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Chap. 3. Les ressources minières

La guerre des matières premières africaines. Chap. 3. Les ressources minières

samedi 28 juin 2008 | par Stella Ayoko Dosseh

L’accès aux ressources minières est d’une importance capitale pour les économies ACP, encore plus pour les économies les moins avancées en terme de développement.

Le boom des prix des ressources minières a réveillé les interrogations quant aux liens entre industries d’extraction et développement. Toutefois, avant que les revenus tirés des ressources minières ne contribuent à la réduction de la pauvreté, les pays ACP doivent répondre à des questions d’ordre politique, économique et environnemental.

Les ressources minérales jouent un rôle déterminant dans toute économie : elles permettent la production de biens de consommation, d’infrastructures, de biens industriels mais également d’équipements militaires... Toute économie moderne a besoin d’un accès sécurisé aux matériaux minéraux : bauxite, aluminium, cuivre, fer, or, nickel, zinc et diamants.

La répartition des ressources minières dans le monde est inégale. La majeure partie des pays producteurs sont des pays émergents et en développement, et sont des exportateurs. Les pays industrialisés sont tributaires des importations et sont d’importants consommateurs. Depuis les années 1990, quelques pays d’Asie ont augmenté de façon significative leur consommation de produits minéraux afin de booster leurs économies et comptent désormais parmi les plus importants importateurs.

Les pays ACP sont dotés de nombreux minéraux allant des minéraux ferreux aux minéraux industriels. L’Afrique domine largement l’offre mondiale de métaux et pierres précieuses telles que le platinum, les diamants et l’or. Le Niger par exemple est le troisième producteur au monde d’uranium. Ses productions de cassitérite (qui sert à l’élaboration de l’étain), et les minerais associés à l’uranium (cuivre, argent, vanadium, lithium, titane en font un partenaire très convoité.

Développement. Un certain nombre de pays à un stade avancé de développement comme le Botswana, la Malaisie et l’Afrique du Sud, ont su tirer avantage de leurs richesses naturelles pour améliorer leur développement (augmentation du revenu par habitant, réduction de la pauvreté, parfois même une diversification de l’économie). Pour beaucoup d’autres pays riches en ressources minérales l’impact a été très décevant. Mais le développement qu’ont connu les pays industrialisés est très difficilement comparable à celui qu’on attend des pays ACP. Le contexte économique est aujourd’hui différent : la baisse des coûts de transport rend la compétition plus accrue que par le passé. De plus, l’exploitation intensive de minéraux répond à une demande extérieure et non aux besoins internes des pays. Elle précède donc le développement d’un capital humain national (savoir, expérience, talents). Construire une activité minérale intégrée et capable de générer des innovations est difficile dans ces conditions.

Economie. Le challenge économique réside surtout dans la création de valeur ajoutée. Pour cela les ACP cherchent à organiser la production de manière efficace et durable. Mais une fois créée, la valeur doit également être conservée localement, c’est-à-dire capturée au travers d’emplois, de profits, d’impôts et de manière plus indirecte, au travers de l’achat de biens et services. Enfin, l’Impact de l’utilisation de la valeur ajoutée peut différer selon que les revenus sont transférés à l’étranger ou non, utilisés pour rembourser la dette extérieure, pour réinvestir ou pour importer des biens de consommation. Les pays capables de créer cette valeur ajoutée encourent toutefois le risque que leur gouvernement adopte une attitude rentière. L’Ex-Zaïre par exemple, illustre parfaitement cette gestion des mines selon un modèle rentier : le gouvernement a ainsi, durant des années, disposé des revenus de ses réserves de cobalt, de cuivre, de diamant, d’or et d’uranium sans pour autant promouvoir les investissements, créateur d’emplois et de croissance économique.

Un autre risque menace les ACP : une spécialisation de l’économie dans le secteur primaire et un renoncement au secteur secondaire. De nombreux pays ont déjà pris conscience de ce danger. Afrique du Sud, Angola, Namibie refusent désormais de s’arrêter à la production de diamants bruts. Ces pays veulent désormais participer au triage et à la taille des diamants. Mais afin de modifier leur place dans la chaîne de la valeur ajoutée, ces pays devront compter sur des investissements étrangers, ce type d’industrie étant très demandeuse en capitaux et en infrastructure. Au Botswana, la société sud-africaine De Beers compte ouvrir un centre de distribution de diamants. Ce type d’industrie devrait permettre la création d’emplois, même si la concurrence de l’Inde et de la Chine menace la viabilité de tels projets.

Environnement. Les activités d’extractions ont tendance à laisser leurs traces dans l’environnement. Les effets varient en fonction des types de minéraux et en fonction de l’étape dans la chaine de production. Parmi ces problèmes environnementaux, de nombreuses ONG dénoncent notamment la contamination des surfaces et des eaux, qui a des répercussions directes sur les populations locales. Les extractions minières sont également à l’origine de déforestations, d’érosions des sols. Récemment d’ailleurs un projet de mines [1] a été suspendu en Guyane car il présentait des risques en termes de biodiversité. Les entreprises et les gouvernements sont malheureusement peu enclins à payer les coûts de nettoyage des sols et des mines abandonnées ou fermées.

Politique. De nombreuses études ont montré un lien très fort entre la dépendance aux ressources minières et le risque de guerres civiles et autres conflits (Collier et Hoeffler en 2005- Rennes en 2002), en particulier en Afrique subsaharienne. Ces conflits impliquent bien souvent des acteurs situés au-delà de la région concernée. Jusqu’à la fin de la guerre froide, les interventions militaires américaines et européennes visaient surtout à empêcher le camp adverse de disposer des dites ressources (sécession du Katanga 1960, Guerre du Shaba 1970). Désormais l’activité économique elle-même est totalement militarisée. Les nouveaux groupes miniers forment un réseau qui passe par les bourses américaines et canadiennes, et les responsables politiques. Ce réseau s’organise autour de mini-armées. En Angola, des sociétés de prestations paramilitaires offrent leur service pour « lutter contre les forces rebelles » en échange de droits d’exploitation, qu’ils confient à leurs propres sociétés. En Ouganda, des sociétés spécialisées comme Saracen Ouganda assurent la sécurité de mines d’or et mènent également des opérations armées contre les rebelles. Elles sont étroitement liées (en terme d’actionnariats croisés) aux sociétés d’exploitations des dites mines d’or.

Le boom des matières premières ouvre la possibilité de réduire la pauvreté dans les pays ACP. Mais d’importants challenges restent à relever. La responsabilité des gouvernements est indéniable. Cependant, les défis à relever dépendent aussi des spécificités de l’industrie extractive en général : industrie à grande échelle, elle demande des investissements conséquents, requiert peu de main d’œuvre et entretient des liens restreints avec le reste de l’économie locale.

Petit Historique :

- 1950-1973 : Période dorée. Forte croissance économique mondiale, forte demande en produits miniers. Forte fluctuation du prix des métaux et croissance régulière des marches minéraux

- 1974 : Déclin du prix des métaux dû au ralentissement de la croissance mondiale, à la moindre utilisation des métaux dans de nombreux pays, à une concurrence accrue parmi les producteurs et à des capacités de production en excès.

- 1980-1990 : Face au déclin des prix des minéraux, les gouvernements des pays émergents et en développement ont délaissé le développement économique au travers de leur orientation politique : privatisations, dérégulations, ouverture accrue aux investissements directs à l étranger.

Du même auteur :

- Le marché de l’immobilier en Afrique, Caraïbes & Pacifique. Chap. 1. République dominicaine : Grandeur et Décadence

- A la reconquête du ciel africain

- Le développement des TIC en Afrique

- Du développement durable au service du protectionnisme économique.

- L’allègement de la dette… par la dette !

- La guerre des matières premières aficaines. Chap. 2. Les matières premières agricoles

- La guerre des matières premières africaines. Chap. 1. Le pétrole

- Chine-Afrique. L’Empire du milieu étend son emprise sur les Etats africains

- Expériences de la Microfinance en Afrique

- Les performances des places financières africaines

- L’Afrique, nouvel Eldorado pour les fonds d’investissement ?

Notes

[1] 1. Projet de la multinationale Lamgold, exploité par sa filiale CBJ Caïman.

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