Spiritualité
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La Santeria

La Santeria ou La Regla de Ocha. Cuba, Éden des Dieux Yoruba

lundi 9 juin 2008 | par Tshibwabwa Mua Bay

A l’image du Vaudou à Haïti, du Candomblé et de l’Umbanda au brésil, la Santeria Cubaine est un culte religieux d’essence africaine.

Comme pour toutes les religions précitées, l’aspect syncrétique, très souvent mis en avant pour décrire la Santeria, est en réalité très superficiel. La spiritualité, la mythologie, la cosmogonie et les rites Yoruba sont prédominants et sont restés, à peu de choses près, ceux des origines. Les Dieux Yoruba ont traversé l’atlantique durant 4 siècles, accompagnant des millions d’esclaves africains issues de la zone comprise entre le Togo, le Bénin, le Nigeria et le Ghana. Les survivances des cultures Yoruba et Fon sont aujourd’hui parmi les liens les plus vivaces, les plus riches, les plus symboliques qui lient l’Afrique à certaines diasporas Noires.

Le culte Afro-cubain de la Santeria doit sa survie à de nombreux facteurs. Il y a la concentration des esclaves dans les plantations de sucre, qui leur a permis de maintenir un semblant de tissu social, donc de pratiques culturelles. Il y a également la religion catholique, qui même si elle était imposée aux esclaves, était moins psychorigide et aliénante que le protestantisme. La légende veut que les esclaves noirs aient dissimulé leurs Dieux sous les traits des saints catholiques, afin de vivre leurs cultes sans éveiller la méfiance des colons Blancs. Que ce fait soit avéré ou non, il n’en reste pas moins que les esclaves ont dû faire preuve de beaucoup d’imagination et de grandes stratégies pour assurer la survie de leurs croyances. Aujourd’hui, la Santeria, également connue sous l’expression « La Regla de Ocha », est un culte religieux en pleine expansion, car il connaît une formidable diffusion aux Etats-Unis, en Floride et à New York tout particulièrement, puisque ces villes comptent d’importantes communautés cubaines, mais également à Porto Rico et au Venezuela.

D’essence polythéiste, la Santeria reconnaît l’existence d’un Dieu suprême, appelé Olodumaré*, qui règne sur un panthéon d’une douzaine de divinités connues sous le nom de "Orishas", un panthéon qui est la réplique exacte du panthéon Yoruba. Ces déités sont des traits personnifiés de la nature et de l’esprit. Les principaux Orishas sont : Eshu-Eleggua-Elegba, Ogun*, Ochossi, Obatala, Yemaya, Oshun, Shango, Oya et Orunmilá. L’orthographe de ces noms diffère très souvent suivant les utilisateurs. Le culte religieux de la Santeria, se célèbre essentiellement autour de la danse et des chants, accompagnés par des tam-tam ou tambours. Lors de ces cérémonies, appelées Tambors, des autels raffinés et sophistiqués sont érigés pour recueillir les offrandes en nourriture faites aux Orishas. Selon la nature de la célébration, les percussionnistes et les batteurs jouent des rythmes précis, liés à un Orisha particulier, tandis que les participants chantent des chansons en « question-réponse », dans une langue appelée Lucumi. Celle-ci serait une variante du Yoruba ancien, remontant à l’époque de l’esclavage. Ce rituel a pour but d’invoquer les Orishas, et de les inviter à prendre possession des prêtres et des prêtresses initiés à la Santeria. Les rythmes et les chants des religions Yoruba, seraient à l’origine de nombreuses formes de musique afro-américaine et afro-antillaise comme le gospel, le blues, la salsa, le jazz noir américain et le jazz latin.

*le –u se prononce – ou et le –un se Prononce -oune : « Ogoune, Oshoune, Orounemilá »

Cosmogonie. Il existe cinq niveaux de puissance dans la cosmogonie Yoruba. Il y a d’abord Olodumaré, viennent ensuite les Orishas, puis les êtres humains, qui sont suivis par les mânes des ancêtres. Le dernier groupe de cette hiérarchie est constitué par les animaux, les plantes, les minéraux, les objets manufacturés. Olodumaré, également connu sous le nom d’Olorun, est le dieu suprême. Il est la source suprême de l’Ashé, l’énergie spirituelle qui compose tout l’univers, toute vie et tout objet matériel. Olorun régit le monde par le biais de ses émissaires les Orishas. Ces derniers dominent toutes les forces de la nature et tous les aspects de la vie humaine. Ils peuvent être approchés par la prière, les offrandes rituelles, ainsi que la transe qui accompagnent les cérémonies de chants et de tambours, appelés Bembé. Attirés par les rythmes spécifiques des tambours, et les danses des croyants qui miment leurs gestes ou leurs comportements, les Orishas investissent les corps de leurs adeptes et les guident vers une meilleure vie spirituelle.

Chaque Orisha possède un nombre ainsi que des couleurs particulières. Lui sont également attribués des "objets préférés," comme un aliment, une amulette ou un jour de la semaine. Ceux qui désirent l’adorer doivent porter ses couleurs, confectionner un collier de perles selon ses règles et lui faire l’offrande de ses mets préférés. La communication avec l’Orisha s’accomplie de plusieurs manières, prière, divination rituelle, offrandes d’articles tels que des sucreries, des bougies, des fruits, mais aussi par des sacrifices que l’on appelle Ebo. L’Ebo a une définition très large, mais il se réfère surtout à la pratique du sacrifice animal. Celui-ci est habituellement employé dans des situations importantes, telles que la mort, la maladie ou le malheur.

Les Orishas. Chaque Orisha est le gardien d’un aspect particulier de la vie humaine. Les Orishas se comptent par centaines, mais le panthéon yoruba est hiérarchisé, et les Orishas les plus importants, notamment Eshu-Elegba, Ogun et Oshossi, sont les gardiens suprêmes. On les nomme « Guerreros », les guerriers.

Eshu. L’Orisha des carrefours, maître des routes et des portes en ce monde, dieu de la chance mais aussi des accidents. Il est également connu sous le nom de Elegba ou Eleggua. Il se tient au carrefour de l’humanité et du divin, il est l’intermédiaire entre Olorun et les humains, et portent les offrandes et les messages de ces derniers au Dieu suprême et aux Orishas. Quand on veut invoquer les Dieux, on invite Eshu en premier, car il ouvre les portes de communication entre ce monde et celui des Orishas. Rien ne peut être fait dans l’un ou l’autre monde sans sa permission. Et pourtant c’est un dieu à la personnalité ambivalente, car il est aussi un voleur, un être fourbe et irascible. Il est le « Malin ». Ses couleurs sont le rouge et le noir, et son nombre est le 3.
Ogun. Le dieu du fer, de la guerre et du travail. Il dégage les routes avec sa machette après qu’Elegba les ait ouvertes. Il incarne à la fois la violence et la créativité, mais également l’intégrité. Il est le seul Orisha à avoir le droit de vie et de mort sur les êtres humains. Ses couleurs sont le vert et le noir, et son nombre est le 7.
Ochossi. Le chasseur, l’éclaireur et le protecteur des guerriers. Il est très lié à l’Orisha Obatala, dont il est le traducteur. Il est celui qui dirige la vie humaine, il dicte aux humains les règles à suivre et les comportements à adopter en société. Ses couleurs sont le bleu et le jaune, et ses nombres le 3 et le 7.
Obatala. Le père des Orishas et de toute l’humanité. Il est le créateur du monde, dans lequel il impose la justice. Il est la source de tout ce qui est pur, sage, paisible, éthique, moral et compatissant. Sa couleur est blanche, car elle contient toutes les couleurs, mais elle est au dessus de celles-ci. Son nombre est le 8.
Shango. Dieu de la foudre et du tonnerre. Il est également un guerrier, comme Elegba, Ogun et Ochossi. Il doit sa popularité à sa bravoure et à ses nombreuses épouses. Il est le Dieu de la vie courante et des défis quotidiens, il exige de ses adeptes une vie pleine et active. Ses couleurs sont le rouge et le blanc, et ses nombres sont le 4 et le 6.
Oyá.Déesse des vents et des tourbillons. Elle règne sur les morts et les portes des cimetières. C’est une guerrière féroce, qui fut l’une des épouses du dieu Shango. Ses couleurs sont le marron et le blanc, et son nombre le 9.
Oshun. Déesse du monde de l’eau, fleuves, rivières et ruisseaux. Elle incarne l’amour, la beauté et la fertilité. Elle représente le sang traversant et créant la vie humaine. Elle est également associée à la culture et aux arts. Elle est la plus jeune des Orishas et porte les messages des humains à Olorun. Elle porte les couleurs jaune et or, et son nombre est le 5.
Yemaya. Déesse des mers et des lacs. Elle est la mère de toutes choses et la source de toutes les richesses. Elle est profonde et impénétrable, comme les eaux sur lesquelles elle règne. Elle est également la reine des magiciennes et des secrets. Elle est considérée comme l’Orisha de la pitié. Ses couleurs sont le bleu et le blanc, et son nombre est le 7.
Obá. La divinité la plus virulente du panthéon yoruba. Maîtresse des rapides, des siphons et des remous des eaux de la planète, ainsi que des lacs et des marais. Oba est une déesse « masculine », guerrière et agressive, qui défend farouchement son territoire. Elle est également maîtresse de la rotation de la terre. Ces couleurs sont le Marron-rouge et le jaune.
Babalu Ayé. Est lié à la maladie (spécifiquement la variole). Les malades l’invoquent dans l’espoir d’un rétablissement. Il a des goûts très simples et n’attend pas beaucoup de ses adeptes. Ses couleurs sont le blanc et le bleu-clair, son nombre le 17.
Osaín. Il est le médecin des Orishas. Il règne sur toutes les herbes médicinales et les essences magiques. Les tambours utilisés dans les cérémonies lui sont consacrés. Ses couleurs sont le blanc, le rouge et le jaune.
Orúnmila. Dieu de la sagesse et de la divination, également connu sous le nom d’Ifa, c’est lui qui fait les destins des humains. Il est le seul Orisha à avoir été témoin de la création de l’univers, et il est directement lié à Olodumaré. Il est l’Orisha des prêtres de la Santeria, les Babalawos, auxquels il se manifeste directement par l’esprit. Ces derniers respectent les Tables de Ifa, où les secrets de l’univers et des vies humaines sont tenus. Oshun est la connaissance, le savoir, tandis qu’Orunmila est la sagesse. Ces deux Orishas doivent fonctionner ensemble car « la sagesse sans connaissance est inutile et celui qui a la connaissance sans sagesse est un danger pour lui-même et pour les autres". La couleur d’Orunmila est le blanc, et son nombre le 16.

Les êtres humains. Après qu’Olodumaré – Olorun ait créé la terre, il a édicté onze commandements, et les a remis à Obatala. Ces commandements ont été transmis aux hommes afin de s’assurer qu’ils ne succombent pas au mal, et qu’ils vivent des vies prospères en communion avec les Orishas. Les onze commandements d’Olorun sont : - Vous ne volerez pas.
- Vous ne tuerez pas, excepté pour vous défendre et pour votre subsistance.
- Vous ne mangerez pas de la chair humaine.
- Vous vivrez dans la paix entre vous.
- Vous ne convoiterez pas les biens de votre voisin.
- Vous ne maudirez pas mon nom.
- Vous honorerez votre père et votre mère.
- Vous ne demanderez pas plus que ce que je peux vous donner, et vous vous contenterez de votre destin.
- Vous ne craindrez ni la mort ni de prendre votre propre vie.
- Vous enseignerez mes commandements à vos enfants.
- Vous respecterez et obéirez à mes lois.

Ces traditions sont strictement observées dans la Santeria. Elles ont été préservées durant presque 500 années. La conversion et la foi en la Santeria incluent la pleine connaissance des rites, des chansons et de la langue Yoruba, le Lucumi. Les participants doivent suivre un régime strict, et respecter les directives d’Olorun et de leur Orisha. Une fois converti au culte de la Santeria, le disciple devient un membre de la maison de ses dieux-protecteurs, appelée Ile.

Les pratiquants de la Santeria croient que le monde est fait de magie, il qu’il n’existe pas de véritable frontière entre le monde matériel et le monde des esprits. Le rituel le plus basique de la Santeria exigera toujours une plante*, une herbe, une pierre, une fleur, un fruit ou un animal. La philosophie de la Santeria repose sur la sagesse du peuple yoruba antique. Considéré comme le plus précieux des héritages africains, parce qu’il a traversé les siècles et survécu à l’esclavage, parce qu’il est pour la plupart des Afrodescendants le seul lien avec ce passé et cette terre inconnue qu’est l’Afrique.

Il faut cependant noter que la très grande majorité des adeptes de la Santeria, mais également du Candomblé et de l’Umbanda, n’est pas Noire. Le fait que les populations noires soient minoritaires au Brésil, à Cuba, Porto Rico ou le Vénezuela, ne suffit pas à expliquer l’engouement que suscitent ces religions parmi les populations blanches notamment. Au cœur des populations très métissées d’Amériques et des Antilles, Le culte yoruba est aujourd’hui le refuge de nombreuses communautés en perte de repères et en quête d’identité. Mais le revers de la médaille est que tout adepte d’une religion polythéiste aime adorer des dieux à son image, et le besoin d’identification des populations blanches et métisses à leurs Dieux est de plus en plus flagrant. Sur le plan iconographique, en premier lieu, les Dieux Yorubas sont de plus en plus "blancs". Sur le plan religieux, le syncrétisme, voir la confusion, avec les saints catholiques se renforcent au contact des nombreux et nouveaux adeptes des Etat-Unis et d’Amérique latine. Au final, et à l’exception de quelques puristes, les Dieux de la Santeria, tout comme ceux du Candomblé et de l’Umbanda n’auront bientôt plus de Yoruba que leur consonnance "exotique". Autre contradiction intéressante, tandis que la religion Yoruba est en train de conquérir le monde, au Nigeria même, elle est en passe d’être éclipsée par l’Islam et le christianisme.

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