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L’ AWALE

L’ AWALE. Jeu de calcul, de stratégie et de société made in Africa

mardi 10 juin 2008 | par Tshibwabwa Mua Bay

L’awalé est un jeu très ancien dont les origines n’ont jamais pu être datées à ce jour. On sait toutefois qu’il existait déjà du temps des Egyptiens, dont on pense qu’ils sont les inventeurs, sous le nom de " jeu du Senet ".

L’Awalé fait partie des jeux de planches appelés "Mancala". Il s’agit d’un ensemble de jeux africains de type « compter et capturer » dans lesquels on distribue des cailloux, graines ou coquillages dans des coupelles ou des trous, parfois creusés à même le sol. Outre l’awalé on trouve dans la famille des jeux mancala le Bao, le Nam-nam, le En Gehé (ou Engehei) ou encore le Omweso (ou Omweeso, Mweso).

L’awélé ou awalé est un jeu de société, de combinaison mathématique et stratégique, comparable au jeu d’échecs. Ce jeu est présent dans presque tous les pays d’Afrique noire, et s’est exporté jusque dans la Caraïbe, sous diverses appellations : adi, adita-ta, adji-boto (ewes, Ghana, Suriname), awalé (Côte d’Ivoire), awari, awélé (Côte d’Ivoire et ga, Ghana), ayo ou ayo-ayo (yoruba, Nigéria), ourin, ourri (Cap-Vert), oware ou owaré (akan, Ghana), wallé, wari (Caraïbes), igisoro (Rwanda et Burundi) etc. Il est souvent appelé awari en anglais.La plupart des awalés vendus dans le monde est fabriquée à Grand-Bassam, la première capitale de la Côte d’Ivoire, à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Abidjan. Un des plus anciens awalé existants est exposé au Musée national du Mali, à Bamako, au Mali, et Il daterait du XIXe siècle.

Le jeu se présente sur un plateau de bois brut ou vernis et orné, pour les plus élaborés, certains awélés sont de véritables oeuvres d’art. Dans son modèle transportable, Le plateau est divisé en deux palettes reliées par des charnières. Le plateau est creusé de deux rangées de six trous, avec parfois deux trous supplémentaires plus importants sur les bords, afin de permettre aux joueurs de stocker les prises. Les dites prises sont soit des graines, des coquillages, des galets ou quelques fois des billes. Les graines, qui sont les pions les plus répandus, viennent de l’arbre Caesalpinia bonduc, une sorte de Flamboyant. Elles ressemblent à des olives vertes mais sont moins périssables si on ne les perd pas.

Les règles du jeu ayant autant de variantes que de pays. Nous n’en détaillerons qu’une qui est relativement courante, appelée Abapa, utilisée dans les tournois et reconnue par la fédération internationale (World Oware Federation).

• Comme les échecs, seulement deux joueurs peuvent s’affronter, mais contrairement aux échecs, les joueurs doivent jouer rapidement et le public, membre du village, du quartier, des tournois, accompagnent les joueurs de leurs commentaires, chants, encouragements ou disputes.

• Au départ, on répartit quarante-huit graines dans les douze trous à raison de quatre graines par trou.

• Les joueurs sont l’un en face de l’autre, avec une rangée devant chaque joueur, qui lui sert de camp. On choisit un sens de rotation qui vaudra pour toute la partie (généralement, le sens inverse des aiguilles d’une montre ). On choisit également un joueur qui commencera la partie.

• Le jeu compte 2 coups : La « semaison » et la « récolte ».

1- La semaison : Le joueur prend le contenu complet d’un de ses trous non vides, puis va semer les graines une à une dans les trous suivants, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Selon le nombre de graines saisies, il sèmera donc dans ses propres trous, puis dans les trous de son adversaire, puis dans les siens, etc... Dans le cas où il repasse par dessus le trou qu’il a vidé, il ne dépose pas de graine dedans et continue au trou suivant

2- la récolte : On considère le trou dans lequel on a semé la dernière graine. Si ce trou est chez l’adversaire et contient, après semaison, 2 ou 3 graines, celles-ci sont retirées du jeu et appartiennent maintenant au joueur récoltant, qui les ajoute à son score. On considère ensuite les trous précédents un à un dans le sens des aiguilles d’une montre. Si, pour chaque trou, il est chez l’adversaire et contient, après semaison, 2 ou 3 graines, celles-ci sont retirées du jeu et appartiennent maintenant au joueur récoltant, qui les ajoute à son score. Dès qu’une de ces deux conditions n’est plus remplie, la récolte est terminée. Le joueur gagnant est celui qui, le premier, atteint un score au moins égal à 25 graines.

• Le but du jeu est d’avoir récupéré le plus de graines à la fin de la partie.

• On ne saute pas de case lorsqu’on égraine sauf lorsqu’on a plus de douze graines, c’est-à-dire qu’on fait un tour complet : on ne remplit pas la case où l’on vient de prendre les graines.

• En cas de famine : Il faut nourrir l’adversaire, c’est-à-dire que, quand celui-ci n’a plus de graines, il faut absolument jouer un coup qui lui permette de rejouer ensuite. Si ce n’est pas possible, la partie s’arrête et le joueur qui allait jouer capture les graines restantes.

• Si un coup devait prendre toutes les graines adverses, alors le coup peut être joué, mais aucune capture n’est faite : il ne faut pas affamer l’adversaire.

• La partie s’arrête quand un des joueurs a capturé au moins 25 graines, soit plus de la moitié ou qu’il ne reste que 6 graines en jeu.

Ces règles sont plus simples qu’il n’y paraît. Elles sont rapidement assimilées par les débutants qui réalisent rapidement de très beaux coups, ce qui en fait un jeu très agréable et ludique. L’awélé est un jeu sociable par excellence qui favorise la convivialité et les liens sociaux. Il se pratique dès l’âge de 8 ans, 4 à 5 ans pour les plus précoces, et peux se jouer dans toutes les situations.

En Afrique, l’awélé n’as pas toujours été un jeu « grand public », mais le privilège de certaines classes sociales ou société secrètes. Dans certaines régions, par exemple chez les Akan (Côte d’Ivoire et Ghana), l’awalé était un jeu de prestige et ses champions jouissaient d’une certaine popularité. Traditionnellement chez les Akan, l’awalé est un jeu d’hommes et même de nos jours, très peu de femmes s’adonnent à ce jeu, quoiqu’il ne leur soit pas formellement interdit. D’autre part, en vertu de certaines croyances, l’awalé ne se jouait que le jour et à la tombée de la nuit, tous les jeux d’awalé devaient être rangés.

De nos jours l’awalé, connais une notoriété internationale. Des nombres livres et études ont été publiés sur les règles et le symbolisme du jeu. On peut également y jouer en ligne sur des sites internet de jeux ou de casino, et des tournois ont lieu aux quatre coins du monde, à commencer par l’Afrique, où les compétitions d’awalé, particulièrement animées, sont dotées de prix. Il y a une anecdote qui rapporte que tout un village prit feu pendant que deux champions s’affrontaient dans un grand match, et tout le monde autour était tellement captivé que le village brûla sans que personne ne s’en aperçoive.

Télécharger les règles de l’Awalé

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