Les premiers esclaves africains sont arrivés dans les Amériques entre le 15ième et 16ième siècle, avec les bateaux négriers espagnols et portugais. Durant le premier siècle de la traite atlantique, la majorité des esclaves africains étaient originaires de l’Afrique de l’Ouest, plus précisément de la zone côtière et intérieure couvrant les territoires actuels du Ghana, du Togo, du Bénin et du Nigéria. Puis entre la fin du 16ième siècle et le milieu du 17ième siècle, le trafic négrier s’est élargi vers l’Afrique centrale, principalement le Congo et l’Angola, qui furent les zones les plus ponctionnées de toute l’histoire de la traite.
Au total, la majorité des Africains déportés vers les Amériques venaient de ces deux régions d’Afrique centrale. Le ¾ de ces esclaves ont été acheminés vers le Brésil. Les historiens estiment que ce pays a absorbé à lui seul près de 6 millions d’Africains en 3 siècles et demi. Viennent ensuite le Pérou, la Colombie, le Venezuela, le Mexique, puis dans une moindre mesure le Nicaragua, le Honduras, le Panama, l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Salvador, l’Equateur, le Costa Rica, le Guatemala, l’Uruguay et le Paraguay.
L’expression "Afrodescendiente" , également connue sous le terme "Afro-latin american", désigne donc toute personne ayant parmi ses ascendants des ancêtres originaires de l’Afrique sub-saharienne, c’est-à-dire d’Afrique noire. Toutefois, la mention de l’ascendance africaine n’indique pas l’appartenance raciale des individus qui la revendiquent ou auxquels elle est attribuée. En d’autres termes, les Afrodescendientes ne sont pas tous Noirs. En Amérique latine*, le métissage entre les colons blancs et les esclaves noires et amérindiennes, a créé des catégories d’individus distinctes parmi les populations.
Sur une population totale d’environ 520 millions d’habitants, l’Amérique latine, Mexique inclus, ne compte que 5% d’Afrodescendants au sens propre, c’est-à-dire qui se définissent comme "Noirs" d’ascendance africaine pure. On les désigne par le terme « Negro », en espagnol, et « Negão », en portugais. On estime que 16% de la population latino américaine est « Mulatto », en espagnol, et « Mulato » ou « Pardo », en portugais, termes qui désignent des personnes d’ascendance africaine et européenne. Précisons ici qu’en Amérique latine, le terme « Métis » ou « Mestizo » définit exclusivement les personnes issues du mélange entre Amérindiens et Européens. On trouve également une population minoritaire d’ascendance africaine et amérindienne, que l’on appelle « Zambo », en espagnol, et « Cafusa » en portugais, dont le pourcentage est mal défini. Au total, la population Afro-latine est estimée à 150 millions d’individus.
L’usage du préfixe "Afro-" est relativement récent, de même que sa généralisation aux Mulatos, Pardos, Cafusos, Zambos ou toutes autres personnes aux origines « indéterminées ». Ce nouveau mode d’identification procède à la fois du racisme et d’une revendication identitaire ouvertement afrocentriste. Du racisme, car il impose la loi de la « goutte », calquée sur le principe nord-américain du « one drop rule » et du « american hynapted », qui définit toute personne ayant une goutte de sang noire, aussi infime soit-elle, comme « Noire ». Cette idéologie raciale vise à préserver l’idée que la race blanche est « pure » par définition, contrairement à la race noire, « mal définie », qui engloberait indifféremment tout ce qui n’est pas blanc.
Ainsi, durant les années 60 et jusqu’au début des années 80, les employés du recensement classaient d’office toute personne « non-blanche » dans la catégorie « noire », qu’elle soit Mulâtre, du Moyen-Orient ou d’Asie. Ce qui a eu pour conséquence de sur-évaluer la population noire, qui devenait du coup majoritaire dans des pays comme le Brésil. Pour réajuster le tir, le choix de la catégorie raciale fut laissé aux recensés. Ce qui inversement fit gonfler la catégorie des Mulatos, car une bonne proportion de personnes s’inscrivant dans cette catégorie étaient bien métissée, mais n’avait aucune ascendance africaine. Le Brésil décida alors de ne plus proposer de catégorie pré-définie et de laisser chacun définir son identité. Mais la complexité du métissage en Amérique latine étant telle, le recensement de 1978 fit apparaître plus de 170 « cors » ou « couleurs ». Le gouvernement brésilien décida donc d’adopter 3 catégories raciales, « Noire », « Blanche » et « Pardo » (gris), la dernière désignant toute personne d’ascendances multiples.
Le racisme dans les pays d’Amérique latine visant essentiellement les Negros, la grande majorité des Mulatos tient depuis toujours à marquer sa différence et à garder ses distances avec cette catégorie stigmatisée de la population. Les Noirs ont donc été les premiers à valoriser leur ascendance africaine et à la revendiquer comme signe identitaire distinctif.
Cette revendication afrocentriste est une question de fierté, mais également de survie, car dans plusieurs pays d’Amérique latine, comme l’Argentine, l’existence même de ces populations est purement et simplement niée. La revendication identitaire, qui s’accompagne de pratiques culturelles particulières, permet aux Afrodescendientes d’avoir une visibilité, mais surtout de faire revivre leur héritage africain. Ils sont donc à l’origine de nombreuses langues (Palenquero, Garífuna, et des centaines de variantes de Créole), de religions (Candomblé, Santería, Umbanda, Vaudou, etc.), de musiques (Batuque, Cumbia, Cajon, Plena, Samba, Tango, etc.), d’arts martiaux (Capoeira) et de danses (Rumba, Merengue, etc.).
Afroargentinos, Afrobolivianos, Afrobrasileiros, Afrochilenos, Afrocolombianos, Afroecuatorianos, Garífunas, Afroperuanos, Afrouruguayos, Afrovenezolanos, Afropanameños, c’est donc ainsi que les Afro-latins déclinent désormais leur identité. Pan-afro-américains avant l’heure, les Afrodescendants d’Amérique latine se regroupent depuis le début des années 2000, autour de mouvements communautaires transfrontaliers, à la fois pour peser sur le paysage politique du sous-continent et lutter contre les nombreuses discriminations raciales auxquels ils sont encore confrontés.
Parmi ses mouvements, citons « Mundo Afro » et « alianzafro », et soulignons surtout l’élection du premier « parlement noir » du monde. En mars 2005, « dia del negro y cultura afrocostariccense », « jour du Noir et de la culture afro-costaricaine », des législateurs Noirs de 22 pays, dont une majorité d’Amérique du sud et d’Amérique centrale, ont constitué le premier parlement noir de la région. Les Afrodescendientes sont des visionnaires, et ont peut-être lancé, sans le savoir, les prémices d’une véritable société civile noire, qui pourrait un jour dépasser les frontières du continent sud-américain.
*Amérique latine : cette définition, inclue l’Amérique centrale.
Dans la même série :
Les Afro-Argentinos. Une minorité rendue invisible…
Les Afroperuanos, 2 millions d’Afrodescendants au Pérou
Les Afropanameños, Afrodescendants de Panama, célèbrent la dia de la Etnia Negra
Les Afrocolombianos. 10 millions d’Afrodescendientes en Colombie
Belize. Terre des Créoles, des Garifunas et du Bileez Kriol
Guyana. Rendue tristement célèbre par le suicide collectif de la communauté de Jonestown
Les Afrobrasileiros. Descendants des Kongo, Benguella, Youruba, Fon et Mina