Le contexte.A l’abolition de l’esclavage, les Noirs sont confrontés à la ségrégation raciale. Dans les Etats sudistes, opposés à l’abolition, les conditions de vie sont difficiles, voir insupportables : les Noirs ont difficilement accès au travail (l’agriculture se mécanise de plus en plus), à l’éducation, au droit de vote ou encore au logement. Ils doivent faire face au racisme, à la discrimination et aux lynchages.
Les états du Nord des Etats-Unis, beaucoup plus tolérants et prospères (la révolution industrielle du Nord favorise l’emploi), représentent alors une « porte de salut » pour la communauté afro-américaine. On estime à un peu plus de 750 000, le nombre d’Afro-américains ayant quitté le Sud pour le Nord entre 1920 et 1930. L’Etat de New York, fait parti de ceux qui ont attiré le plus de « réfugiés ». Ils arrivent en masse dans le quartier d’Harlem (175 000), le centre de la ville étant réservé aux blancs.
Les raisons de la Renaissance. Parmi la population noire "immigrée", se trouvent de nombreux intellectuels et artistes qui réussiront à s’élever socialement grâce à l’éducation et à l’emploi. C’est dans ce contexte qu’émerge une bourgeoisie afro-américaine, bourgeoisie qui s’installe dans le quartier nord d’Harlem, Sugar Hill. Cette bourgeoisie s’organise et organise la communauté autour d’une seule idée : émanciper la population noire et faire de Harlem le lieu de rendez-vous privilégié des élites afro-américaines de New York. Ainsi, Marcus Mosiah Garvey – créateur du panafricanisme, considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari – arrive à Harlem en 1918 et plus tard, entre 1924 et 1925, il est suivi par le musicien de jazz Louis Armstrong.
Des structures se mettent peu à peu en place autour de 1910 : l’association NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui a pour objectif de promouvoir une élite noire, est créée en 1909 à l’initiative de William Edward Burghard DuBois (W.E.B DuBois) ; en 1910 W.E.B DuBois crée le magazine The Crisis (dans les bureaux de l’actuel New York Post) pour mettre en avant les auteurs noirs tel que Countee Cullen ; durant cette période, les universités fleurissent dont celle de Columbia, où l’écrivain et poète Langston Hughes obtient son diplôme au début des années 1920.
Harlem commence alors à apparaître aux yeux du monde comme la capitale mondiale de la culture noire.
La Renaissance de Harlem. En effet, parce qu’il met en avant sa littérature, sa peinture, sa musique, sa danse, son théâtre ou encore sa sculpture, le mouvement Harlem Renaissance, fait découvrir au monde entier la richesse et la beauté de la culture noire. Ce mouvement qui prend fin au début des années 1930, a surtout comme principale caractéristique, le développement de la littérature afro-américaine, puisque jamais avant et après cette période, autant d’auteurs noirs ne se sont fait connaître. De plus, la littérature afro-américaine n’a jamais été aussi riche, aussi diversifiée et aussi plébiscitée qu’à cette période.
Langston Hughes, Countee Cullen mais aussi Dorothy West ou Claude McKay (dont le roman "Home to Harlem" remporte en 1928 le Hamon Gold Award for Literature) et bien d’autres encore, s’unissent pour valoriser l’identité noire-américaine, décrire l’injustice et l’intolérance dont la population noire est victime ou encore, parler de leurs racines africaines.
Quant à la musique, le jazz a le vent en poupe et Harlem attire de nombreux artistes venus souvent du Sud ou de Chicago tels que Louis Armstrong, Mamie Smith, Duke Ellington ou encore Billy Holiday. Ces musiciens se produisent dans les salles de concert et bal du quartier : le Cotton Club (Duke Ellington en 1927) – salle réservée aux blancs – le Savoy Ballroom (où était également donné des spectacles de danse avec notamment le Lindy Hop, style de danse apparu dans la salle à la fin des années 1920) ou encore le Connie’s Inn.
Quant aux autres arts, tels que la sculpture ou la peinture, ils sont souvent minorés quand on aborde le mouvement Harlem Renaissance mais sont tout aussi présents. Parmi les artistes de ces disciplines, on compte Lois Mailou Jones, William H. Johnson ou encore Palmer Hayden. Ces artistes expriment dans leurs œuvres, les souffrances que vit la population noire et montrent la vie à Harlem, en y intégrant des éléments propres à la culture africaine (les masques par exemple).
La fin du mouvement.Le mouvement prend fin au début des années 1930, avec la crise économique de 1929, qui fait entrer les Etats-Unis dans la grande dépression, mais aussi parce que les nouveaux artistes des années 1930 et 1940, aspirent à autre chose et ne souhaitent pas entrer dans le mouvement.
Cependant, les artistes et les intellectuels de ce mouvement ont continué leur travail et leur lutte pour la communauté noire.
En 1954, grâce à l’action de la NAACP devant les tribunaux des droits civiques, la Cour Suprême des Etats-Unis a déclaré la ségrégation raciale illégale dans l’éducation. En 1952, W.E.B DuBois a reçu le Prix international pour la Paix décerné par le Conseil mondial de la Paix et en 1959, il a reçu la Prix Lénine pour la Paix.
Aujourd’hui, nombre de ces intellectuels et artistes sont devenus des références pour la communauté noire internationale, grâce à leurs travaux et à leur détermination. Moi je n’ai qu’une seule chose à dire, à quand un Saint-Denis Renaissance ???