Deux groupes s’y formèrent : les Ewé, qui prirent la route vers l’Ouest, et les Fon, qui migrèrent vers l’Est. Ces derniers furent à l’origine de trois royaumes. Ils fondèrent d’abord Allada, vers la fin du 16ième siècle, Abomey, autour de 1625, puis Adjatché, dont la capitale Hogbonou deviendra par la suite Porto Novo.
Au début du 16ième siècle, la traite négrière entre dans sa phase commerciale, et les effets des razzias et des déportations à grandes échelles se font d’autant plus sentir dans cette région que les états sont encore faibles. L’activité économique est ébranlée et les règles de la société, détruites. En outre, les rivalités détériorent les rapports traditionnels entre les états. Dès le début du 17ième siècle, les Hollandais installent des agents à Assim, la capitale du royaume d’Allada, et les Français créent un comptoir rival à Ouidah en 1671.Cela a pour effet de détruire les liens déjà ténus entre les deux royaumes. C’est dans cette atmosphère de compétition politique et commerciale que des immigrants venus d’Allada et issus de divers groupes des peuples Adja, dont les Gun, les Fon et les Arada, fondent le royaume du Dahomey.
Ils s’installent à Abomey, situé plus au nord, hors de portée des Européens, vers 1625, et tentent de mettre sur pied un nouveau système politique. Ils comparent l’état à un pot perforé, symbolisé par le roi. Pour que le pot perforé puisse garder son eau, chaque citoyen doit placer un doigt sur le trou, et se fondre entièrement dans un état absolu. C’est le développement obstiné de cette idée d’un état fort et centralisé avec un monarque auquel on doit une fidélité totale qui distingue le Dahomey des autres états. Le royaume d’Abomey devient rapidement prépondérant. Ses souverains successifs se lancent à la conquête des territoires voisins, notamment ceux peuplés par les Yoruba, auxquels ils imposent rapidement leur domination. C’est sous le règne du roi Agadja, que les Dahoméens s’ouvrent, en 1725, un débouché vers le littoral en conquérant le royaume d’Ajuda, avec sa capitale Savi et son port principal Ouidah.
Cette dernière ville devient un centre important pour le commerce des esclaves, et fut baptisé par les Dahoméens Gléhoué. La pratique du commerce négrier par le royaume du Dahomey, bien que controversée, ne fait aucun doute du point de vue historique. L’intensité de ce commerce n’a bien entendu pas été la même au cours des 3 siècles d’existence de ce royaume, mais la présence de comptoirs européens dans cette région, ainsi que l’assiduité d’ambassadeurs étrangers résidant quasiment à la cour royale, a favorisé la pérennité du trafic négrier au sein du royaume du Dahomey.
Selon certaines estimations, au temps de sa plus grande prospérité, environ 18 000 esclaves partaient pour les Amériques de Ouidah, qui comptait à l’époque près de 35 000 habitants. Précisons toutefois que le rôle prédominant attribué au commerce atlantique des esclaves dans l’histoire du Dahomey a été remis en question par certaines recherches récentes. Elles remettent notamment en cause les idées communément admises d’un « monopole royal » sur la traite négrière, et celle d’une traite organisée et administrée par le pouvoir avec des prix fixés par celui-ci. Elles contestent également la prépondérance du commerce négrier dans le développement économique du royaume du Dahomey.
Autre point critiqué par de nombreux historiens, le mythe d’un royaume dominé par une économie archaïque. L’empire du Dahomey, doté d’une monnaie, d’un système fiscale élaborée, d’infrastructures commerciales, d’une armée de métier, d’un pouvoir centralisé, était alors le plus puissant de la région et dominait le territoire des Ewé, l’Eouémé de la Volta à l’Ogun, entre les royaumes des Ashanti et des Fanti à l’Ouest, des Nagos et des Egbas, peuples yoruba, à l’Est. A la fin du 18ième siècle, le territoire du Dahomey ou Dan-homé s’étendait sur la côte de la « Bouche du Roi », à l’Est de Grand-Popo, au lac Denham et au grau de Kotonou, et dans l’intérieur, entre la rivière Abomey à l’Ouest et la rivière Ouémé à l’Est. Il était limité au Nord par une frontière mal déterminée sur le territoire des Mahi.Toutefois, les routes et les canaux étaient volontairement peu développés à l’intérieur du pays, ceci afin de limiter son accès aux Européens que les souverains du Dahomey préféraient maintenir et contenir sur la région côtière.
L’expansion territoriale et la puissance militaire du royaume du Dahomey sont entravées en 1730 par le plus grand des royaumes Yoruba, Oyo. Le pouvoir d’Oyo, situé au nord-est, soumet le Dahomey à sa tutelle politique durant près de trente ans. La crise qui commence en 1767, et culmine avec la chute de la dynastie Agadja en 1818, est suivie de l’ascension de la nouvelle dynastie du roi Gezo, qui bénéficie de l’effondrement du royaume d’Oyo et des guerres yoruba au 19ième siècle. Grand conquérant, Gezo (1818-1858), reprend l’expansion territoriale et élargi les frontières du Dahomey vers le nord. Sous son long règne, le royaume du Dahomey développe l’agriculture vivrière et commerciale en introduisant de nouvelles plantes : maïs, tomate, arachide et tabac.
Le royaume du Dahomey survécut jusqu’à la fin du 19ième siècle quand, à l’issue d’une guerre coloniale, les troupes françaises capturèrent et déportèrent le roi Béhanzin à la Martinique, et annexèrent cette région.
Les rois successifs du Dahomey furent : Gangnihessou(1620), Dakodonou (1620-1645), Houegbadja (1645-1685), Akaba (1685-1708), Agadja (1708-1732), Tegbessou (1732-1774), Kpengla (1774-1789), Agonglo (1789-1797), Adandozan (1797-1818), Gezo (1818-1856), Glélé (1856-1889), Béhanzin (1889-1894), Agoli-Agbo (1894-1900)
Le pouvoir politique du « lion d’Abomey »
Dans l’ancien royaume du Dahomey, le pouvoir était celui d’une monarchie absolue. Le roi, représentait presque à lui seul le gouvernement. Il était toutefois secondé par quelques dignitaires : le Mingan, qui faisait office de premier ministre ; deux Méo, ministres de second rang, et de nombreux Cabécères qui portaient une, deux, trois ou quatre queues de cheval d’après leur importance. Le roi se faisait représenter à Ouidah par le Yevoghan et par l’Agor. Ces différents personnages n’avaient pas d’autorité propre, ils étaient les esclaves du Roi. Le roi possédait en outre une armée de femmes commandée par la reine, qui portait le titre de Dada.
Les fils de la reine étaient les seuls princes royaux, tandis que les fils des autres épouses du roi étaient de simples pages ou des cabécères, à qui il était interdit de révéler leur origine. Dans le harem, la gardienne du brasier où le roi allumait sa pipe, et la favorite qui tenait le crachoir étaient également des dignitaires du royaume. D’après les témoignages de l’époque, l’une des principales caractéristiques du régime du Dahomey était son despotisme, comparable à celui des Ashanti. Le roi et les grands appuyaient leur pouvoir sur des cérémonies religieuses. Le roi, surnommé « lion d’Abomey » et « cousin du Léopard » était considéré comme un dieu, son pouvoir était illimité, il disposait de la vie et des biens de ses sujets.
Mais parmi les caractéristiques de ce pouvoir, celui qui a le plus fasciné les voyageurs européens est sans aucun doute la garde personnelle du roi, qui était exclusivement composée de femmes. Les européens s’empressèrent de les baptiser « Amazones », mais leur véritable nom était Ahosi. Ces femmes, guerrières entourées d’eunuques, gardiens de leur virginité, étaient installées dans le palais et composaient la garde royale. Les Ahosi se consacraient aux métiers d’homme et de soldat. Au fil des siècles, Leur costume étaient décrit comme étant d’une grande élégance. Il était le plus souvent constitué d’une tunique de plusieurs couleurs, sur laquelle étaient brodés des animaux fabuleux, et un pantalon ou un jupon multicolore assez court. Leurs statures presque masculines, leur courage et leur cruauté en faisaient d’excellents soldats. Elles exécutaient avec une infatigable précision des danses de guerre. La garde du roi se composait en outre de 2 000 guerriers armés de sabres géants et de fusils à pierre. En cas de guerre, le royaume du Dahomey pouvait lever de 12 à 13 000 hommes.
Civilisation de l’esprit et de la mort La culture du Dahomey est emprunte d’une très grande spiritualité voir d’un mysticisme, qui lui a valu des descriptions enflammées de bon nombre d’Européens établis dans ce royaume entre le 17ième et le 19ième siècle. Perçue comme sanglante et cruelle, en raison de ses sacrifices humains, elle a toutefois suscité la fascination de ces étrangers pour l’abnégation et la bravoure de ce peuple. Les Dahoméens ne craignaient absolument pas la mort. Leur croyance en l’immortalité de l’âme était telle qu’ils considéraient la mort comme le passage vers la vie réelle et éternelle. Homme ou femme, riche ou pauvre, ils vivaient totalement détachés de leur corps, car pour eux l’élément vital par excellence était l’âme, et celle-ci renfermait toute la puissance des êtres vivants. Chaque objet avait une âme, et il y avait autant de puissance dans un arbre que dans un canon ou un fusil.
Les sacrifices humains accompagnaient généralement les obsèques des rois. On immolait sur leurs tombes des hommes et des femmes destinés à être leurs serviteurs et leurs épouses dans le « monde-autre ». Ils étaient munis d’une bouteille de tafia et de cauris pour les frais du voyage. La légende raconte même que pour s’entretenir avec ses ancêtres, le roi tuait jadis de sa main un homme que la famille était très honorée de voir choisir comme ambassadeur du roi. Autre rituel, avéré celui-là, était la cérémonie du Ek-Gnee-Noo-Ah-Toh, durant laquelle le roi ordonnait des sacrifices humains en offrande à ses sujets. Autres temps, autres mœurs, mourir de la main du roi du Dahomey afin de consolider son pouvoir et assurer l’unité de son peuple était perçu comme un honneur.
Outre cette particularité culturelle, pratiquée surtout dans la région d’Abomey, une pratique religieuse a également fortement impressionné les anciens voyageurs, qui l’on d’abord appelée la religion des serpents. Il s’agissait en réalité d’un culte local du serpent - un python sacré de trois mètres, qui avait ses prêtresses à Ouidah, et auquel se rattachait une mythologie complexe -, dont il existait bien d’autres aspects, tels que la sacralisation des arbres (que les étrangers n’avaient pas le droit de couper), et surtout la vénération de nombreuses puissances appelées Vodoun, d’où dérive le nom de Vodou ou Vaudou sous lequel on connaît aujourd’hui cette religion. A l’intérieur des maisons la spiritualité accompagnait tous les actes de la vie. A l’extérieur on rencontrait à chaque coin de rue dans les villes, sous chaque arbre dans les campagnes, de petites bornes couvertes de poteries et d’offrandes : l’huile de palme et les gâteaux de maïs y étaient constamment renouvelés.
Qui dit pouvoir monarchique, dit société fortement hiérarchisée, avec le roi et ses dignitaires régnant sur le peuple. Les voyageurs ayant parcouru le royaume du Dahomey durant ses 3 siècles d’existence, témoignent par ailleurs d’une parfaite égalité entre les sexes, mais également de valeurs morales dont la transgression, l’adultère notamment, était systématiquement punie de mort. Aujourd’hui nous ne pouvons percevoir qu’une infime part de la complexité et de la puissance du royaume et de la civilisation du Dahomey, mais l’histoire ne cesse de s’écrire et l’héritage culturel du passé est encore très vivace dans le Bénin d’aujourd’hui.
Fig. 2 Le royaume du Dahomey en 1900
Fig. 3 Comptoirs européens à Savi, capitale du royaume d’Ajuda. 1720
Fig. 4 Gezo, Roi du Dahomey. 1849
Fig. 5 Procession royale
Fig. 6 Une Ahosi nommée Seh-Dong-Hong-Beh. Guerrière du Dahomey. 1849-50.
Fig. 7 Cérémonie du Ek-Gnee-Noo-Ah-Toh. 1849-50
Fig. 8 Une rue de Ouidah à la fin du 19ième siècle
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