est que les puissances publiques n’exercent pas leur puissance foncière. On peut véritablement parler d’un échec généralisé de l’Etat dans son rôle d’urbaniste et d’aménageur.
En amont, des causes économiques et sociales. Sans entrer dans une analyse de fond sur les multiples causes qui ont mené à l’apparition des bidonvilles, revenons rapidement sur le phénomène d’urbanisation en Afrique. L’Afrique Subsaharienne est en effet entrée, depuis des décennies, dans un phénomène d’urbanisation qui ne cesse de s’accélérer. Dans un rapport publié en 2007, l’UNFPA prévoit que la population d’Afrique Subsaharienne passera de 294 millions d’habitants en 2000 à 742 millions en 2030. Et si seuls 30% de la population est urbaine actuellement, l’UNFPA prévoit qu’elle monte à près de 50% d’ici 2030.
La vie en ville offre la promesse d’une multitude d’avantages économiques et sociaux. Parmi ces avantages, on compte bien évidemment des opportunités d’emplois (formelles comme informelles) plus nombreuses que dans les zones rurales, un meilleur accès à la santé et à l’éducation, un grand nombre de services sociaux… Les villes se développent ainsi de manière interne mais également par l’arrivée de migrants saisonniers, récents ou temporaires. Mais devant les déséquilibres du marché de la location, des habitats de survie se développent et ils absorbent une bonne partie de l’offre locative.
Logement « bidonvillois » : la création d’une véritable économie des bidonvilles. Ce phénomène de bidonvilles touche tous les Etats africains sans exception. A Abidjan, les bidonvilles se développent dans les quartiers populaires : Adjamé, Attécoubé, Yopougon…Certaines données, datant de 1992, chiffrent à plus de 1 million le nombre de personnes vivant dans ces quartiers, plus de la moitié de la population de cette grande ville. Kibera, considéré comme le plus grand bidonville d’Afrique, rassemblerait plus de 500 000 Kenyans, pays qui fait aujourd’hui l’actualité dans un contexte politique regrettable. Mais il ne s’agit pas ici d’établir une liste des bidonvilles en Afrique. Il est intéressant de noter que ces derniers sont devenus l’objet d’une économie immobilière informelle.
La démission de l’Etat dans son rôle d’urbaniste et d’aménageur est patente. L’Etat, en Afrique Subsaharienne – sauf très rares exceptions – ne structure plus que la ville utile, c’est-à-dire centrale et résidentielle. Fort de ce constat, les « bidonvilliens » s’organisent. A Colombie, un bidonville situé près de la commune de Cocody (Cote d’Ivoire), les habitants ont mis en place un comité d’autodéfense. Depuis mars 2007, un point d’eau potable est également disponible. Ces quelques aménagements permettent aux Ebrié [1] de demander un droit d’entrée pour toute personne désirant s’installer à Colombie. L’installation (construction de baraques) en bidonvilles se monnaye donc.
Sous leurs allures anarchiques, les bidonvilles sont pourtant envisagés comme une véritable offre locative par les migrants ruraux et classes moyennes en quête de logement. Ils se structurent d’années en années, et l’ingéniosité individuelle se remarque par une grande capacité d’auto organisation. Ce tissu urbain plus resserré est fait d’habitations en matériaux recyclés. Ces habitations sont reliées par d’étroites ruelles construites tel un aménagement des voies publiques. Ces ruelles constituent les voies de dessertes des habitations. N’osant même plus espérer qu’un équipement public soit réalisé, les bidonvilliens se regroupent en associations de résidents.
Ensemble, ils créent comme ils le peuvent des drains d’évacuation des eaux pluviale, stabilisent les voies, essaient ainsi d’améliorer le cadre de vie des résidents. Des messes et cérémonies religieuses ont également lieu, à ciel ouvert. D’autres organisations se lancent dans la politique. C’est le cas du mouvement Abahlali baseMjondolo, né en 2005 à Durban, en Afrique du Sud, qui compte aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de personnes. En 2006, ces bidonvilliens organisaient avec succès un boycott des élections gouvernementales, sous le slogan « No Land, No House, No Vote » (Pas de terrains, Pas de maison, Pas de vote). En plus des demandes récurrentes vers une viabilisation du quartier, le mouvement a aussi organisé une League de football composée de 16 équipes.
Les bidonvilles sont ainsi de vrais lieux de vie pour leurs habitants, qui ne sont pas tous issues des couches les plus défavorisées de la population. Beaucoup travaillent dans le secteur informel, d’autres dans les quartiers résidentiels de la classe moyenne et élevée en tant que jardiniers, gardiens, petites « bonnes ». Certains habitants spéculent même sur leur chance d’être relogés par le gouvernement lors des expulsions. Une telle opération, dénommée « opération loto » consiste à choisir un terrain stratégique, le garnir des éléments nécessaires pour qu’il ressemble à une habitation en dur, et à s’y installer, avec un minimum de parents. Ils attendent ensuite d’être expulsés par l’administration publique afin de bénéficier d’un relogement d’urgence. Il faut oser le pari…
Quand les politiques d’expulsion croisent les intérêts de la spéculation immobilière. Conscients de la mauvaise image que les bidonvilles donnent d’un pays et désireux de faire fructifier un patrimoine foncier au potentiel énorme, les Etats réagissent face à leur prolifération. Invoquant l’insalubrité et les localisations dangereuses de certaines installations, les Etats procèdent manu militari à des « déguerpissements » qui ne sont pas systématiquement suivi de relocalisations. L’opération « murambatsvina » (se débarrasser des ordures) lancée en mai 2005 a mis à la rue 200 000 habitants des bidonvilles des grandes villes du Zimbabwe. Au Nigeria, plus de deux millions de personnes ont été forcées à quitter leurs installations depuis l’an 2000.
Ne reconnaissant pas ces implantations, les Etats peuvent à tout moment céder les terres sur lesquelles elles se trouvent, terres qui constituent des biens fonciers. Des spéculateurs immobiliers se sont même spécialisés sur ce marché. Ces derniers achètent des terres à bas prix et n’hésitent pas à les vider de leurs occupants pour en tirer un profit intéressant à la revente. Comme affichés sur certains camions qui circulent à Lagos au Nigeria, « Shit Business is Serious Business ». Associations locales, ONG, personnalités, organisations internationales n’ont pas tardé à manifester leur mécontentement face à ce phénomène de déguerpissement, qui s’est depuis ralenti sans pour autant disparaître.
Il serait utopiste d’espérer des Etats qu’ils reprennent en main leur rôle d’aménageur et de distributeur, ce qui ne signe pas pour autant la fin de la planification urbaine. Les municipalités ont leur rôle à jouer en commençant par accepter la légalité de la propriété coutumière.
Mais au delà de la question du droit foncier, les méthodes d’aménagement sont également discutables. Il ne suffit pas de raser les bidonvilles pour reconstruire du neuf, car ceci supposerait l’expulsion de milliers de personnes et la destruction de modes de vie spécifiques. L’heure est plutôt à la restructuration, c’est-à-dire au maintien des
populations dans les zones en question, tout en viabilisant un minimum les quartiers. « Le phénomène des bidonvilles est une véritable pathologie urbaine » . Reste à trouver le bon remède adapté à chaque pays.
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La guerre des matières premières aficaines. Chap. 2. Les matières premières agricoles
La guerre des matières premières africaines. Chap. 1. Le pétrole
Chine-Afrique. L’Empire du milieu étend son emprise sur les Etats africains
Expériences de la Microfinance en Afrique
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[1] Le peuple Ebrié, autrefois dénommé tchaman représente 0,7% de la population de Cote d’Ivoire. Ils vivent dans la région d’Abidjan, où une lagune porte leur nom.