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Le Negro Spiritual

Le Negro Spiritual. Chant de la survie, de la foi et de l’espoir

dimanche 20 janvier 2008 | par Miss M.A.K

Ces dernières années, nous avons vu se développer en France, parallèlement aux églises évangéliques (cf. l’article de Maryline Bella, Les églises de Réveil), de nombreuses chorales Gospel. Que ce soit à travers les grandes chorales comme Gospel Dream ou les chorales de quartier tout aussi professionnelles, le gospel est bien présent en France. Mais avant de parler de Gospel, je vais essayer de vous parler des bases du Gospel, de son origine : le Negro Spiritual.

Les racines du Negro spiritual. Il existe diverses définitions du Negro spiritual, mais on ne peut identifier clairement la date de son apparition. Le Negro spiritual est défini comme un chant né chez les esclaves afro-américains, un chant d’inspiration religieuse, chanté en général à cappella. Mais le Negro spiritual est sûrement né bien avant la période esclavagiste…

Dès leur embarcation dans les cales des navires négriers, les esclaves africains étaient soumis aux pires sévices qui puissent être affligés à l’être humain. De tribus et d’ethnies différentes, ces captifs n’avaient pas la même langue, ils ne venaient pas de la même région, du même village. Ils se soutenaient pendant la traversée de l’atlantique, qui durait en moyenne 3 mois, en entonnant des chants, des chants africains que tout le monde reprenait en chœur, malgré les différences de langues et d’origines. Pourquoi un chant au milieu de ce carnage ? On peut rappeler ici qu’en Afrique, la musique a toujours accompagné tous les moments de la vie : une naissance, un décès, une fête, un mariage. Pour chaque moment, de joie ou de malheur, le chant était et est toujours présent.

Au commencement, les chants des esclaves étaient africains, et se sont transformés au fur et à mesure, avec le mélange de diverses langues africaines et de l’anglais.Pour rythmer leur travail dans les champs, et vu qu’ils n’avaient pas le droit de parler durant leur travail, les esclaves commencèrent à entonner des chants, ce que l’appelle les Work Songs. Accompagnés du martèlement de leurs outils de travail, ces Work Songs étaient des « Shouts », des phrases courtes et cinglantes, des cris, qui leurs permettaient d’établir une sorte de dialogue entre eux et leurs dieux, entre eux et leurs croyances, mais aussi de s’affirmer, de se faire reconnaître par leurs semblables. Tout leur était interdit, même l’utilisation des instruments comme les tambours ou les flûtes. Le chant était donc tout ce qui leur restait, avec le langage corporel, pour communiquer.

La Naissance du Negro spiritual. Durant la première partie de l’esclavage, au XVIIe siècle, les planteurs ne se préoccupèrent pas des croyances de leurs esclaves. Les esclaves, n’étant pas considérés comme des êtres humains, ils n’étaient pas jugé « dignes » d’être instruit et de recevoir un quelconque enseignement religieux. De plus, les colons avaient peur que cette éducation religieuse ne fasse naître chez eux un désir d’égalité.

Une différence de traitement apparu toutefois sur le territoire nord-américain, ancienne possession anglaise (aujourd’hui les Etats Unis) : au Nord, avec l’influence par les abolitionnistes, les Noirs eurent le droit d’assister aux Offices, même si au départ ce n’étaient qu’au fond de l’église, alors qu’au Sud, ils ne furent pas évangélisés que bien après. Sous la pression de l’Eglise d’Angleterre et des nordistes, des évangélistes furent envoyés dans toute l’Amérique, et plus particulièrement dans les plantations du Sud, afin d’évangéliser la population noire. Les esclaves noirs durent abandonner leurs croyances africaines pour une religion chrétienne et monothéiste. Cette évangélisation devint le point commun entre tous les esclaves, ils eurent par la force des choses une référence commune : la Bible.

Des cérémonies clandestines, la nuit, dans les bois, commencèrent à s’organiser, surtout dans le Sud, c’est ce qu’on appela les Hush Harbors (« Havre de paix »). C’est dans ces rassemblements secrets et interdits que les esclaves eurent l’occasion de parler entre eux, de rêver à une nouvelle vie : l’éveil d’une conscience collective. C’était également le moment d’avouer leurs péchés, de raconter leur semaine, de s’entraider et de se soutenir. Certaines pratiques africaines furent préservées à travers leurs cérémonies et leurs danses, la danse du corps en faisant partie. Disposés de façon circulaire, les esclaves donnaient libre cours à leurs pensées et à l’expression de leurs corps. Les prières communes mélangeaient leurs croyances africaines et les enseignements bibliques. Des improvisations, et de nouvelles versions mélodiques de ce qu’ils avaient appris dans les églises, suite à leur évangélisation, prirent naissance.

Les chants entonnés par les esclaves noirs devinrent des chants religieux, des cantiques et des psaumes réadaptés, mais aussi des chants d’espoir qu’ils inventaient et qui avaient pour référence les interprétations des Ecritures Saintes : Adam et Eve, Noé, Moïse, le Christ. Les esclaves noirs se sont beaucoup identifiés aux Hébreux oppressés par les Egyptiens, mais libéré par Moïse. Ils attendaient et espéraient eux aussi une libération.

L’Underground Rail Road. Au fur et à mesure des années, la différence de traitement des Noirs entre le Nord et le Sud fit naître des « Réseaux de passeurs ». Ce que l’on appelle le « Underground Rail Road » était le réseau qui permettait aux esclaves du Sud de fuir vers le Nord où les conditions de vie étaient différentes : ils y étaient affranchis, pouvaient travailler et gagner de l’argent. Afin de pouvoir communiquer avec les passeurs, préparer une évasion ou même pour prévenir les autres esclaves d’un danger imminent, les esclaves utilisèrent leurs chants. Pour ne pas se faire comprendre de leurs maîtres, ils utilisèrent de nombreuses métaphores liées à l’Ancien Testament. Le langage spirituel et biblique devint un code pour les passeurs.

On retrouve beaucoup de références bibliques dans ces chants tels que l’Egypte, qui dans les chants de Negro spiritual représentait le Sud, et le Nord, la Terre Promise. Aujourd’hui, la traduction littérale d’un Negro spiritual est peine perdue ! Les codes utilisés n’étaient compréhensibles que par les esclaves eux-mêmes (exemple : Swing low, swing charriot). Plus de 60 000 esclaves ont pu rejoindre le Nord grâce à ces réseaux et se retrouver libres…

L’apogée. Après les Hush Harbors, la pratique religieuse, maintenant autorisée, s’effectua dans des Praise house (« maison de louange ») dans lesquelles les esclaves vivaient en communion avec leurs maîtres blancs, sous le regard de Dieu… Vers 1780, on vit également l’apparition des Camp Meeting, lieux de rassemblements religieux multiraciaux en plein air, sous des tentes, durant lesquels la musique et le chant jouaient un rôle essentiel. Ces camps connurent leur apogée entre 1800 et 1830. Dans ces camps qui duraient parfois une semaine, on entendait des sermons, et des chants que les fidèles reprenaient en chœur. Le soir, on pouvait voir des petits rassemblements pendant lesquels les fidèles ré entonnaient les chants mais à leurs façons, des joutes verbales commençaient et on entendait des sortes de questions-réponses entre fidèles. Accompagnés de diverses danses, ces chants devinrent une nouvelle forme de musique religieuse, des Spirituals. Ces Camp Meetings ont contribué au développement du Negro spiritual, c’est ce qu’on va appeler plus communément « Le second réveil religieux » . La guerre de Sécession (1861-1865) qui dénombre des milliers et des milliers de morts, renforça cette fois en Dieu mais aussi l’espoir d’un monde nouveau.

En 1867, Willy Allen publia « Slaves Songs of United States » , recueil de chants dans lequel on retrouve de nombreux chants traditionnels bien connus de nos chorales aujourd’hui (« Go down Moses », « Nobody Knows » ). Mais attention, la transmission des chants étaient, à l’époque, comme en Afrique, une transmission orale, et non écrite. Après la guerre de Sécession, gagnée par les nordistes, les esclaves affranchis subirent la ségrégation raciale. Le Ku Klux Klan vit le jour et de milliers de Noirs américains furent lynchés et massacrés. A ce moment-là, le Negro spiritual pris un autre chemin…

La naissance des chorales. Après la guerre de Sécession, les Noirs américains cherchèrent à s’intégrer à la société américaine à tous les niveaux, même à travers leur musique, qu’ils recherchent à rendre « respectable ». En 1866, à Nashville dans le Tennessee, est créée à la Fisk University, la première chorale : les Fisk Jubilee Singers. Cette chorale, réunissant des étudiants et des professeurs, avait dans son programme des musiques classiques européennes, mais aussi des Negro spiritual réadaptés, avec des harmonies occidentalisées pour un public plus large. La chorale put ainsi faire une tournée à travers tout le pays, et ce même dans des lieux au départ interdit aux Noirs américains. Plusieurs chorales étudiantes virent ainsi le jour.

Et avec elles, un nouveau courant fit son apparition : Le Gospel

La suite au prochain épisode !

- Fig. 3 Underground Rail Road
- Fig. 5 The Hampton Singers, groupe de Negro Spiritual en tournée en Europe. Angleterre.1900

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