Je Rap donc je suis conscient ! Ceci devrait être la devise de tout MC (Master of Ceremony) qui, casque aux oreilles et stylo à la main, distillent des messages à un auditoire de plus en plus important et surtout de plus en plus jeune.
Dans l’histoire noire, notamment Afro-américaine, à l’origine des phénomènes culturels liés à l’art il y a presque toujours une réalité sociale dure et douloureuse, une lutte pour la reconnaissance ou un besoin de conscience. Ainsi le Blues ou encore la Capoeira sont des éléments du patrimoine culturel Afro-américain qui illustrent ce mouvement. Le Rap en a la même genèse, en tant que réaction à la situation socio-économique de la population noire des ghettos de la fin des années 70.
J’entends d’ici les critiques nous rétorquer que le Rap est violent, sectaire ou misogyne. Certes, comme dans la religion, le Rap à ses extrêmes et ses extrémistes. Cependant, à ceux qui ne connaissent le rap que depuis la création de Skyrock, il est important de préciser que le Rap est d’abord d’essence « Consciente » avant d’être « Gansta » ou quoi que ce soit d’autre... et vlan !!!
Mais que s’est-il passé ? Comment le Rap est-il devenu une telle parodie ? La mission originelle du Rap est-elle à tout jamais perdue ? Votre humble serviteur vous invite donc à explorer cet univers musical afin de tenter de réponde à toutes ces questions.
Mais en fait, c’est quoi le Rap ? Avec le Dj, la danse et le graffiti, le Rap fait partie des 4 éléments fondamentaux de la culture Hip Hop. Ce mouvement est né à la fin des nées 70 à New York et son fondateur le plus illustre est Afrika bambaataa à travers la Zulu Nation. Avec sa devise « Peace, Unity, Love and Having fun », le Hip Hop véhicule des valeurs positives.
Arrêtons nous pour une première analyse : Avec des attributs Africains comme « Zulu » et la notion de « Nation », l’on se rend compte que dès sa création, le Rap au sein de la culture Hip Hop s’inscrit dans une quête identitaire. On comprend que le mouvement Hip Hop répond à un besoin d’union (Zulu Nation) d’une population en perte de repères au sein d’une société hostile.
Si des leader politiques et religieux (Medgar Evers, Malcom X, Martin Luther King, etc…) ou des groupes d’émancipation (The Black Panther Party, The 5 pourcenters, The NAACP,..) avaient déjà donné une voix à la lutte pour les droits civiques, si James Brown le « Godfather of soul », qui sera l’un des grands inspirateurs du Hip Hop chantait, « Say it loud, i’m balck and i’m proud », les MC de la première heure vont donner un nouvel élan à la cause Noire. Une fois le Background posé, revenons à l’essence du Rap.
Le Rap a donc plusieurs missions. L’une d’entre elle est de décrire des situations et être un moyen d’expression (parfois le seul) pour les plus faibles (culturellement et socialement parlant). On dira que le Rap est la voix des « sans voix ».
Ainsi le cultissime « The message » de GrandMaster Flash décrit l’horreur des ghetto et alerte l’opinion dans son refrain :
|
Dont push me, cause Im close to the edge
Im trying not to loose my head Its like a jungle sometimes, it makes me wonder How I keep from going under” | Ne me pousse pas car j’suis sur le point d’exploser
J’essaie de ne pas péter un plomb On se croirait parfois dans une jungle, je me demande Comment j’arrive à ne pas sombrer |
Le Rap a également pour vocation de dénoncer ou attaquer. Avec la plus grande fermeté, le MC doit révéler des choses et les attaquer par les mots.
Illustrons ce propos avec le titre « Burn Hollywood » qui s’attaque sans détour aux stéréotypes avilissants véhiculés par Hollywood à l’encontre des Noirs dans les films. Dans ce titre (à la suite de Ice Cube et Chuck D) Big Daddy Kane nous dit :
|
Many intelligent Black men seemed to look uncivilized
When on the screen Like a guess I figure you to play some jigaboo On the plantation, what else can a nigger do And Black women in this profession As for playin’ a lawyer, out of the question For what they play Aunt Jemima is the perfect term Even if now she got a perm So let’s make our own movies like Spike Lee Cause the roles being offered don’t strike me » | Beaucoup d’hommes noirs intelligents sont présentés comme des sauvages
Quand à l’écran Comme par hasard je t’imagine jouer le rôle d’un Bamboula Dans une plantation, quoi d’autre peux jouer un négro Et quel emploi pour une femme noire Si c’est le rôle d’une avocate, hors de question Le rôle de la "big mama" convient parfaitement Même si maintenant elle a une permanente (coiffure) Alors faisons nos propres films comme Spike Lee Parce que les rôles offerts ne m’indignent pas |
Pour finir, nous pouvons ajouter que le Rap a pour mission d’encourager, d’éduquer, éveiller, voir conscientiser la masse. Apporter des vérités dans le but d’inspirer les auditeurs dans leur quête d’élévation sociale.
Dans le titre, devenu un classique, « I can » tiré de son album « Godson » sorti en 2002, NAS reprend tous les points cités ci-dessus. En effet, dans le refrain il incite les jeunes à s’éloigner de la fatalité en les poussant à se battre pour réaliser leurs rêves. Toujours dans le même titre, NAS a une démarche d’éducation des consciences, l’estime de son identité de noir et valorise l’éducation, la connaissance :
| Be, be, ’fore we came to this country
We were kings and queens, never porch monkeys It was empires in Africa called Kush Timbuktu, where every race came to get books »…. Egypt was the place that Alexander the Great went He was so shocked at the mountains with black faces Shot up they nose to impose what basically Still goes on today, you see ? If the truth is told, the youth can grow Then learn to survive until they gain control Nobody says you have to be gangstas, hoes Read more learn more, change the globe” | Avant qu’on arrive dans ce pays
Nous étions des rois et reines pas des squatteurs de hall Il y avait un empire en Afrique appellé Kush Tombouktou, là où toute les civilisations venaient se cultiver Lorsque qu’Alexandre le Grand s’est rendu en Egypte Il fut choqué de voir que les montagnes avaient des visages de Noirs Il cassa leur nez pour imposer ce qui communément continue encore aujourd’hui, tu vois ? Si la vérité est dite, la jeunesse peut grandir Ensuite apprendre à survivre jusqu’à reprendre le contrôle Personne n’a dis que tu dois être un ganster ou une pute Lis plus, apprend plus, change la face du monde |
Quand on lit et écoute ça on ne peut s’empêcher de se demander : Mais qu’est-il arrivé au Rap ? Ces textes semblent très loin de la réalité du Rap d’aujourd’hui entre les « it’s you’r birthday » ou autre « shake you’r booty ». Lorsque l’on entend un 50 Cent dans « In da club » on semble se rapprocher l’inconscience… Pardonnez ce jeu de mot mais c’était plus fort que moi. Avant de reprendre je ne peux résister à la tentation de traduire ce tube intersidéral :
Allez, allez, allez, allez
Allez, allez petite
C’est ton anniversaire
On va faire la fête comme si c’était ton anniversaire
On va boire du Bacardi comme si c’était ton anniversaire
fuck Et tu sais on s’en fiche
Que ce ne soit pas ton anniversaire !
Trêve de plaisanterie. Il serait erroné de rejeter la dimension « divertissement » qui fait partie des fondements du Hip Hop. L’on se souvient de la partie « Having Fun » de la devise du Hip Hop qui fait également partie le Rap. Cette notion de divertissement est importante car elle permet de respirer, d’évacuer toute la tension que cristallise le Rap dans sa version pure et dure. En effet, sans cette respiration, le message Rap serait trop difficile à vivre au quotidien. En plus d’être un moyen d’expression, d’éducation et de conscientisation, on peut donc affirmer que le Rap est également un moyen d’évacuer le stress et la tension sociale.
Le Rap est donc à l’image de la vie, parfois rose parfois noir… parfois sombre… je préfère ce terme. Mais voyons à présent à partir de quel moment on est passé du divertissement à la parodie pure et simple du rap.
A suivre :
Grandeur et décadence du Rap. Part. 2 Mais qu’est-il arrivé au rap ?
Du même auteur :
Grandeur et décadence du Rap. Part. 1 Je rappe, donc je suis… conscient ?
« Aaah les Noirs… toujours en train de se plaindre ! », ou comment nous la faire à l’envers…
Mariage Nègre et Culture. La Dot : décryptage du mariage coutumier africain
L’amour a ses raisons que nos parents ne connaissent pas ?
Le patronyme africain. Dis-moi quel est ton nom et je te dirai qui nous sommes…
Les Noirs au bureau, une comédie tragique !
Les parents noirs viennent de Mars et leurs enfants de Jupiter…
Vous avez ça dans le sang… Quand les clichés croisent le déterminisme social
Black Music, White Business…Chap 1. La culture du No Risk
Black Music. White Business… Chap 2. Comment ça marche les Blackeries ?
X-Files : Les Noirs dans l’industrie du sexe. Bootytalk et Pimp culture…
Le Sport international : Entre terrain de jeu mondialisé et tribune politique