Les institutions de microfinance, les IMF se sont tout de suite avérées être un complément efficace au secteur bancaire, notamment pour les populations rurales, pour lesquelles l’accès à l’emprunt et à l’épargne est vital. Que représentent ces nouvelles institutions ? Quel est leur mode de fonctionnement et quelle est leur efficacité ?
Le secteur de la microfinance comprend la fourniture de prêts, d’épargne, de transferts d’argent, d’assurance et d’autres services financiers aux populations à faible revenu. Les IMF offrent ces services financiers à des clients qui n’ont pas accès aux banques commerciales ni à d’autres prestataires de services financiers institutionnels. Parmi ces institutions se trouvent les institutions financières non bancaires, les ONG , les coopératives, les banques rurales et certaines banques commerciales.
IMF et formes traditionnelles informelles de crédit. Les institutions de microfinance opérant en dehors du secteur bancaire doivent trouver des sources de financement. Deux stratégies prédominent : l’accès aux emprunts de banques locales et la mobilisation de fonds propres sous forme de subventions. Les groupes de coopératives basées sur les communautés tels que les clubs locaux ou les associations de villages jouent également un rôle clé dans l’effort de mobilisation de l’épargne :
Des formes autochtones de microcrédit existent en Afrique, depuis une époque antérieure à la colonisation. Au Ghana ce secteur très actif couvre une palette de produits connus sous le nom de susu. On dénombre quatre types de susu :
Susu collectors. Ils offrent un système d’épargne par une collecte de montants mensuels volontairement épargnés par les clients, qu’ils rendent à la fin du mois en retirant préalablement un mois comme frais de commission. Ces fonctions se sont étendues à des promesses de prêts (proposées par exemple par la banque Nsoetreman Rural Bank and First Allied S&L).
Susu associations. Ce sont des types de tontines (voir article du 2 septembre dans la rubrique Economie) qui collectent une épargne auprès de ses membres et l’alloue à chaque membre tour à tour.
Susu clubs. Ils combinent les deux systèmes précédemment cités.
Susu companies. Plus récents (fin des années 1980), ils collectent l’épargne par le biais du système traditionnel de susu collectors et offrent également des prêts après une période minimale d’épargne.
Les Susu sont clients d’institutions financières formelles, auprès desquelles ils placent l’épargne de leurs clients et ont des facilités d’emprunts qu’ils peuvent offrir à leurs propres clients. Les IMF, elles, étendent leurs services par ce biais et améliorent leur connaissance des clients. Ces interactions touchent efficacement les ménages à bas revenus et les femmes.
Le rôle du gouvernement. Dans le passé, les gouvernements de nombreux pays africains ont misé sur les banques publiques pour étendre le crédit agricole et les services de microfinance. Dans la plupart des cas, les banques ont accusé de lourdes pertes et ont été restructurées, recapitalisées, privatisées ou liquidées. Cette mauvaise expérience a amené les gouvernements africains à développer des lois et régulations adaptées à ce type d’instruments, ainsi que des organismes de supervision efficaces. Les pratiques officielles varient beaucoup selon le pays, reflétant ainsi le niveau d’évolution du secteur de microfinance du pays. Au Ghana, le secteur de la microfinance est régulé par les lois des banques commerciales et certaines lois sur les coopératives et les institutions non financières.
Contraintes et Perspectives. Depuis que Muhammad Yunus a gagné en 2006 le prix Nobel de la paix pour son travail pionnier de microfinance au Bangladesh, la microfinance a gagné en reconnaissance. Selon les chiffres du sommet du Microcrédit (année), le nombre de clients du microcrédit augmente de 34% chaque année, et pourtant seul 4% du marché potentiel a été capté pour le moment. Le nombre de clients de la microfinance a presque doublé entre 2001 et 2003 (graphique 3). Les avancées technologiques permettent de toucher un public situé dans des zones rurales sans banques et sans distributeurs automatiques. En Zambie par exemple, les particuliers peuvent faire transférer des fonds par message-texte au travers d’un système nommé Celpay. Ce système peut également être utilisé pour régler un commerçant.
En dépit de ces bons résultats, les IMF africaines, plus que partout ailleurs, font face à des contraintes majeures. Les charges opérationnelles élevées empêchent ces institutions de parvenir à l’équilibre. Elles affichent un niveau d’autosuffisance financière de 15 points en deçà de la ligne médiane mondiale. Ces charges opérationnelles se décomposent en infrastructures défaillantes qui, associées à la prédominance des marchés ruraux et les coûts élevés des ressources humaines, pondèrent d’autant les charges. Les charges financières (taux d’intérêts) alourdissent les charges opérationnelles, surtout dans des pays marqués par une forte inflation. Un tiers des institutions de la région seulement atteint la pérennité. D’autres contraintes telles que des facteurs macroéconomiques défavorables, une concurrence accrue et un accès limité aux ressources commerciales pèsent sur le développement, la rentabilité et l’effacité de ces IMF.
Les IMF africaines font ainsi preuve de dynamisme et affichent une bonne performance en matière d’appel à l’épargne. Néanmoins, elles font face à plusieurs défis qu’elles surmontent progressivement. Ce n’est qu’ainsi qu’elles pourront offrir un ensemble de services variés à une demande toujours croissante. Mais plus largement, si la microfinance peut contribuer à réduire la pauvreté en Afrique, elle ne reste qu’un élément parmi d’autres du processus de développement.
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