Investissements. L’Afrique est par définition LE continent qui reçoit le moins d’investissements directs à l’étranger (IDE). Les investissements directs en direction de l’Afrique restent principalement en provenance de la France, de l’Angleterre et des Etats-Unis, la Chine ne participant qu’à hauteur de 0,7% à ces derniers entre 1979 et 2002. Cependant cette tendance est en passe de connaître un bouleversement puisqu’en 2004, les IDE chinois s’élevaient à plus de 900 millions de dollars sur les 15milliards reçus par le continent. Près de 700 sociétés chinoises sont maintenant implantées sur le continent, elles investissent notamment dans le secteur du pétrole, mais également des mines, de la pêche, de l’exploitation de bois exotiques, des industries manufacturières et des infrastructures. Ces investissements façonnent les échanges commerciaux sino-africains.
Le pétrole. La Chine a une consommation énergétique intensive qui nécessite d’importantes ressources. Le pétrole, deuxième source d’énergie de la Chine, est présent en Afrique où de nouveaux gisements voient régulièrement le jour. C’est donc tout naturellement que les importations en provenance d’Afrique, principalement Sub-saharienne, se sont multipliées (X 9 entre 1998 et 2005). Accords d’explorations et de production, investissements dans des filiales chinoises, participation dans des champs pétrolifères, les compagnies pétrolières chinoises accélèrent leur développement en Afrique. La CNPC est présente dans 8 pays, le groupe SINOPEC dans 6 pays africains, la CNOOC surtout dans le Golfe de Guinée. Le coton. Comme tout le monde le sait, l’Afrique représente un réservoir quasi inépuisable de matières premières. A la fin des années 1980, la Chine était très dépendante du coton américain, plus de 40% de ses besoins annuels étaient comblés par des importations en provenance des Etats-Unis - pour seulement 2.2% en provenance de l’ouest africain. Depuis 2002, l’Afrique de l’Ouest a pris une place plus importante dans ces échanges, puisqu’entre 15 et 20% des importations chinoises actuelles proviennent de cette région.
Les échanges commerciaux avec l’Afrique ne représentent pourtant que 2,5% du commerce extérieur chinois. Depuis 2005, la Chine est devenue le troisième partenaire commercial du continent Africain, mais l’Afrique reste un partenaire marginal pour la Chine. Par contre les importations africaines en provenance de Chine se font de plus en plus importantes, les principales destinations étant le Bénin 15%, le Ghana 9%, le Togo 8% et la Cote d’Ivoire. Tout ceci a pour conséquence de déséquilibrer les balances commerciales des économies africaines, ce qui ne favorise pas leur bonne santé. D’un autre coté, l’augmentation des besoins énergétiques et cotonniers chinois sont une formidable opportunité pour le continent. Ils participent a l’augmentation des cours pétroliers et contribuent ainsi a la progression du taux de croissance des exportations agricoles et pétrolières : entre 2002 et 2004, les importations cotonnières de Chine ont contribué pour 2.5% au taux de croissance des exportations totales de l’Afrique. Mais une fois encore, il est nécessaire de relativiser l’impact positif de ces exportations croissantes vers la Chine. D’une part, les besoins de la Chine pourraient renforcer un peu plus la spécialisation des économies africaines sur les matières premières. D’autre part l’exploitation des richesses naturelles des pays africains a rarement profité aux populations locales. Seule une amélioration de la gouvernance pourrait aller dans ce sens, ce qui a peu de chance d arriver, l’aide chinoise n’étant accompagnée d’aucune contre-partie ou conditionnalité politique ( démocratisation, réformes des systèmes politiques africains).
L’aide. Déjà en 1956, lors du 8ème Congrès du Parti Communiste, Mao affirmait : « Nous devons activement supporter les mouvements d’indépendance et de libéralisation nationaux en Asie, en Afrique et en Amérique Latine ». Épaulée par les dirigeants africains lors des différents sommets de l’Onu, la République Populaire de Chine répond par des aides au développement : envoi de 150 000 assistants techniques chinois pour des projets dans les domaines de l’agriculture, le transport, le bâtiment, le développement industriel. Ces aides sont de l’ordre de 100 millions de dollars par an entre les années 1960 et 1980, ce qui contraste toutefois avec les montants déboursés par la Grande Bretagne, les Etats-Unis et la France entre 1971 et 1980 (250, 800 et 1 300 millions respectivement). Aujourd’hui l’aide chinoise se traduit également par des annulations de dette, environ 10 milliards de dollars depuis l’an 2000. Quant aux prêts concessionnels, ils devraient s’élever à 10 milliards de dollars d’ici deux ans. L’aide au développement a un rôle positif dans le développement des pays africains, mais elle n’est pas sans poser de problèmes. Premièrement, les conditions financières de ces prêts manquent souvent de transparence. Deuxièmement, l’attribution de ces aides n’est accompagnée d’aucune condition politique ce qui laisse présager d’une continuité des problèmes de gouvernance en Afrique. On connais notamment le silence complice de la Chine sur les massacres au Darfour, pays qui est l’un de ses principaux fournisseurs de pétrole. Pékin, qui contrairement aux pays occidentaux ne donne pas de leçons de morale aux dictatures africaines, séduit ainsi les Etats les plus réticents aux réformes politiques. Troisièmement, il reste difficile pour les pays recevant ces aides, d’établir des prévisions sur le long-terme, ces aides étant quatre fois plus instables que les recettes publiques (CNUCED, 2006a). Enfin les domaines d’investissements correspondent bien souvent aux intérêts de la Chine plus qu’à ceux des pays africains.
Migrations
L’immigration chinoise devient perceptible en Afrique. Elle est de deux natures : des émigrés qui forment une main d’oeuvre chinoise, employée de façon temporaire ou saisonnière sur des projets bien spécifiques.
De l’autre coté, des expatriés parmi lesquels on compte de petits entrepreneurs venus s’installer en Afrique : commerçants, restaurateurs etc… Aucun recensement n’est pour lors disponible, mais certaines sources estiment que la diaspora chinoise en Afrique (en incluant ses descendants) pourrait atteindre les 500 000 personnes. On pourrait bien entendu voir dans ces migrations chinoises une aide aux économies africaines. Cependant si les émigrés permettent à la Chine de venir à bout de ses projets, ils ne permettent pas la réduction du taux de chômage local. Les expatriés chinois se trouvent aujourd’hui au centre d’une véritable polémique : étant à l’ origine d’importations massives de produits de consommation courante, ils concurrencent les commerçants locaux et sont accusés par ces derniers de détruire des emplois.
Bilan du forum sino-africain et perspectives d’avenir. Le "Sommet de Beijing" et la 3e Conférence ministérielle du "Forum sur la Coopération sino-africaine" ont eu lieu à Beijing du 3 au 5 novembre 2006, avec la participation des Chefs d’état et de gouvernement, des Chefs de délégation, des ministres des affaires étrangères et des ministres chargés de la coopération économique de Chine et de 48 pays africains. Les différentes parties ont élaboré a l’issue de ce sommet un plan d’action qui passe par une coopération accrue sur les plans politique et économique. Mais le sommet est allé plus loin : culture, éducation, médecine, santé, tourisme, presse, échanges entre les peuples, les jeunesses et les femmes. Tous ses sujets ont fait l’objet d’accord de collaboration avec les pays participants. Plus qu’un envahisseur économique, la Chine s’immisce dans tous les domaines qui fondent l’essence même des peuples africains. Doit-on y voir une menace ?
La Chine apparaît donc sous de multiples facettes. Elle offre à l’Afrique de nouvelles perspectives et lui permet de rêver de se défaire du joug néo-colonialiste de l’Occident. Mais ce rapport du "Dragon a l’autruche" qui s’est établi entre la Chine et l’Afrique se révèle inquiétant. L’Afrique ne constitue pas un enjeu fondamental pour la Chine, aux ambitions internationales, et doit être consciente de n’être qu’un pion sur un échiquier bien plus large. La présence de la Chine en Afrique ne peut être intéressante pour elle que si elle sait à son tour s’en servir
Quelques repères :
VIème siècle : Fourniture à Canton d’esclaves noirs par des marchands arabes
XIIème siècle : Emigration chinoise des provinces méridionales de Canton et du Fujian vers la côte Est de l’Afrique
1413-1415 : Expéditions menées sous la dynastie Ming, pour rapporter des esclaves et des animaux
1955 : Conférence de Bandoeng, naissance du mouvement des non alignés. L’Afrique y est encore peu présente car encore sous l’emprise coloniale. On compte toutefois le Liberia et le Ghana.
1956 : Premier contacts bilatéraux avec l’Algérie, l’Egypte, la Guinée, le Maroc et le Soudan
1971 : Appui des Africains à la candidature de Pékin pour l’un des 5 sièges permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Aide chinoise : Bénin, Cameroun, Maurice, Madagascar, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Togo, Tunisie, Zaïre
1978 : Réformes économiques et sociales chinoises. La Chine devient compétitive et a des besoins importants en matières premières
Années 1980 : Réchauffement des relations Est-Ouest. Activisme moindre de la part de la Chine
1989 : Chute du mur de Berlin
Début des années 1990 : Développement des relations politiques et soutien progressif des pays Africains à l’isolement de Taiwan
1994 : Premier investissement pétrolier chinois en Afrique, au Soudan
1999 : Le pouvoir chinois élabore une stratégie plus ambitieuse sur l’Afrique
2000 : Première banque chinoise en Afrique, Eximbank, au Soudan. Premier forum de coopération Chine-Afrique
2004 : Prêts chinois de 2 milliards de dollars à l’Angola
2005 : Accord avec l’Afrique du Sud de développement dans le nucléaire civil.
Novembre 2006 : Lors du sommet Chine-Afrique, Hu Jintao déclare : « La Chine sera pour toujours un ami, un partenaire et un frère de l’Afrique »
Du même auteur :
A la reconquête du ciel africain
Le développement des TIC en Afrique
Du développement durable au service du protectionnisme économique.
L’allègement de la dette… par la dette !
La guerre des matières premières africaines. Chap. 3. Les ressources minières
La guerre des matières premières aficaines. Chap. 2. Les matières premières agricoles
La guerre des matières premières africaines. Chap. 1. Le pétrole
Expériences de la Microfinance en Afrique
Les performances des places financières africaines
L’Afrique, nouvel Eldorado pour les fonds d’investissement ?