La croissance des revenus et une meilleure productivité sont nécessaires pour éliminer la pauvreté dans les pays en développement. Mais une telle croissance doit se faire de manière durable. Les gains immédiats enregistrés par la dégradation des nos ressources environnementales peuvent être totalement annulés par le coût de la productivité.
L’Afrique Subsaharienne possède près de 15% des terres arables dans le monde. Elle est pourtant loin derrière les autres régions du monde, en matière d’amélioration de la productivité. En effet, au milieu des années 1980s, les revenues céréaliers de l’ASS étaient comparables à ceux de l’Asie du Sud. Mais alors que ces derniers ont augmenté de plus de 50% ces vingt dernières années, les rendements en ASS ont stagné. Les raisons d’une telle productivité sont diverses, je me permets de vous renvoyer ici à un précédent article intitulé : Crise alimentaire. Quand l’internationalisation des marchés relance le débat sur l’autosuffisance alimentaire.
Cet été, nous avons pu assister à un véritable boom du prix des matières premières agricoles. Ce boom était en parti dû à une sous-production couplée à une demande croissante. Pourtant, les petits paysans n’ont pas pour autant connu une hausse de leur revenu. Comment expliquer ce découplement entre hausse des prix et hausse des revenus individuels ? D’une part le marché des matières premières agricoles est dominé par de nombreux intermédiaires tels que Cargill, qui réduisent d’autant plus les marges des paysans individuels. D’autre part, seuls les agriculteurs dont les cultures n’ont pas été affectées par cette pénurie ont pu tirer profit de cette hausse. Enfin, afin d’augmenter leur production et ainsi augmenter leur revenus, des investissements sont nécessaires en engrais, en matériels d’irrigation…Les coûts engendrés par de telles investissements ont également augmenté du fait d’une demande plus importante en la matière. Ainsi seuls les agriculteurs capables de supporter cette hausse des facteurs de production ont pu augmenter leur production parallèlement à la hausse des prix.
Un potentiel inexploité très large qui intéresse les EAU
Les agriculteurs d’ASS n’utiliseraient que 9kg d’engrais par hectares, contre 86kg en Amérique Latine et 104kg par hectare en Asie du Sud. Selon la FAO, si le taux d’utilisation d’engrais passait à 23kg/ha, il réduirait le différentiel de rendement entre paysans d’ASS et paysans d’Asie du Sud de 100 %. Certains pays sont déjà en train de s’attaquer à ce problème. La hausse des prix a boosté l’utilisation de fertilisants au Kenya, et amené à l’expérimentation de nouvelles variétés de récoltes au Nigeria et en Tanzanie. Le ministre de l’agriculture du Botswana, Christian de Graaf, déclarait il y a peu que le gouvernement investirait 10 milliards de pula (USD 1.5m) dans l’industrie agricole, répartis sur 7 ans. Le pays, qui ne produit que 15% de ses besoins agricoles, souhaiterait atteindre les 50% d’ici la fin du projet. Près de 400,000 ha de terres arables non utilisées devraient être mises à profit entre Avril 2009 et Mars 2016.
Devant la nécessité de parvenir à l’autosuffisance, les terres arables d’ASS éveillent de nouveaux intérêts bien particuliers. Les Emirats Arabes Unis cherchent en effet à acheter des terres arables afin de sécuriser leur approvisionnement en matières premières agricoles. Ils s’intéressent particulièrement au Vietnam, au Cambodge, à l’Amérique du Sud et…à l’Afrique Subsaharienne. C’est ce qu’indiquait le ministre de l’économie, Sultan bin Saeed al-Mansouri : « ceci a été discuté de manière approfondie lors de l’élaboration de notre plan de gouvernement, avec le Sudan, l’Egypte… ». Le producteur de pétrole Abu Dhabi planifie de developer 70,000 ha de terres arables, et ceci ne représente qu’une première étape dans une stratégie beaucoup plus large.
Les fermes situées au Soudan pourraient être utilisées pour la culture d’alfafa, de blé, d’haricots et de pommes de terre. Le Fond de développement d’Abu dhabi, en partenariat avec des investisseurs privés des émirats lançaient ainsi en août dernier des projets visant à la fois à générer des profits supplémentaires pour le Fond et à assurer la sécurité alimentaire de la population émirate. Des études climatiques et études du sol seront complétées d’ici deux à trois mois et le projet sera par la suite lancé.
Ce mouvement des Emirats Arabes Unis n’est pas le premier pas en direction de l’ASS. En 2006, l’entreprise Thuraya Satellite Telecoms Company services lançait 8 branches en Angola afin de distribuer ses produits et services au travers d’Angola Sistec. Le promoteur immobilier Rakeen lançait en Juin dernier sa première agence immobilière. Des projets de constructions d’une valeur de 540 millions de dollars ont vu le jour en République Démocratique du Congo, par le biais de Rakeen Congo Limited.
Les réponses à la crise alimentaire en passe sur le continent sont palpables. Mais une fois encore, les investisseurs étrangers n’hésitent pas à mettre à profit les innombrables ressources dont l’ASS dispose. Cette fois-ci c’est la sécurité alimentaire qui est en jeu. La totalité des récoltes produites par le Fond de développement d’Abu Dhabi sera exportée aux EAU. En août dernier Suwaidi déclarait que le Fond Abu Dhabi de Développement se penchait sur l’étude d’autres pays, sans toutefois annoncer de quels pays il s’agissait. Il est certain qu’il n’est pas ici question du développement de l’Afrique Subsaharienne.