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Je chante donc je suis !

"Lift Every Voice and Sing" qu’on appelle aussi "le Black National Anthem", interprété par René Marie, jazz woman noire américaine, fait l’objet d’une vive polémique dans les médias

vendredi 3 octobre 2008 | par Mbépongo aka Dédy Smith

Chaque individu, chaque groupe ou nation se bat pour que soit respectée, comprise et valorisée son identité. L’identité est notre point de départ, le moteur de l’estime et la fierté de soi. Constituée par notre couleur parfois, mais surtout par le nom, la langue ou l’accent, l’identité est donc un enjeu qui est souvent au cœur des luttes. Lutte de pouvoir ou d’émancipation, lutte de domination ou de libération. Le drapeau ou l’hymne national sont parmi les éléments qui constituent l’identité d’un individu à travers le groupe auquel il appartient. C’est souvent à travers ces éléments comme l’hymne national que se manifestent le sentiment d’appartenance ou de rejet d’une personne ou d’un groupe à une nation, à un État (cf. sifflet corse lors d’une finale de la Coupe de France).

Bref, venons-en au sujet...

C’est vrai qu’on se croirait dans un faux cours de socio ou de philo. Non ? Bref... Ce sujet de l’hymne national m’interpelle tout particulièrement, notamment à travers une polémique aux États-Unis, concernant une jazzwoman noire américaine du nom de René Marie. Certes, l’actualité d’Outre-Atlantique est autre mais votre humble serviteur voulait parler de ce scandale identitaire qui décrit une réalité plus profonde qu’on ne l’imaginait.

Les faits...

A L’occasion d’une cérémonie officielle durant laquelle le maire de Denver devait s’exprimer, René Marie était invitée à interpréter « Star Sprangled Banner » l’hymne national américaine. Totale fut la surprise de l’auditoire quand elle a interprété « Lift Every Voice and Sing » plus connu sous le nom de « Black National Anthem ». Il s’en est suivi de protestations et d’une vive polémique dans les médias locaux et nationaux. Interrogée sur les raisons de son acte, René Marie dira à la presse « L’art est supposé nous faire penser, je voulais juste exprimer la manière dont je vis le fait d’être une femme noire vivant dans ce pays »

Waow !

Au-delà de la controverse, je ne savais même pas qu’il existait « un hymne national noir ». Effectivement des titres comme « We Shall Overcome » sonnait comme tel dans le cadre de la lutte pour les droits civiques, mais de là à avoir un hymne national « parallèle », ha non ! Je viens de découvrir un truc, et vous ? Avant de revenir au sujet, juste un petit mot sur « List Every Voice And Sing ». (Elevez toutes les voix et chantez). Quand James Weldon a écrit, « Lift Every Voice And Sing », en 1900, ils étaient loin de se douter de l’impact de leur création pour les générations d’Afro-américains à venir. Il avait créé ce poème en tant qu’œuvre de protestation face aux lois dites « Jim Crow » (Institutionnalisation de la ségrégation raciale) et les sanglantes vagues de « lynchage » des noirs qui faisaient rage dans le pays. Le poème a été lu pour la première fois, le 12 Février 1900 par 500 enfants d’une école ségréguée de Stanton School, à l’occasion de l’anniversaire du président Lincoln. Il reçut un vibrant accueil et fut diffusé par les étudiants du Sud. 20 ans plus tard la NACCP (The National Association of Child Care Professionals) adopta ce texte poignant comme « Negro National Anthem ».

Les protestations qui ont suivi la prestation de René Marie ne sont pas surprenantes et encore moins dans un pays où l’expression du patriotisme est si fort. La question discutée ici n’est pas de savoir si elle a eu tort ou non, mais comment doit-on se positionner face à l’expression de son appartenance ou non à un groupe et/ou à une nation. En élargissant le sujet, on se rend compte que l’hymne national exprime beaucoup de choses quand à l‘émancipation identitaire des pays anciennement annexés.

C’est le cas de l’Afrique du Sud par exemple.

Durant l‘Apartheid, il existait deux hymnes. L’officiel, celui des Afrikaners « Die Stem » et le non officiel celui des locaux « Nkosi Sikelel’ iAfrika » (que Dieu bénisse l’Afrique) écrite en 1897 par Enoch Sontonga, qui était un symbole de résistance face à l’odieux régime de l’époque.

L’une des premières actions à fort impact symbolique de Nelson Madiba Mandela était de rendre officiel le passage en Zulu dans l’hymne national sud-africain qui s’appelle désormais « Nkosi Sikelel iAfrika ». Lors des finales de la Coupe du Monde en 1995 et 2007, toute la fierté d’un peuple enfin libre et orienté vers le futur résonnait dans toutes les télévisions du monde en Prime Time. Belle image que de voir des sud- africains blancs et noirs chanter en Zulu dans les tribunes du Stade de France. En ce qui concerne le reste de l’Afrique noire, l’on se rend compte que la notion d’indépendance n’est pas totalement appliquée. En effet, en plus d’une monnaie au nom plus qu’explicite le Franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) les hymnes nationaux sont en grande majorité dans la langue de l’ancien pays colonisateur. Drôle de scène que d’entendre des hymnes en portugais à l’occasion du match Portugal vs Angola lors de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne.

Si tout ceci semble être un détail face à des enjeux politiques et économiques plus urgents, il semble important de se poser la question sur notre « maturité identitaire » exprimée à travers des éléments aussi palpables que l’hymne national. Comme nous l’avons dit en introduction, la fierté de son identité est un fondement de base qui motive chaque individu ou groupe à aller de l’avant. La capacité d’un groupe, d’une nation à s’affranchir des « chaînes » qui entravent son progrès peut souvent être lu comme des signaux, comme la valorisation de son identité à travers ses composantes.

Malheureusement beaucoup de « Blédiens » ont encore dans leur tête des schémas qui les rabaissent face à l’occident. L’omniprésence des langues coloniales jusque dans les hymnes nationaux participe à cette continuité. En outre beaucoup de « Diasporiens »ont du mal à garder leurs racines, puiser des valeurs et une fierté dans leur pays d’origine, du fait que le message de progrès passe souvent par l’emploi des attributs identitaires « européens ». Cela me fait penser aux magistrats de certains pays d’Afrique anglophone qui portent « fidèlement » robe et perruque blonde comme ceux que leur ont laissé les colons britanniques. Attention ! Valoriser son identité ne signifie pas refuser de s’intégrer ou de s’ouvrir aux autres. Au contraire, cela signifie offrir au monde entier le meilleur de soi-même. « L’incident » survenu à Denver par l’interprétation de René Marie avec « Lift every voices and sing » nous rappelle que dans un contexte où le monde attend l’arrivée de Barak Obama comme un tournant historique total et définitif, et bien la route est encore longue. Le but de ce récit n’est pas de regarder le monde de manière pessimiste, mais avec réalité et honnêteté dans le but de provoquer de réels changements.

Votre humble serviteur, Mbépongo Aka Dédy Smith

Plus d’info :

- Black National Anthem de René Marie : http://www.youtube.com/watch ?v=bSbHz_ZQRFc

- BlackNationalAnthem vs. AmericanNational : http://www.youtube.com/watch ?v=C7roZaqIS-c

- Stanton College : http://en.wikipedia.org/wiki/Stanton_College_Preparatory_School

- South Africa National : http://www.youtube.com/watch ?v=dKG02ii57us&feature=related

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