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Commonwealth VS Francophonie

Commonwealth VS Francophonie. Deux logiques différentes, pour un même combat ?

dimanche 2 décembre 2007 | par Stella Ayoko Dosseh

Tous deux créés après la seconde guerre mondiale, le Commonwealth et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF, renommée par la suite "la Francophonie" ) sont similaires sur de nombreux points, ce qui rend la comparaison entre les deux organisations très tentante : pour n’en citer qu’une, toutes deux rassemblent en grande majorité d’anciennes colonies de Grande-Bretagne, de France et de Belgique. Mais si ces deux organisations sont très similaires en termes d’origine, de valeur et d’objectifs, il n’en est pas de même quant a leurs méthodes, résultats et portée a travers le monde.

Héritage et phénomène d’allégeance. La Francophonie est née d’une réalité à la fois géopolitique et linguistique. Géopolitique d’abord, parce qu’elle est le fruit du passé impérialiste franco-belge. Elle est née d’un « désir venu d’hors de France » Linguistique ensuite, car elle se compose avant tout de pays dans lesquels l’usage de la langue française prime. On entend souvent parler de la Francophonie comme du Commonwealth français. Il est vrai qu’à l’origine, tous les membres du Commonwealth étaient d’anciennes colonies britanniques. Il faudra attendre l’entrée du Mozambique en 1995, pour voir l’entrée d’un membre sans lien colonial avec la Grande-Bretagne. Mais à la différence de la Francophonie, le Commonwealth ne met pas l’accent sur la langue mais sur la couronne britannique. Si l’appartenance à la Francophonie se définit par l’usage du français, l’appartenance au Commonwealth se définit autour de l’idée d’allégeance à l’Empire Britannique et en particulier à son souverain, à savoir la Reine Elizabeth II.

Ses membres n’en sont pas moins « égaux en statut, en aucun cas subordonné les uns aux autres dans la conduite de leurs affaires intérieures comme étrangères » . Mais la comparaison s’arrête là en terme d’allégeance. La monarchie britannique a une place symbolique à la tête du Commonwealth, il ne s’agit pas d’un phénomène de subordination. La langue française en revanche peut être perçue comme un instrument de subordination, comme l’exprimait Jean Jaurès en 1884 : « Pour la France, la langue est l’instrument nécessaire à la colonisation…Plus d’écoles françaises aideront les colons français dans leur difficile tache de conquête morale et d’assimilation ». C’est sur ce point (la volonté de promouvoir la langue française) que la Francophonie a souvent été vivement critiquée. Mais le français est aujourd’hui plus perçu comme une langue véhiculaire importante permettant à des peuples très divers de parler un langage commun. Mais au delà de langue, Francophonie comme Commonwealth se sont construits autour de valeurs et d’objectifs.

Paix, démocratie, droits de l’Homme, diversité culturelle et linguistique, éducation, formation, développement durable. Valeurs et objectifs remis en question Un point sur lequel Francophonie et Commonwealth se rejoignent : la réunion de pays autour d’intérêts et valeurs communes. Toujours présentes au cours des débats des chefs d’Etats et de gouvernements des pays membres, ces valeurs ont été petit à petit déclinées dans des chartes : pour le Commonwealth, la Déclaration de Singapour de 1971 consacre les principes de paix et d’ordre internationale, de liberté individuelle de coopération internationale et de lutte contre toute domination coloniale ou préjudice racial. Cette étape décisivesest franchie plus tardivement pour la Francophonie puisqu’il faudra attendre le 7ème Sommet de Hanoi en 1997, avant l’adoption de la Charte de la Francophonie et la création du poste de Sécrétaire Général.

Mais unis dans les valeurs qu’elles véhiculent, Francophonie et Commonwealth sont également unis dans la transgression de ces valeurs. En effet la France étant le principal contributeur financier de la francophonie (deux tiers du budget), elle contrôle la majeure partie des fonds et dispose d’un pouvoir non équitable. En 1997, la France impose Boutros Boutros Ghali comme Secrétaire Général élu de l’OIF. En 2002, c’est l’ancien président sénégalais Abdou Diouf qui se voit couronné du titre malgré le choix de la majorité pour le candidat Henri Lopes. Le Commonwealth n’est pas en reste. Vendredi dernier, avait lieu la cérémonie d’ouverture du Sommet des Chefs d’Etats du Commonwealth à Kampala (Ouganda).

De nombreuses questions, telles que le réchauffement climatique, le commerce international sont évoquées. Cependant les questions des droits de l’homme sont subtilement mises de cotées, questions qui risqueraient d’échauder l’Ouganda comme le Rwanda, ces derniers n’étant pas maîtres en la matière. On peut également questionner l’éthique d’un tel rassemblement, dont le coût (120 millions de dollars) dépasse très largement les fonds nécessaires pour venir en aide aux 1,7 millions d’Ougandais dévastés par les pluies torrentielles la semaine dernière. Chaque pays organisateur doit en effet supporter seul la majeure partie des coûts liés à l’organisation du Sommet…Mais il faut reconnaître que le Commonwealth s’est doté d’outils lui permettant d’imposer des sanctions, parfois plutôt symboliques, à l’encontre des pays ne respectant pas les règles.

Méthodes, Résultats et portée A t’on jamais entendu parler de la Francophonie comme sanctionnant un pays membre pour le non respect des droits de l’homme ? Non. Au lieu de cela, on entend surtout parler de "Jeux de la Francophonie" ou "Sommet culturel de la Francophonie". De son coté, l’histoire du Commonwealth est marquée par les exclusions et sanctions de membres. Dès 1961, l’Afrique du Sud est exclue du Commonwealth après des pressions des pays membres contre la politique d’apartheid. En 1972, c’est le Pakistan qui reçoit un carton rouge, pour son refus de reconnaître l’Etat du Bangladesh. Il restera absent 17 ans. En 1995, le Nigeria, alors militairement géré, est exclu par les membres, pour violation de la Déclaration d’Harare. Plus récemment le Pakistan a encore fait la Une, puisqu’il a été une nouvelle fois exclu du Commonwealth et n’a donc pu participer au Sommet des Chefs d’Etats.

Depuis 2002, tout membre du Commonwealth peut être suspendu pour violations systématiques des droits de l’homme et des pratiques démocratiques, et non plus simplement pour changement non constitutionnel de régime. Ceci constitue une véritable avancée et est un véritable moyen de pression pour que s’accélère le processus démocratique.

Parallèlement la Francophonie adopte plutôt la méthode "douce", préférant la signature de résolutions : 1989, "résolution politique sur la condamnation de l’apartheid", "le droit à l’indépendance de la Namibie", "la situation du Liban", "le cessez-le-feu entre l’Irak et l’Iran " ; 1991, "résolutions sur la sécurité internationale", "le conflit israélo-palestinien"… On ne peut que regretter que ces idéaux se limitent à des déclarations de pure forme et que les règles en place ne soient pas appliquées de manière systématique. La Francophonie se donne pourtant un rôle de plus en plus politique depuis le sommet de Hanoi en 1997. En 2005, la France, supportée par les membres de la Francophonie a permis que le recours à la force soit interdit par le Conseil de l’ONU. La Francophonie se veut désormais une force politique crédible. Elle a certes une visibilité internationale mais il faut reconnaître que les moyens qu’elle utilise sont assez limités (résolutions, adoption de texte …). Et nul ne peut oublier qu’elle abrite en son sein bon nombres de dictateurs africains. Difficile dès lors d’être totalement convaincu de sa volonté d’agir sur le plan politique. Il manque à l’OIF une plus grande rigueur et fermeté, des outils de pression, une volonté, d’accroître sa capacité d’influence avant tout.

Malgré toutes les critiques que l’on peut émettre, ces deux organisations ne cessent de s’élargir. Elargissement à l’Europe de l’Est pour la Francophonie, qui cherche à donner plus de poids à ces pays associés ou observateurs. Les avantages d’être membre de la Francophonie explique très certainement cet attrait : non content de recevoir des prêts à faibles taux ou subventions, les membres sont également soutenus au travers de transferts de technologies et de savoir faire, de formations et d’échanges d’expertise. De la même manière le Commonwealth s’élargit, notamment à des pays francophones qui, comme le Cameroun, y voient un moyen de mettre en valeur pluralité, pluriculturalité, et multilatéralisme.

Conclusion Que répondre à ceux qui s’ont d’avis qu’il est temps pour le Commonwealth et la Francophonie de prendre leur retraite ? Après environ 60 ans d’existence, le nombre de pays membres du Commonwealth ne cesse de grandir, les challenges auxquels il fait face s’intègrent de plus en plus dans l’interface mondial, avec notamment des prises de position sur les changements climatiques, et l’intégration de la société civile.

Quant à la Francophonie, elle a réussi son pari de faire cohabiter universel et diversité, unité au travers des langues et diversités de manières d’être (des pays membres). Cependant son avenir réside peut être dans la convergence, ce à quoi les adorateurs de la langue française risquent d’être très fermement opposés. Mais il s’agit ici de dépasser la problématique de la langue. Il y a un an, la Francophonie accueillait quatre nouveaux membres en son sein, tous européens , ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de diviser ses membres.

Francophonie et Commonwealth ont peut être intérêt à unir leur force dans des projets communs, comme ce fut le cas en 2004, pour soutenir les ACP dans les négociations commerciales UE-ACP.

La politique africaine sur Ananzie.net :

- Géopolitique de l’Afrique centrale
- Françafrique. Une autre politique africaine de la France est-elle possible ?
- Les Etats-Unis d’Afrique. Le sommet d’Accra accouche d’une utopie nécessaire
- "Rebelles" et criminels de guerre. Charles Taylor rattrapé par son passé.
- Renaissance Africaine. Une critique de l’Afrocentrisme et de l’Afrocentricité.

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