En effet, la zone CFA est constituée de quinze Etats, répartis en deux sous-zones monétaires. Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, forment l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont l’institut d’émission est la "Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest" (BCEAO). Pour ce groupe franc CFA signifie désormais « franc de la communauté financière d’Afrique ». Le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, forment la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont l’institut d’émission est la "Banque des États de l’Afrique centrale" (BEAC) ; pour ce groupe franc CFA signifie quant à lui « franc de la coopération financière d’Afrique centrale ».
Chaque sous-zone possède ses propres institutions. L’UEMOA, dont le siège se trouve à Bangui en République centrafricaine, et BCEAO, situé à Dakar au Sénégal, ont le pouvoir d’émettre de la monnaie mais ne remplissent pas complètement tous les rôles de banques centrales au sens strict, dans la mesure où une partie de la gestion de cette monnaie est sous l’égide des autorités monétaires française et européenne.
Le fait de donner deux acceptions à une seule monnaie explique et soutient l’idée que la zone CFA ne constitue pas une zone monétaire unifiée. La conséquence immédiate et l’aberration d’un tel système est que les deux monnaies ont une seule valeur, un même pouvoir d’achat, mais ne permettent pas l’utilisation des billets et pièces émis par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale, en Afrique de l’Ouest, et vice et versa. Dans ces conditions, il est plus que nécessaire d’unifier les deux zones et de permettre la circulation et l’usage du Franc CFA dans cet espace, comme c’est le cas pour la zone Euro. De façon globale, l’unification des deux zones offrira plus d’avantages que d’inconvénients, et ne pourra qu’améliorer le niveau économique de ces Etats, en plus de jouer favorablement sur le risque de change , même si le problème du risque de change [1]ne se pose pas réellement sur le Franc CFA.
La valeur d’une monnaie par rapport aux devises étrangères est fonction des fondamentaux économiques du pays concerné. Il est principalement fait allusion au niveau de l’inflation [2] et le niveau de taux d’intérêt [3]
. En nous référant à la théorie financière, la différence de valeur entre deux taux de change correspondrait aisément à la différence entre le niveau d’inflation entre deux pays. De plus, le taux de placement élevé dans un pays attire les capitaux étrangers et affecte la valeur de la monnaie. En observant la réalité économique africaine, le niveau élevé des taux d’inflation, et le laxisme dans la gestion et le pilotage des affaires publiques expliquent en grande partie l’instabilité des monnaies africaines. L’exemple de la monnaie zaïroise à l’époque du président Mobutu est assez significatif [4] .Compte tenu de ces éléments, l’avantage qu’offre le Franc CFA c’est sa stabilité.
La stabilité du Franc CFA est un gage pour les exportateurs et importateurs des zones monétaires CFA. Comment la stabilité d’une monnaie peut – elle contribuer positivement dans les échanges internationaux ? Prenons l’exemple d’un importateur ou un exportateur qui réalise des opérations d’échanges avec des pays étrangers. Imaginons que la vente se fasse à crédit, c’est-à-dire avec versement du montant de la dette dans trois mois. Si la dette est en devise étrangère, l’exportateur devra convertir ses Franc CFA en Euro pour pourvoir honorer son engagement et effacer sa dette (dans le cas d’un importateur), ou sinon recevoir les Euros et le convertir en CFA (dans le cas d’un exportateur). En admettant que le franc CFA ne soit pas une monnaie stable, il y a un risque que le taux de change soit supérieur ou inférieur à celui du jour de la vente. Il y a dans ce cas un risque de perdre de l’argent rien qu’en convertissant le CFA en Euro, et vice et versa. Globalement, toute fluctuation, dans un sens ou dans l’autre du Franc CFA entraînerait des dégâts pour nos opérateurs économiques. Avec une monnaie stable, les importateurs et exportateurs ne sont pas soumis au risque de voir à chaque moment le cours de change fluctuer. Ils peuvent connaître avec certitude ce qu’ils recevront sur les montants de leur vente à crédit dans trois mois.
Par ailleurs, la main mise et le contrôle partiel de la France dans la gestion de Franc CFA, limite la tentation d’émission incontrôlée de billets dans le but de combler les déficits budgétaires des Etats de la zone CFA. Cette situation contribue également et grandement à la stabilité du Franc CFA. Toutefois ces avantages ne sont pas sans conséquences pour les 15 pays de la zone CFA, contraints de dépendre de la politique économique et monétaire appliquée en France et dans l’Union Européenne, sans toutefois avoir les moyens nécessaires d’en donner l’orientation. De ce point de vue, ils ne peuvent prétendre mettre en place une politique économique sans obéir aux diktats de la politique Européenne. Il est difficile dans ce contexte de prendre son destin en main. C’est dans cette perspective qu’ont été imposées la dévaluation et la privatisation des entreprises publiques de la zone franc CFA [5]. Ironie du sort ou fatalité, ces différentes mesures se sont soldées par un appauvrissement de la population, une baisse du pouvoir d’achat et un accroissement de la dépendance économique vis à vis des pays du Nord. N’ayant pas de réel pouvoir de décision sur leur propre monnaie, les pays de la zone CFA ont uniquement la possibilité d’ajuster la masse monétaire sur le marché de la monnaie et de contenir l’inflation.
L’instabilité monétaire comprime nos économies et nos acteurs économiques, importateurs ou exportateurs, ne peuvent développer leurs échanges avec l’étranger. Le Franc congolais est en perte de vitesse même si les autorités monétaires ont fait des efforts considérables dans la lutte contre l’inflation, le rand sud-africain a aussi connu des moments de fortes fluctuations, malgré la solidité de l’économie de ce pays. Maintenant que l’Union Africain est en place, n’est-il pas venu le temps de mettre en place une union monétaire africaine ?
[1] Avant la mise en place de la zone Euro, chaque pays de l’Union Européenne avait sa propre monnaie. Au niveau des échanges commerciaux chaque pays avait son propre taux de change (le prix de sa monnaie nationale par rapport à la monnaie étrangère). Exemple : le franc français par rapport au dollar américain. Dans ces conditions chaque pays est spécifiquement soumis à un risque de change. Ce risque de change était aussi présent dans les échanges entre les membres. La mise en place de la zone Euro a supprimé le risque de change entre les pays de l’Union Européenne. La zone euro constitue désormais un bloc qui fait uniquement face au risque de change lié à ses transactions avec les pays étrangers. Dans les échanges avec le reste du monde, les pays de la zone sont obligés de convertir l’euro en monnaie étrangère et faire face à leurs engagements.
[2] Monsieur Cassel a avancé en 1918 l’idée du prix unique entre un bien fabriqué dans les mêmes conditions mais dans deux pays différents, (Kinshasa et Brazzaville). Pour comparer les deux prix, il faut convertir le prix du bien fabriqué au Congo en Franc CFA. Dans la perspective d’une augmentation de prix à Kinshasa, cette augmentation se sentirait automatiquement sur le taux de change. Dans ce cas, tout augmentation non proportionnelle des prix influence le taux de change.
[3] Si le Bénin fixe un taux d’intérêt à un niveau attractif, c’est-à-dire rémunère davantage l’épargne, les acteurs économiques d’autres pays vont chercher à placer leurs économies dans ce pays. Pour y parvenir les acteurs économiques congolais (RDC) vont convertir le franc congolais en franc CFA. Si ce mouvement est important, il va se poser le problème d’une forte demande face à une faible offre. Cette situation peut aboutir à la diminution de la masse monétaire sur le marché congolais. Ce phénomène aura un impact sur le taux de change franc congolais/ franc CFA.
[4] Dans les années 1990, la monnaie congolaise n’avait quasiment pas plus de valeur que des pièces, et ne pouvait plus servir aux achats. Les autorités étaient obligées de mettre en circulation des grosses coupures afin d’éviter que l’on se serve d’une brouette de billets pour l’achat d’une bouteille de bière. La raison de cette dégradation : multiplication des planches à billets pour répondre aux exigences budgétaires et aux paiements des salaires, (laxisme dans la gestion) et l’inflation sur le marché des biens et services.
[5] La dévaluation de Franc CFA n’a pas été voulu par les autorités politiques et monétaires. Cette dévaluation était davantage imposé par la Banque Mondiale et dans un premier temps refusée par le président Mitterrand mais ensuite soutenu par Balladur au moment du changement de la majorité parlementaire en France. Cette dévaluation a plus apporté des difficultés et contraintes aux populations de la zone CFA.