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Les Antillais

Les Antillais. Entre quête identitaire et illusions perdues

mercredi 25 juin 2008 | par Catherine Laupèze

Un texte malencontreux sur les bienfaits de la colonisation, discriminations dans l’emploi et le logement, défaut de représentativité dans les instances politiques… De toutes parts fusent les récriminations et se font jour les revendications chez les Antillais. Une attitude nouvelle pour cette population discrète, plus encline à se fondre qu’à se distinguer.

Billet d’humeur...

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En décembre 2005, des Antillais s’opposent à la célébration du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, parce que remportée « par un négrier nommé Napoléon Bonaparte ». Enfin, Nicolas Sarkozy annule un déplacement aux Antilles devant le tollé que suscite le refus des députés UMP d’abroger le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 sur l’enseignement du « rôle positif de la présence française outre-mer ». Les antillais peu habitués à faire des vagues ont trouvé un point focal pour commencer à exprimer ce qu’ils ressentaient. Pourtant leur grogne ne date pas d’aujourd’hui. Mais leurs frustrations, leur quête identitaire, étaient difficiles à formuler.

Les pionniers, ceux de l’immédiat après-guerre, n’étaient qu’une poignée, fiers représentants d’une classe moyenne élevés dans la passion de l’école républicaine, l’une des voies, avec le métissage, de sortie de l’esclavage. Avocats, hauts fonctionnaires, médecins : l’instruction leur a ouvert les portes de la société française, l’ascenseur social marchant alors à fond. Au début des années 1960, la migration change de causes. Dans les îles, les usines de canne à sucre ferment les unes après les autres. Le chômage s’accroît, les esprits s’échauffent parmi les déracinés de la plantation, comme en témoignent les révoltes martiniquaises (1959) et guadeloupéennes (1967).

Paris s’inquiète et organise massivement l’émigration antillaise dès 1962, à travers le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer), afin de désamorcer les tensions et de fournir la main-d’œuvre nécessaire au bon fonctionnement de l’administration. L’époque du BUMIDOM fut également celle du remplacement dans les DOM des migrants par des métropolitains à qui on assurait une prospérité dans ces colonies vidées de leur force de travail. Nombre de propagandes dans les différents ports proposaient à ceux qui recherchaient du travail, l’exotisme et tous les avantages liés aux conditions de vie sur place. Au lieu d’inciter à la formation des Antillais, la France a préférer envoyer sur place "l’intellect" blanc pour que l’Outre-mer continue à fonctionner comme une république bananière.

En moins de trente ans, la population venue des DOM-TOM est multipliée par dix. En mars 1999, 357.000 personnes nées outre-mer résidaient dans l’Hexagone.Résultat : même si l’âge d’or de la migration a pris fin avec la crise économique, en 1975, la plupart des domiens (surtout les domiennes) s’engouffrent alors dans la fonction publique : mairies, hôpitaux, PTT, RATP, SNCF, afin de bénéficier des emplois réservés aux nationaux. Sans oublier, bien sûr, les congés bonifiés de deux mois tous les trois ans, qui permettent de repartir au pays en famille.

Tout pourrait paraître rose si ce n’est que tous ou presque stagnent à la catégorie C, qui correspond aux emplois les moins qualifiés. Discrimination ? Oui et non sachant qu’un rapport de l’Inspection générale de la ville de Paris, sur l’égalité des chances des agents originaires d’outre-mer fait ressortir que 97% de ces agents n’ont pas de diplôme et n’ont donc que de faibles chances de promotion. Idem pour les congés bonifiés fortement remis en question. En effet, dans certains hôpitaux, comme à Evry ou à Corbeil (Essonne), on recrute déjà beaucoup plus d’aides-soignantes congolaises que guadeloupéennes ou martiniquaises. Elles sont moins chères...

Partir ? Rester ? Revenir ? Si pendant des années, la préoccupation des antillais était moins de faire respecter leurs droits en métropole que de préparer le retour au pays, ils ont dorénavant appris à réclamer leur dû. L’immigration antillaise vit la fin d’une époque. Les Antillais de France, traités de « négropolitains » par leurs frères des îles, ont compris que leur vie était aussi ici, majoritairement en Ile de France au sein d’un paysage parsemé d’embûches. Leurs enfants qui refusent « l’acra-boudin-zouk », à l’instar de tous les gamins de banlieue, connaissent des difficultés scolaires, le chômage et la délinquance. Les yeux rivés sur MTV, ils sont plus séduits par « la black attitude » que par la négritude césairienne.

L’ascenseur social s’est arrêté. Le racisme anti-Noirs ayant pris le relais. Les portes de l’administration s’ouvrent moins facilement qu’hier, les portillons des entreprises privées restent fermés, même aux plus diplômés d’entre eux, les logements sont soudainement occupés... C’est à travers leurs enfants que les Antillais prennent conscience des dysfonctionnements de l’intégration à la française par le mérite. Alors qu’on ne cesse de leur dire qu’ils sont des Français à part entière, ils ont découvert qu’ils sont, selon la formule d’Aimé Césaire, des « français entièrement à part ».

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