Tribune
Accueil du site Politique Tribune En attendant le 44ième
Augmentez la taille du texte
Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
Recommandez ce site
Citez cet article sur votre blog
En attendant le 44ième

Une soirée électorale à Montréal. Retour sur un moment historique, vécu de l’intérieur par des Afro d’Amérique du Nord.

lundi 17 novembre 2008 | par Mbépongo aka Dédy Smith

Nous sommes le mardi 4 Novembre à Montréal, Québec. Le mot d’ordre était de se réunir pour suivre le scrutin de l’élection du 44ième président des États-Unis d’Amérique en direct.

Il manque quelques membres de l’équipe mais le cœur y est.
- 19h 30 : arrivée chez Ramata, une Malienne made in France. Moi-même, votre humble serviteur, suis accompagné d’Ursula (Congolaise made in Dakar) et Karine une Congolaise de New York. On retrouve en arrivant Minemba (malien made in Gabon) et Aminata (Ivoirienne made in France). Pour finir Fatim nous rejoint, une Ivoirienne made in « Babi » avec son petit Hakim.

Le décor est planté et tout le monde est venu pour assister à une victoire de Barak Obama. « Yes we can », nous n’avions que ce mot la à la bouche. Prononcé comme un slogan au début, malgré l’espoir et les sondages, ce n’était encore que des mots. Les plus « Fans » arborent fièrement des t-shirt à l’effigie du candidat démocrate récemment endeuillé par la disparition de sa grand-mère maternelle.

Tout le monde est fait et cause pour Obama, mais chacun à ses raisons. Fatim met en avant sa fraicheur et ses compétences alors que Minemba relève la symbolique de sa couleur de Peau. Aminata n’ose se prononcer tellement le stress la paralyse, tant-dis que Ursula et Ramata énumèrent les ratés de l’administration républicaine de Bush. Pour Karine, dont le futur mari est militaire mobilisé en Irak, l’issue du scrutin revêt un enjeu moins idéologique. De mon côté, c’est un peu de tout ça en même temps, mais je ne peux m’empêcher de relever le fait qu’en cet instant d’euphorie la population Congolaise souffre à l’Est du pays. Dans un contexte géopolitique où les États-Unis jouent un rôle incontestable.

Bref, ne gâchons pas le plaisir de savourer cette victoire historique. La victoire est à nous ! Enfin ne vendons pas la peau de l’ours Mc Cain, il n’est que 19h 45 et le candidat Républicain possède 8 supers délégués contre 3 pour Obama. Effectivement chacun a ses raisons, mais il faut avouer que le fait de ses origines Africaines est un élément fédérateur, il serait inutile de le nier. D’ailleurs les journalistes de CNN ne cessent de citer le « vote noir ». Bizarre, alors que nous savons que la population Afro-Américaine très minoritaire ne représente que 12% de la population US.

Mais pourquoi tout ce tapage ? Certains diront qu’il s’agit d’un événement qui ne touche que les américains alors pourquoi perdre son temps à suivre cela comme une finale de coupe du Monde Cote d’ivoire vs Italie. Certes il s’agit d’élire le président des États-Unis. Mais on ne peut nier le fait que l’influence de ce pays sur le reste de la planète revient à élire le « président du monde » quasiment. Au vue de l’histoire des USA, même très récente, on peut sans conteste dire qu’il s’agit un moment unique à graver dans les livres d’histoires. Un homme originaire d’Afrique devient le chef d’une puissance mondiale qui a le plus ardemment pratiquée l’esclavage et la ségrégation raciale. Cela à du sens pour un Afro-vénézuélien, un Martiniquais ou un Sénégalais de Gorée.

En effet, du fait des lois Jim Crow, il y à peine 45 ans, Barak Obama n’aurait même pas eu le droit de voter. Son père aurait même pu se faire pendre dans une ville du Sud pour avoir toucher une femme blanche. Au vu de tout cela il s’agit bien d’une page fondamentale de l’histoire qui jusqu’ici n’était que de la fiction comme dans le feuilleton 24H. Dans une démarche d’identification ou d’inspiration Barak Obama, métis, mais proclamé "ambassadeur de la cause Noire" malgré lui, représente effectivement une source d’inspiration pour beaucoup de Noirs à travers le monde.


- Il est 20h 30 : tout le monde a les yeux rivés sur la télévision. Nous suivons l’événement en simultané sur Radio Canada (francophone) et sur CNN. A cet instant Obama reprend l’avantage avec 77 supers délégués contre 33 pour Mc Cain. Autour de la table la discussion s’anime, notamment sur le sujet de l’insistance des journalistes de CNN à mentionné la « carte raciale ». Karine qui vit à New York porte un bémol en nous expliqué qu’elle a eu l’occasion d’entendre dans des salons de coiffure Noir dans le Bronx que le vote noir n’était pas si évident pour Obama : « On ne votera pas pour lui, c’est un Africain… il n’est pas comme nous… je préfère voter pour Hillary plutôt qu’un Negro … ou un Africain ».
- 20h 45 : on annonce la victoire d’Obama en Pennsylvanie, un état historiquement pro-républicain. Il est intéressant de voir la sur la cartes des États-Unis, la répartition géographique des États. L’on se rend compte que le clivage Nord-Sud de la guerre sécession se dessine sous nos yeux. Le Sud historique esclavagiste face au Nord réformateur. Ici on parlera du Sud conservateur, frileux à ouvrir les portes de la maison Blanche à un « Noir ». « Veux veux pas », comme o le dit en Québécois, l’enjeu symbolique de la couleur se confirme.

- 21h 20 : le temps passe et les débats et analyses se poursuivent. Des coups fils nous parviennent. Amis et familles de Montréal mais, des États-Unis ou de France nous appellent pour partager leur excitation. Jouant avec le feu, je fini par dire que c’est dommage qu’il n’y ai pas plus de suspens finalement. Les avis et les prévisions sont tellement favorables à Obama que cela en devient ennuyeux presque. « on se la pète » carrément.


- 22h 30 : Obama possède désormais 207 supers délégués contre 89 pour Mc Cain. La victoire se dessine à l’encre indélébile. Quoi que… aux alentours de 22h 45 Mc Cain remonte à 135. Les visages se crispent même si l’avance du candidat démocrate reste confortable.

- 23h00 : C’est le moment de la grande délivrance. Sans cérémonie ni mise scène du type compte à rebours, l’annonce (non officiel) de la victoire de Barak Obama est déclarée.

EXPLOSION DE JOIES. ( Voir la vidéo ) ça saute, ça crie et on s’embrasse. Karine est tout de suite au téléphone, alors que Ursula, Minemba et Ami sautent comme pour trouver le plafond. Ramata met quelqueq secondes à réaliser et Fatim reste médusée. Le petit Hakim est de la partie bien qu’il ne saisisse pas grand-chose. Il ne saisit pas la chance qu’il a de connaitre le monde avec une page de son histoire aussi heureuse.

Pincez-moi je rêve ! Le président de la plus grande puissance au monde est un « cousin de Kunta kité ». Cependant il serait réducteur de le limiter à cela. En effet, Barak Obama est un brillant étudiant d’Harvard, impliqué dans des œuvres sociales. Jeune sénateur de l’Illinois et père de famille. Mais la symbolique reste très forte « sorry ».D’ailleurs la confirmation nous viendra d’un acteur imprévu, John Mac Cain. Son allocution nous a tous profondément touchée. En effet, le fait de mentionner sans détours et avec respect la portée symbolique de ce scrutin pour la population Afro-américaine nous a surpris de sa part. Avec pudeur mais honnêteté, il a reconnu qu’il espérait que la victoire de Barak Obama puisse réconcilier les États-Unis avec son passé. Avec les heures les plus sombres de son histoire.

Une reconnaissance du chemin gigantesque que Barak Obama a parcouru en tant qu’individu et les Afro-Américains en tant que peuple. Le fait de choisir ce moment pour parler au nom d’un électorat conservateur, en mettant à nue les fautes du passé est à saluer sans retenu. D’autant plus qu’il intervient hors campagne, hors propagande politicienne. Le seul but, de la démarche de Mc Cain étant de saisir l’occasion unique de permettre aux prochaines générations de s’affranchir des lourdeurs du passé les assumant en toute dignité. Bonne leçon d’humilité et de maturité idéologique que des pays comme la France devraient médités.

Bref, ceci est un autre débat.

- 23h 30, c’est le début du discours d’Obama. Bien entendu 2-3 réflexions sur le look de Michelle sont lancées.

Bref, le voici. Tout le monde aura remarqué qu’il ne porte toujours pas de gilet par balle et la crainte d’un sniper fou du KKK est dans le cœur de chacun, mais personne n’ose le dire à voix haute. Il commence son discours et tout le monde est pendu à ses lèvres. Ramata dira : « il est trop fort. On dirait qu’il prêche devant l’assemblée d’une Église ». Il est précis et fluide malgré l’immense émotion qui doit submerger son cœur d’homme. Porté sur l’action et l’engagement, il n’oublie pas de souligner le soutient de sa famille, de féliciter son colistier Joe Biden, son équipe de campagne et les millions d’Américains venus voté. Une Amérique multicolore et qui regroupe toutes les générations que l’on retrouve dans la foule de 65 000 supporters à Gant Park.

Un résultat historique en termes de participation. Selon moi, la partie la plus émouvante est le passage ou il nous parle Anna Nixon Cooper. Une Afro-Américaine de 106 ans qui est née juste une génération après la fin de l’esclavage. Il relate le fait que cette dernière aura vu se succéder tous les grands moments (positifs comme négatifs) du XXeme siecle aux USA... De Rosa Parks à Marin luther King. De pearl Harbor au 11 septembre. De Rodney à Barak Obama ce 4 Novembre 2008.

Comme John Mc Cain la dit « L’Amérique vient de démontrer qu’elle est capable de changer » La victoire d’Obama n’est donc pas la finalité d’un processus, mais la continuation d’un mouvement d’espoir. Espoir incarné par des hommes et des femmes capables d’en inspirer d’autre. A tout ceux qui ont portés t-shirt à son effigie et changer leur pseudo sur MSN, que va-t-il resté de tout cela ? Il ne suffit pas de dire il l’a fait, mais d’être désormais à la hauteur du symbole en se réconciliant avec le succès. En se montrant digne de cet engouement dans sa vie de tous les jours. Oui Barak l’a fait, et nous ? Et toi ? Et moi ?

Les choses sérieuses commencent pour Obama. Un fait certain, c’est que l’engouement qu’iI a suscité du fait d’être le premier Noir président des USA sera à la hauteur des attentes surement démesurées qui vont désormais peser sur lui. Dans ce contexte, si il réussit son mandat il sera individuellement un homme formidable et si il échoue certain y verrons la confirmation d’une tare collective. Mais en ce jour historique, je le répète, ne boudons pas notre plaisir et félicitons l’Américano-Kényan « Barak Hussein Obama » pour cette inimaginable succès.

- 0h 30, il est temps de partir. Barak est président mais cela ne change pas que nous devons attraper le denier métro. Demain nous n’irons pas à la maison Blanche mais au boulot. Pas de soucis, c’est la vie. Sera-t-elle-la même désormais ?

Sans doute que oui, mais cet élan positif ne dois pas disparaitre. Il doit nous permettre de regarder loin devant et garder à l’esprit que « YES WE CAN ».

Votre humble serviteur, Mbépongo aka Dédy Smith

Augmentez la taille du texte
Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
Recommandez ce site
Citez cet article sur votre blog

Commentaires:

  • Répondre à cet article
    10 novembre 2008 00:17, par Lilou
    Un grand merci pour cet article Dédy !!!
Un Commentaire?

Antispam