Après la Chine et l’Inde, c’est désormais au tour de la Turquie et du Japon de venir offrir une aide bien généreuse au continent Africain. Le premier sommet sur la coopération économique Turquie- Afrique, clos le 21 août dernier, visait à « faciliter l’entrée des produits africains sur les principaux marchés mondiaux », comme l’indiquait alors Mr Hisarciklioglu, président de la CCI turco-africaine. Les chefs d’Etats africains conviés ont pu ainsi discuter des opportunités d’affaires en Turquie, de l’aide au développement, d’actions humanitaires, de bourses d’études supérieures. Pas un ingrédient ne manquait à l’appel pour démontrer la volonté turque d’accompagner le développement économique africain. La Turquie espère ainsi augmenter ses échanges avec le continent… notamment ses exportations : en cas d’accord bilatéraux de libre échange, elle pourrait trouver des débouchés à son industrie textile, chimique, automobile ou du BTP.
La Turquie fait, de plus, partie de ces pays qui réclament depuis longtemps un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien des chefs d’Etats africains ne saurait être négligé. Ces hauts sommets se suivent et se ressemblent. Car avant la Turquie, le Japon proposait également en mai dernier, un plan d’action pour l’Afrique, lors de la Conférence de Yokohama. Au programme, remise à niveau des infrastructures, développement du commerce, des investissements, du tourisme, développement des communautés, éducation, santé…la recette parait simple, mais quels résultats attendre de ces sommets qui s’enchaînent et qui accueillent en leur seins les chefs d’Etats africains les plus controversés.
Du point de vue économique, les convoitises ne sont pas en reste. Comme bien souvent, c’est le domaine industriel qui fait l’objet de toutes les attentions, notamment l’industrie minière. Tata Steel, géant indien de l’acier ouvrait cet été sa filière Tata Steel Cote d’Ivoire SA, il exploitera ainsi le minerai de fer du mont Nimba, à l’ouest du pays. La Zambie a également attiré l’attention de nouveaux investisseurs cet été, Russes, cette fois ci. Des fonds d’investissements russes, parmi lesquelles on compte Rusinvest, ECN et Aurore Capital, ont en effet effectué une visite en Zambie, en vue d’investissements substantiels dans le secteur minier. Au delà des traditionnels secteurs attractifs, le secteur des TIC a également été très dynamique. Vodafone, géant britannique des télécommunications, est en passe d’acquérir 70% des parts de la société nationale de télécommunications Ghana Telecom.
Les fusions et acquisitions régionales sont tout aussi nombreuses, démontrant une consolidation en marche dans le secteur des TIC. Au Kenya, l’opérateur téléphonique Safaricom acquérait en août dernier, 51% du groupe One Communications, spécialiste de la communication de données. De la même manière, une redistribution des cartes s’est amorcée en Afrique du Sud, l’opérateur historique Telkom souhaitant désormais se défaire de ses intérêts dans la téléphonie mobile à savoir 50% de Vodacom.
Rien de bien nouveau donc, hormis peut être un regard quelque peu différent sur l’Afrique, notamment subsaharienne. L’Afrique n’est pas qu’une « mère nourricière », en référence aux matières premières et autres matériaux issus des industries extractives. Le continent attire car il offre des perspectives de croissances économiques intéressantes dans un contexte mondial heurté par la crise des subprimes, la hausse du pétrole et des matières premières. L’African Economic Outlook tablait récemment sur une croissance de 7,3% en Afrique de l’Est, 5,3% en Afrique Australe, et respectivement 4,1% et 3,5% en Afrique Centrale et en Afrique de l’Ouest. L’Afrique Subsaharienne continue à enregistrer un taux de pénétration (des investissements) faible par rapport à d’autres régions émergentes tels que l’Asie du Sud Est ou l’Amérique Latine. Une faiblesse qui ne tardera pas à être mise à profit, les analystes réalisent désormais que la démographie en Afrique subsaharienne est on ne peut plus favorable. La croissance de la population active par rapport à la population totale de la région est en passe de s’accélérer sur les 40 à 50 ans à venir.
Parallèlement, la tendance dans le reste du monde est au déclin. Or on sait l’importance d’une population croissante sur la croissance économique, la consommation et l’épargne. Tout dépendra bien évidemment de la capacité des pays d’Afrique subsaharienne à offrir des opportunités d’emploi afin d’absorber une offre croissante de travailleurs potentiels. On comprend mieux en tout cas, ce qui a pu faire dire au président Abdullah Gül que l’Afrique représentait « le centre de l’avenir ». Reste à ce que les intervenants africains et la diaspora en prennent conscience également.