Ce mouvement culturel sera traversé par deux courants : le religieux et le conte fantastique. Les dessinateurs du courant religieux s’inspireront d’une part de la Bible, pour illustrer la vie des grandes figures bibliques de la Genèse, comme Samson, Joseph, Moïse, Judith, Esther, Abraham ou encore le Roi David. D’autre part, des dessinateurs comme Sima L. et Mayo-Nke se consacreront aux martyrs chrétiens congolais de l’époque coloniale comme Sœur Anuarite, Bakanja ou Bakhita.
Le courant du conte fantastique, lui, s’appuiera sur la tradition orale et les légendes urbaines pour diffuser des paraboles et des fables morales. Le représentant le plus illustre de ce mouvement est le dessinateur Lepa-Mabila S. La caractéristique principale du conte fantastique est qu’il abolit toute frontière entre le monde des hommes et celui des esprits, obéissant ainsi aux croyances africaines sur l’inter-action entre ces deux entités. Les bandes dessinées mettent constamment en scène le monde des vivants confrontés à celui des morts, des démons et des créatures monstrueuses malfaisantes ou bienfaisantes. La magie et la sorcellerie font également partie des « forces du mal » utilisées pour éprouver la solidarité, l’amour, la fidélité et le respect des hommes envers leurs valeurs et leurs traditions. Ainsi la jalousie, la convoitise, la vanité, la cupidité, la désobéissance et l’égoïsme sont-ils toujours punis, tandis que la solidarité, l’hospitalité, la compassion, l’intelligence et la patience sont toujours récompensés, que ce soit par la communauté ou pour des esprits négatifs ou positifs.
Le caractère effrayant de Mamiwata, Santoge-Bia et autres créatures dont la difformité met en garde contre un monde dangereux, car extérieur à la culture africaine et à ses valeurs, se veut édifiant pour la jeunesse. En effet, malgré leur aspect fantastique, ces bandes dessinées sont très ancrées dans la réalité et évoquent sur le mode de la parabole, de véritables problèmes de société liés au mariage, à la famille, au respect filial, à la solidarité clanique et à l’émergence de la modernité. La finalité du conte fantastique est de développer chez les individus, tout particulièrement les enfants, des valeurs culturels et en même temps un sens critique envers tout ce qui s’en écarte.
Cette ambition peut paraître à certains manichéenne, dépassée, voir archaïque, ce qui peut se comprendre. Mais la première vertu du conte surtout lorsqu’il s’adresse à des enfants est de stimuler leur imaginaire tout en leur donnant des repères, qu’ils seront libres de garder ou non, de faire évoluer, mais qui leur seront définitivement acquis.
La plupart des BD publier dans les années 80 n’est plus réédité par les éditions Saint-paul, qui ont permis l’éclosion de ce mouvement, faute de moyens. Les quelques titres encore en circulation sont donc des collectors.
Mais pour les curieux voici une bibliographie et une info : certains des titres ci-dessous sont disponibles à la librairie Anibwe, mais très très petite quantité. Vous savez donc ce qui vous reste à faire
Sha-Mazulu
Mami Wata à Lodja
Mikombe et le Démon
Kipenda-Roho
Un croco à Luozi
Santonge-Bia
Iyenkwin et le Géant,
Les oreilles ne dépassent jamais la tête,
Les Belles aux dents taillés
Les orphelins d’Ombakaï,
Nyota la fille du soleil
Tanita
Disasi