| Le très chic grand magasin Printemps du boulevard Haussmann présentait « Africa instinct », s’était donné pour mission de faire découvrir une Afrique « contemporaine, positive aux ressources artistiques infinies ». La congrégation de la très zaïroise SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) avait même été le sujet d’une exposition de photo. Des enseignes de luxe aux rayons vêtements de Monoprix, les commerçants proposaient des vêtements et des accessoires inspirés ou en provenance directe du continent noir. Les « pagneuses » tenaient enfin leur revanche… Et partout, le bois, la résine ou l’ivoire pour orner les oreilles, le cou et les bras | Vitrine du Printemps. Eté 2006 |
| Par essence éphémère, la tendance s’est estompée depuis, mais il ne tient qu’à nous d’en faire un style à part entière, de nous approprier tissus, coupes et accessoires de mode africaine, de les customiser, de les ré-agencer, de les réinventer, afin de témoigner de la vitalité artistique du continent noir. Une camisole façon super sosso sur un jean et des talons, un sac en wax, une kyrielle de bracelets en bois, cuivre ou malachite ou la tête enturbannée… pour l’été 2007, sortez tout ! Ce qui hier était folklore doit être notre must have d’aujourd’hui. | Si l’Afrique n’est qu’un phénomène de mode cyclique en Europe, la mode africaine est, pour sa part, un domaine trop sérieux pour n’être que le parfum du mois. La couture est une tradition chez nous. Hommes et femmes s’adressent au couturier du quartier, qu’il s’agisse d’une cérémonie ou pour coudre des vêtements de tous les jours. Malgré l’implantation du concept occidental du prêt-à-porter, les échoppes de tailleurs sont légions dans les villes africaines, faisant de ce petit commerce un important acteur de l’économie informelle. Mais pour combien de temps encore ? |
Boucles d’oreilles peulh. Existent en argent et en or | Bracelets afro. Existent dans toutes les matières |
| Quels meilleurs ambassadeurs la mode africaine pourrait-elle trouver, si ce n’est les Africaines et les Africains eux-mêmes, voir les Afrodescendants qui pourraient découvrir toute la créativité du continent noir ? L’élégance chez nous n’est pas affaire de saison, de mode ou même de moyens. Rappelons que les populations africaines sont les premières et les plus nombreuses au monde à s’habiller sur mesure, quelle que soit leur classe sociale. Coudre et faire coudre ses vêtements est autant une activité économique qu’un lien social, qui permet à de nombreux artisans et créateurs d’exercer leurs talents. Les ateliers de couture au Sénégal par exemple sont de véritables écoles d’apprentissage qui excellent dans l’art de la broderie. En République Démocratique du Congo, le pagne tient toujours tête au jean taille basse, et les petits couturiers de quartier rivalisent d’imagination pour habiller les belles Kinoises de libaya corsetés ou amples, en tissus Wax, java, super sosso aux couleurs chatoyantes. Et chaque modèle est une pièce unique, s’il vous plaît ! Alors pourquoi laisser disparaître cet art ou le laisser aux campagnes marketing qui ne durent que le temps d’une tendance ? | Mais comment faire pour faire vivre la création africaine lorsqu’on vit en Europe me direz-vous ? Comment l’adapter au mode de vie plutôt « speed » de la jungle urbaine ? Où trouver étoffes et accessoires pour customiser un style plutôt prêt-à-porter-branché-parisien ? Les ruelles des quartiers de la Goutte d’or, mieux connues sous le nom de Château-rouge regorgent de centaines de petits ateliers de couture maliens et sénégalais. L’avenue la plus courue par les initiées est la Rue Myrha, où Zaïroises et Sénégalaises font faire leurs tenues de soirées, leurs boubous et leurs kanzaku à des prix défiant toute concurrence. En choisissant bien votre couturier et en négociant bien la prestation vous pourrez vous offrir des tops, des jupes, des robes aux coupes ultra-branchées en tissus africains pour environ 30€, avec broderies en supplément ! Pensez seulement à apporter votre magazine de mode pour permettre au couturier de savoir exactement ce que vous voulez. Vous trouverez tissus et étoffes dans le même quartier. Pour les boutiques et les motifs, vous n’aurez que l’embarras du choix. Comptez 15 € les 6 mètres en entrée de gamme et 42 € minimum pour le must du must : le super wax ou wax hollandais. |
La richesse des motifs d’un super wax
| Couture sur mesure dans les ateliers de la rue Myrha ! |
| Côté accessoires, si vous ne voulez pas vous encombrer de bijoux fantaisies en doré cliquant de nos mamans, que l’on trouve également à la Château-rouge, de nombreux créateurs de bijoux africains et afro-caribéens sillonnent les marchés de la capitale et organisent des show-room pour vendre leurs créations en perles, graines, cuivre, bronze et bois, mais également des sacs à main et des vêtements en tissus africains. Nous vous tiendrons d’ailleurs informés régulièrement. Mais si vous recherchez plutôt des bijoux traditionnels, des « classiques » qui se marient magnifiquement avec les looks les plus In et les plus urbains, c’est simple, demandez-les à vos proches au pays ou faites les faire… Eh oui, il n’y a pas que les vêtements que l’on peut faire sur mesure au pays, il y a aussi les bijoux. Si vous avez des contacts au Mali ou au Sénégal par exemple, vous pouvez commander des boucles d’oreilles peulh, en or ou en argent, de la taille que vous voulez, pour une somme comprise entre 20 et 35 €, la barre d’or ou d’argent comprise* . | Une fois vos tenues et vos accessoires en main, il ne vous reste plus qu’à customiser le tout, à créer votre propre style. Pour le port des accessoires, une règle toutefois : plus il y en a, mieux c’est ! Osez les "très grosses" boucles d’oreilles, couvrez vos avant-bras de bracelets. Privilégiez les bracelets fins à porter par trentaines ou les grosses pièces en bois à porter par 2 ou 3.Les couleurs et motifs du wax, portés en sac à main ou en bustier se marient parfaitement avec le bleu du jean denim. Une petite robe d’été longue ou courte sur des sandales en cuir rouge du Burkina Faso, n’est pas une mauvaise idée non plus. Bref, à vous de tester ! ça stimulera votre créativité, et à coup sûr, celle de la mode africaine et de ceux qui en vivent.
Accessoires d’inspiration africaine. *Si vous avez des petits trous d’oreilles, surtout précisez-le ! |
Mini-glossaire pour les néophytes !
Super sosso : Tissu imprimé ayant le même type de motifs et de couleurs que le wax, mais au tissage moins riche.
Wax : Tissu imprimé sur de la toile écrue 100% coton. Chaque mètre de Wax est unique au monde, et ce tissu ne possède ni envers ni endroit. Il existe le wax simple, le wax hollandais ou super wax et le wax anglais. Avec le wax, on entre dans le haut de gamme. Wax signifie "cire" en anglais, car les wax les plus riches ont une texture cirée.
Libaya : Le top ou le haut de la tenue traditionnelle des femmes en RDC, qui se porte accompagné de deux pagnes.
Kanzaku : Tenue traditionnelle en tissu imprimé porté dans les deux Congo.
Java : Tissu de style Wax, de très haute gamme, ciré, avec un double, voir un triple tissage et des incrustations, d’où son surnom de wax "riche".
Toute la Mode sur ananzie :
Dress to impress…at work. Le guide du bon look en entreprise
Afro Revival ! La mode est au rétro funky-groovy-disco-psychédélique
Tailles basses pour fesses hautes ou comment trouver un jean quand on a des cuisses… Et des fesses