En se rendant sur le site Internet d’Eskom, premier fournisseur d’électricité d’Afrique du Sud, on est tout de suite dirigé vers une page expliquant le délestage [1] et ses modalités ! En effet, la forte croissance du PIB sud-africain - 4% en moyenne ces dernières années - boostée par le fameux boom des matières première a pris de cours le fournisseur d’électricité public.
Faute de ne pouvoir assurer le service, Eskom s’est vu dans l’obligation de recourir à des coupures d’électricité régulières. S’en est suivi une vague de contestations et d’accusations en direction du management et du gouvernement. Les déboires d’Eskom remettent-ils pour autant en cause l’existence de ce quasi monopole ?
6 454 millions de Rand en 2007. C’est le résultat net annoncé par le groupe Eskom, contre 4 641 millions de Rand en 2006. Cette belle hausse est loin de suffire à faire oublier les difficultés de l’entreprise à répondre à la demande locale. La situation de quasi monopole d’Eskom sur le marché de l’électricité est un élément explicatif. Fournissant 95% de l’électricité d’Afrique du sud, Eskom jouit d’une influence nationale, mais également régionale (5% de sa production est destinée aux pays voisins d’Afrique australe tels que la Namibie, la Zambie et le Zimbabwe. La contestation de ce monopole est aisée, les termes d’inefficience productive et allocative d’une part et d’inefficience organisationnelle d’autre part revenant sur le devant de la scène. Avant de remettre en cause le management, force est de constater qu’il s’agit ici d’une erreur du gouvernement.
Depuis des années, le management d’Eskom, conscient de la nécessité d’augmenter ses capacités, multipliait les demandes d’investissement de la part de l’Etat. A la fin des années 1990, après l’échec de la privatisation de l’entreprise nationale, le gouvernement refuse de financer la construction de nouvelles usines. Les membres du gouvernement, alors mal armés pour imposer ces contraintes de gestion à la direction générale d’Eskom, et en raison d’une vision à court terme, prennent une décision qui s’avèrera fatale pour l’économie, quelques années plus tard.
En temps normal tout fournisseur d’électricité se doit d’avoir la capacité de produire en excès afin de couvrir la demande en cas de besoin. La production se planifie donc en amont. A la fin des années 1990s, le management d’Eskom a anticipé que dans les années à venir, ils n’auraient plus de quoi produire cet excès de capacité si vital en cas de pic de consommation. Ces derniers ont donc interpellé le gouvernement sud africain à mainte reprises afin d’obtenir les financement nécessaire pour contruire de nouvelles usines et « couvrir l’excès d’électricité » pour ainsi dire. Sans l’appui du gouvernement, impossible alors pour Eskom de remplacer ses capacités productives et le temps passant, Eskom s’est retrouvé dans la situation de n’avoir aucune réserve d’électricité digne de ce nom. Or pour couvrir les besoins de croissance nationale (4%), Eskom devra chaque année fournir environ 1600MW, voire 2400MW si on tient compte des estimations de croissance de 6% sur 2008. Lorsqu’on sait que la construction d’une usine conventionnelle peut prendre 8 ans pour un coût de plusieurs milliards de rand…De quoi laisser perplexe.
Afin de couvrir son budget, Eskom annonçait fin 2007 une augmentation de 14,2% du prix de l’électricité. Et l’appui en début de semaine du gouvernement pour une augmentation des tarifs de 53% a été pour tous, sauf Eskom, un véritable choc. Cette augmentation aurait pour but de couvrir les coûts de carburant, financer les programmes de développement et freiner la consommation pour assurer l’approvisionnement de l’industrie. Il est donc difficile pour les Sud-africains d’accepter les bonus colossaux alloués au comité de direction, à l’issue de l’année fiscale 2007, en début de semaine.
Certes le management n’a jamais autant travaillé que les mois derniers. Mais leur communication confuse, les fermetures forcées de mines qu’ils ont provoqué font monter le mécontentement. L’entreprise n’est toujours pas parvenue à mettre en place un calendrier de délestage adéquat. Quant aux infrastructures vieillissantes de l’entreprise, elles jettent un voile sur les capacités de production à venir d’Eskom. L’Afrique du Sud concentrerait 6 des 10 usines les plus polluées du monde sur son territoire et la palme d’Or reviendrait à l’usine de charbon d’Eskom.
Quoi qu’il en soit, les déboires d’Eskom ont mis un coup de projecteur sur des challengers crédibles et affamés, sur le marché de l’électricité en Afrique du Sud. Alors qu’Eskom peine à répondre à la demande, IPSA - Independent Power Southern Africa - fait son entrée dans la course. IPSA entend bien capitaliser sur cette situation. Certes son usine située à Newscastle ne produit que 18MW, mais l’entreprise prévoit d’augmenter sa capacité à 55MW d’ici la fin de l’année et même à 2270MW au travers de cinq usines supplémentaires. L’entreprise annonçait en début de semaine des résultats annuels 2007 exceptionnels, l’acquisition de 4 turbines à gaz et l’initiation d’un projet de construction d’usines colossal, projet Elitheni Clean Coal Power à Easter Cape. Même s’il est encore tôt pour se prononcer, IPSA se construit petit à petit une crédibilité et est sur le point de contribuer de manière significative à l’industrie électrique sud africaine.
L’entrée de nouveaux acteurs permettra sur le long terme de réduire la facture pour le consommateur tout en préservant la croissance économique sud-africaine. Eskom en tant que premier fournisseur d’électricité reste un acteur majeur et aucune privatisation n’est à l’ordre du jour. Une privatisation n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable, le caractère public de l’entreprise n’étant pas contesté. L’électricité doit rester un bien contribuant à l’amélioration du bien-être de la population, au soutien à l’économie par la mise en place d’infrastructures lourdes, au renforcement du développement industriel.
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Notes
[1] Le délestage consiste à effectuer volontairement l’approvisionnement d’un ou de plusieurs consommateurs pour rétablir rapidement l’équilibre entre la production et la consommation du réseau. Cette mesure de sauvegarde vise à éviter les risques d’effondrement en tension ou en fréquence qui pourraient entraîner la coupure de la totalité d’un sous-réseau.