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Françafrique

Françafrique. Une autre politique africaine de la France est-elle possible ?

dimanche 12 août 2007 | par Kapaya

Maintenant que les émotions de huit semaines époustouflantes, celles durant lesquelles le fraîchement élu « président des Français » a tenu, sans tarder, à changer la France, changer l’Europe et changer l’Afrique, sont passées...

... Et que, le soufflet semble retombé, le moment est venu de s’interroger sur ce qui a changé, ce qui va vraiment changer et ce qui peut réellement changer. Les Français sont encore dans une sorte de rêve, de conte des fées, ils ont cinq ans et auront sûrement le temps de se poser des questions. Les Européens se disent sûrement qu’ils ne dépendent pas de la République française et peuvent regarder tout cela avec un certain amusement. Mais les Africains, l’Afrique francophone à vrai dire, le brave et éternel « consentant » « pré-carré », celle dont le sort dépendrait de la politique de la France et du bon vouloir de ses princes, que lui reste-t-il donc à faire ?

C’est le scepticisme affiché, tant en France qu’en Afrique, face au volontarisme et à la détermination du discours de rupture de Nicolas Sarkozy, qui frappe le plus. Vincent Hugeux, l’auteur de Les sorciers blancs et la politique africaine de la France, déclarait à l’Express (21 mai 2007) : « …je ne crois absolument pas à la thématique de la rupture en politique. Parce qu’en politique, la rupture a un nom : c’est la révolution. Je n’ai pas vraiment le sentiment que notre bonne terre de France soit à la veille du Grand Soir. » Achille Mbembe (Le potentiel, 2 août 2007), qui s’indigne, comme beaucoup de jeunes et d’intellectuels, de la leçon faite aux Africains, de la condescendance et du mépris du discours de Dakar, discours qu’il considère comme nourri par des conceptions et des fantasmes qui se perpétuent depuis la fin du XIXème siècle, conclut, lui, que tant que l’aggiornamento de cette façon de voir et d’agir n’est pas réalisé, les : « clients et affidés locaux continueront de l’utiliser à des tristes fins et que personne, en Afrique, ne prendra au sérieux le discours de Sarkozy et, encore moins, ne l’écoutera ».

En France, comme en Afrique, on en a entendu et vu tant d’autres en la matière. Alain Poher, assurant l’intérim de la présidence en avril 1969, et candidat à la succession de De Gaule démissionnaire, ne jurait-il pas sur l’anéantissement d’une certaine politique africaine de la France, notamment par la mise à mort du « système Foccart » ? Nourrie par l’affaire des diamants de Bokassa, une bonne partie de la campagne électorale opposant Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand ne portait-elle pas sur le changement radical, que le socialiste promettait, de la politique africaine de la France ? Giscard lui-même, pendant son septennat, se contenta de changer de style mais pas de politique africaine, en procédant simplement au remplacement de Jacques Foccart par René Journiac à la cellule africaine. Quant au prince de gauche, l’homme de La Baule et de la démocratisation de l’Afrique, il a fait bien pire que son prédécesseur, car l’on sait de quelle manière il a accompagné des dictatures africaines jusque dans le génocide. Son propre fils s’est installé au cœur du village françafricain, sur lequel il a régné plus d’une décennie.

L’un des plus grands exercices des gouvernements successifs de la France, n’est-il pas les promesses et quelques gesticulations sur le changement de la nature et la suppression du ministère de la coopération ? Un ministère de la coopération digne descendant du ministère des colonies, et forteresse généreusement destinée à l’Afrique, dont à chaque remise en question et à chaque échec de suppression on entend dire, en France même, que ce sont les Africains eux-mêmes qui défendent son existence avec la dernière énergie. Que dire de l’interminable débat sur la révision des accords militaires signés dans les années soixante ? Sans oublier la chape de plomb qui, surtout du côté africain, couvre l’exploitation des matières premières ?

En effet, la complicité entre une certaine Afrique francophone et la France semble avoir encore de beaux jours devant elle. Et si, pour répondre à Achille Mbembe, l’on disait que cette Afrique aime bien à être "violée" à la façon du discours de Dakar ? Il n’est qu’à se souvenir qu’aux mépris et à l’arrogance du cartiérisme, qui prônait : « la Corrèze plutôt que la Zambèze », la réponse d’un des "dignes fils de l’Afrique", pour ne pas citer Félix Houphouet Boigny, fut, en 1955, de rejeter toute idée d’indépendance, de concevoir et de promouvoir le grand dessein d’une Communauté franco-africaine, la Françafrique, qu’il défini alors comme une communauté durable de toutes les familles françaises : « où les inévitables querelles de famille ne nuiront pas à la loyauté de vivre ensemble ». Jacques Chirac n’a-t-il pas, il y a quelques années, publiquement jugé que « les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie », avant d’estimer que les « bruits et les odeurs » des Africains rendaient difficile la cohabitation avec eux ? Cela ne l’a pas empêché d’être le « meilleur avocat » des Africains auprès de la communauté financière internationale et de demeurer « l’ami personnel » des dirigeants du pré-carré.

Qu’est-ce Nicolas Sarkozy peut apporter de nouveau à une mafia aussi bien organisée et verrouillée ? Lui qui fréquente le village franco-africain depuis le début des années 80, faisant souvent la navette entre son parti politique et les luxueux palais présidentiels des dictateurs africains, pour ramener les généreux « dons » offerts à ses dirigeants par ceux du pré-carré ? Certains avaient cru à un changement. Mais l’histoire semble bégayer. La clarté du message a été perturbée par les premières visites en Afrique. A Dakar, il a prôné un « partenariat » entre la France et l’Afrique, en rupture avec le passé et en chassant : « les vieux démons de clientélisme, du paternalisme et de l’artisanat ». A Libreville, il a vanté « l’ami fidèle de la France ». Il a fixé le cap : « C’est avec Bongo Ondimba que Paris compte aider le Gabon. C’est avec Bongo Ondimba que la France entend accompagner l’Afrique ». La presse gabonaise n’a pas ainsi manqué de se satisfaire de la nouvelle politique africaine de la France, Le quotidien gouvernemental L’Union concluant que la rupture concerne : « la méthode et non les hommes ». Plus direct, l’hebdomadaire Le Temps a ironisé sur « le champion de la rupture » qui assure « la continuité du dialogue politique » avec l’Afrique, par le biais d’un Gabon « considéré à tort ou à raison comme le symbole de la Françafrique ». En Afrique, Sarkozy veut faire du neuf avec du vieux.

Jusqu’à preuve du contraire, il assume et assure la tradition. L’Afrique, pauvre, immobile, incapable, fardeau, terreau de l’immigration, alimente la politique française et sert d’ascenseur aux politiciens français, tandis que les dirigeants africains, partie prenante au jeu des ombres assure la continuité de la Françafrique. En fait, ce que Sarkozy doit changer ce n’est pas la politique africaine de la France, mais "la culture africaine de la France". Sait-il qu’au-delà de la classe politique et des spécialistes et conseillers en tous genres, la France se trouve être l’un des rares pays au monde, sinon le seul, à avoir le privilège de voir ses citoyens arpenter le monde, le monde africain, en parlant au nom de la république et de ses dirigeants ? Qui n’a pas croisé des « amis de Chirac », aujourd’hui métamorphosés en « amis de Sarkozy » dans les palais et ministères africains ? Emmanuel Berl, dans La France irréelle, écrit, en 1957 : « La politique française me semble moins évoluer comme une histoire que comme une névrose ». Combien, malheureusement, cela est-il vrai pour la relation franco-africaine !

Mais seulement qu’adviendra-t-il lorsque l’Afrique francophone aura perdu le « privilège » d’avoir le chef d’Etat à la plus longue longévité du monde, en dehors de la Reine d’Angleterre, comme Omar Bongo Ondimba au pouvoir depuis quarante ans ? Les dirigeants français pourront-ils toujours compter sur des « amis fidèles » de la France pour rester les seuls maîtres du jeu franco-africain ?

La politique africaine sur Ananzie.net :

- Les Etats-Unis d’Afrique. Le sommet d’Accra accouche d’une utopie nécessaire

- "Rebelles" et criminels de guerre. Charles Taylor rattrapé par son passé.

- Renaissance Africaine. Une critique de l’Afrocentrisme et de l’Afrocentricité.

Portfolio

La Françafrique vue par Kojélé
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