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Du développement durable au service du protectionnisme économique.

Du développement durable au service du protectionnisme économique.

samedi 10 novembre 2007 | par Stella Ayoko Dosseh

Début octobre 2007, l’association Soil association britannique a émis l’idée de mettre en place une taxe éthique sur les produits d’agriculture bio en provenance d’Afrique importés en Europe par fret aérien.

Après tout, ces produits ont été emballés dans des emballages en plastique non recyclables, ont nécessité l’utilisation d’une quantité importante d’hydrocarbure, produisant ainsi des centaines de tonnes de C02, contribuant ainsi à l’effet de serre. N’est-ce pas l’idée la plus absurde que les défenseurs de l’environnement aient eu ces 20 dernières années ? Comment a t’on pu en arriver là ?

Après la seconde guerre mondiale, un groupe de pays mettent en place le GATT, "General Agreement On Tariffs and Trade", en français "Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce". Signé en 1947, il avait pour objectif d’harmoniser les politiques douanières des pays signataires, en restreignant les restrictions aux échanges. Il se base sur les principes de liberté des échanges, la non discrimination, la réciprocité. Le cycle de négociations de Marrakech conduit à la création de "l’Organisation Mondiale du Commerce" ou OMC. Depuis, l’idée de libéralisation économique a fait son chemin, se répandant dans la majorité des pays. En atteste le nombre croissant des pays membres de l’OMC [1] . Le libre échange est un concept largement préconisé, il serait à l’origine du développement des pays industrialisés. Pour les pays ACP, il s’agirait donc d’appliquer cette recette pour atteindre croissance et prospérité.

Mais petit à petit, les gouvernements commencent à réaliser qu’une libéralisation économique trop rapide peut mettre en danger les produits nationaux, mettant ainsi en danger les emplois nationaux, mettant ainsi en danger l’économie nationale. Voit alors le jour une série de mesures visant à réduire cette ouverture économique alors tant prisée, tout en continuant à mettre en avant la libéralisation économique : "affaire des ports" aux Etats Unis [2], "affaire GDF-Suez en France" [3] . Dernière recommandation à l’ordre du jour donc, cette requête de l’Association Soil [4]. Ces membres proposent ainsi de mettre une taxe qui sanctionnerait les impacts environnementaux des cultures d’origine biologique de fermiers africains.

Tout part d’une idée tout à fait louable : la mise en avant de l’agriculture biologique, notamment celle en provenance d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Mais qu’entend t’on par « biologique » ? Ce terme s’est au cours des années fortement enrichi de nombreux concepts annexes : du terme biologique qui signifiait au départ culture obtenue à partir d’organismes vivants ( seul le sel n’est pas un organisme vivant), nous en sommes arrivés à la notion de « culture obtenue à partir d’organismes vivants, sans utilisation de fertilisants, non génétiquement modifiés, à l’exception de la sélection humaine et par voie de radioactivité, et non envoyé par fret aérien en provenance de pays situés en dehors du Royaume-Uni ». Tout le monde me suit ?? Ou ai-je perdu quelques lecteurs au passage ?

Qu’est ce que cela implique ? Selon moi, une relecture d’une telle taxe éthique nous ramène très vicieusement au concept de protectionnisme. N’est-ce pas là une nouvelle mesure visant à empêcher les produits en provenance des pays ACP de toucher les marchés européens et de parvenir à une croissance équilibrée ? N’est ce pas là un nouveau moyen de garder les pays en développement – notamment les ACP non producteurs de pétrole, fortement dépendants des ressources agricoles - dans la pauvreté ?

Ca y ressemble fortement, mais nous posons nous les vraies questions ? Que souhaitons-nous pour nos pays d’origine ? Qu’’ils deviennent un continent d’approvisionnement pour l’UE et l’Amérique du Nord ? Que leur croissance repose sur la consommation en masse des pays dits industrialisés ? On a ici oublié que lors de la colonisation, les pays colonisateurs ont installé dans nos pays des cultures à destination de leurs populations, coco, café, coton [5] . A l’issue de la colonisation, ces pays ont tout naturellement poursuivi ces cultures, pourtant inutilisables à l’échelon local, puisqu’elles nécessitent des industries de transformation non présentes sur place. L’idée était de s’efforcer d’intégrer le commerce mondial par ce biais. Mais le modèle économique sur lequel les ACP se basent est-il véritablement applicable et recommandable ?

Par ailleurs l’histoire nous rappelle que les pays industrialisés, en particulier les Etats-Unis, le Royaume Uni et la France, ont tous eu recours à un fort protectionnisme lors de leur développement au 18ème siècle : subventions aux exportations, protections tarifaires, allègement des droits de douane pour les importations nécessaires aux exportations, action de monopole, cartels…Et ce sont ces même pays qui aujourd’hui clament haut et fort que le libre échange apportera un développement économique dans les pays ACP et réduira leur pauvreté.

Il ne s’agit pas pour les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, de cloner un modèle, mais de faire au mieux aux vues de leurs propres intérêts. Ne serait-il pas préférable que le développement de nos pays se fasse à travers la création d’industrie agroalimentaire, de cultures à destinations des populations locales et des régions avoisinantes (au diable le fret aérien donc) ? De quoi satisfaire les défenseurs de l’environnement et par la même, les populations locales.

AUTREMENT DIT : Si les pays ACP doivent mettre en place des mesures protectionnistes pour assurer leur développement économique, qu’ils le fassent. Il faut à tout prix qu’ils parviennent à se défaire de cette dépendance de leurs exportations vers les pays industrialisés. La mondialisation s’avère être un facteur aggravant de la pauvreté, surtout lorsqu’elle s’accompagne de l’idée de libre échange, véhiculée au travers de la majorité des organisations internationales ( FMI, OMC, Banque Mondiale). Je vous renvoie à , l’ article sur les matières premières dans lequel je traite notamment de la négociation des APE qui risquent de mener les ACP à ouvrir leur économie aux produits en provenance d’UE notamment, ce qui constitue une véritable menace pour l’industrie locale.

Du même auteur :

- Le marché de l’immobilier en Afrique, Caraïbes & Pacifique. Chap. 1. République dominicaine : Grandeur et Décadence

- A la reconquête du ciel africain

- Le développement des TIC en Afrique

- L’allègement de la dette… par la dette !

- La guerre des matières premières africaines. Chap. 3. Les ressources minières

- La guerre des matières premières aficaines. Chap. 2. Les matières premières agricoles

- La guerre des matières premières africaines. Chap. 1. Le pétrole

- Chine-Afrique. L’Empire du milieu étend son emprise sur les Etats africains

- Expériences de la Microfinance en Afrique

- Les performances des places financières africaines

- L’Afrique, nouvel Eldorado pour les fonds d’investissement ?

Notes

[1] Liste des pays membres : http://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/tif_f/org6_f.htm

[2] Dubai Ports World, entreprise d’origine dubaienne, devait en aout 2005 reprendre la gestion de six ports américains. 70 % d’Américains étaient opposés à cette cession à un pays arabe, l’entreprise a du abandonner ce projet

[3] L’idée d’une fusion entre GDF et Suez, en 2006, visait à empêcher le rachat de Suez par l’italien Enel.

[4] Association britannique qui se préoccupe notamment de l’impact climatique des biens alimentaires envoyés par fret aérien

[5] L’industrie textile française a prospéré grâce au coton importé des colonies

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