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Les Baganwa, dernière dynastie royale du Burundi

Les Baganwa, dernière dynastie royale du Burundi

samedi 5 janvier 2008 | par Tshibwabwa Mua Bay

L’arbre généalogique de la dynastie royale des Baganwa remonte à la fin du 18ième siècle et à l’avènement de son fondateur Ntare Rugamba. Celui-ci donne le coup de grâce au Royaume de Bugesera, alors sur le déclin, et détrône la dynastie des Bahondogo.

Grand conquérant, fin stratège et habile organisateur, Ntare Rugamba, surnommé « Rugamba » c’est-à-dire « guerre » en kirundi, en raison de ses nombreuses campagnes de conquêtes, élargit considérablement les frontières du Burundi. Il régna environ un demi-siècle, durant lequel il consolida les contours de son royaume au prix de nombreuses guerres avec le royaume voisin du Rwanda, et légua à sa descendance un territoire vaste, politiquement hiérarchisé, économiquement et socialement structuré.

Son fils Mwezi Gisabo, lui succède à l’âge de quatre ans et la régence est assurée par son frère aîné Ndivyaryie qui le protège de la rivalité de son autre frère Twarereye, qui refuse de le reconnaître et réclame le trône. Une fois en âge d’assumer le pouvoir, Mwezi Gisabo se révèle être ambitieux et s’empresse d’écarter son puissant tuteur. Son règne débute en 1850 et sera considéré comme celui de l’apogée du royaume du Burundi, mais aussi celui de son déclin, avec l’arrivée des missionnaires blancs et colonisateurs allemands. Le règne du Mwami (le « Roi ») Mwezi Gisabo et celui de sa descendance marqueront toutefois pour le Burundi une période de prospérité et de rayonnement sans précédent, pour un royaume dont l’unique richesse étaient le bétail et la terre.
_Le Roi Mwezi Gisabo ou Mwami Mwezi Gisabo, qui régna jusqu’à 1908, date de sa mort, était considéré comme la source du pouvoir du pays, doté de qualités surnaturelles liées aux semences et aux plantes, Il incarnait la loi et la coutume. Sa fonction principale était celle de juge suprême. Le système politique mis en place parallèlement à l’expansion territoriale réalisée par Ntare Rugamba fonctionna durant un demi-siècle sous le règne de son successeur, Mwezi Gisabo. De nombreuses études récentes permettent de souligner l’originalité de ce royaume par rapport aux royaumes voisins. Les fonctions administratives et les institutions se sont perfectionnées sous l’autorité de Mwami Mwezi Gisabo.
La Reine Ririkumutima fut l’épouse préférée de Mwezi Gisabo . Elle donna naissance à 3 filles et 6 fils dont le Prince héritier Mutaga Mbikije. Les autres fils deviendront de grands chefs dans la hiérarchie de l’Aristocratie des Baganwa. Dans la société monarchique burundaise, la reine mère (umugabekazi) avait un pouvoir politique supérieur à celui des autres femmes car son autorité était indispensable pour la bonne organisation du royaume. Leur règne s’arrêtait lors de la majorité du jeune roi. La reine mère Ririkumutima est très connue pour son action politique pendant la jeunesse du futur roi Mbikije. Elle mourut en 1917. Lorsqu’une reine mère mourait, il était organisé une cérémonie funéraire. Les reines mères étaient conservées à Mpotsa, site gardé par des ritualistes Banyange . Sur la photo, la Reine porte des habits en coton dont elle s’est partiellement couverte la tête selon la coutume. Elle porte également 3 colliers en coquillage taillé autour du cou.

La première génération de la dynastie des Baganwa.

Mbikije, fils de Mwezi Gisabo et Ririkumutima. Il hérita du trône à l’âge de 15ans, après la mort de son père survenue en 1908, sous le nom de règne de Mutaga. Le règne de Mutaga Mbikije fut très court puisqu’il mourut en 1915 à la suite d’un combat contre un de ses frères, le Prince Bangura qu’il avait surpris entrain de faire la cour à une de ses deux femmes, la reine Ngezahayo. Karabona, fils aîné de la Reine Ririkumutima et Mwezi Gisabo. Ce fut un grand chef et un membre important du Conseil de la Régence pendant le jeune âge du Roi Mwambutsa Bangiricenge (1915-1932). Sur la photo le Chef porte une tenue d’apparat semi-traditionnelle : ample étoffe en coton, collier en coquillage taillé autour du cou, nœud de fibre de sisal à l’épaule gauche, une rangée de bracelet en cuivre recouvrant tout l’avant-bras droit qui tient une lance.
Bishinga, le deuxième fils de Ririkumutima. Il fut chef dans la région de Ngozi. Sur la photo, Bishinga porte un costume d’apparat traditionnel en peau de léopard.Le Chef Nduwumwe, lui aussi fils de Mwezi Gisabo et de la Reine Ririkumutima. Il est le premier prince du Burundi à se convertir au catholicisme et se fait appeler Louis. Sur la photo, le Chef se fait transporter dans une sorte de poussette à roues de bicyclette.
Inabiyengero, fille de Mwezi Gisabo et de Ririkumutima. Elle épousa Rutuna du clan des Banyakarama.La Reine Niyakire, l’une des deux femmes de Mutaga Mbikije. C’est la mère de l’un des deux fils de Mutaga Mbikije, le Prince Kamatari
Véronika, la femme de Nduwumwe. Sa parure illustre le raffinement et la coquetterie des princesses de l’époque.

La seconde génération de sang royal

Les princesses Bertha et Mariana, toutes les deux sont des filles de Nduwumwe. Elles portent des amulettes et des colliers de perles au tour du cou. Leurs cheveux sont tressés,ou plutôt "locksés" et enduits d’un mélange d’ocre rouge (agahama) et de beurre.Le Prince Kamatari, fils de Mutaga Mbikije et de la Mwamikazi Niyakire. Il fut Chef dans la région de Mwaro. Le Prince porte une tenue de danseur intore.
Après la mort du Roi Mutaga, c’est son fils Bangiricenge, qu’il eu de la Reine Ngezahayo qui hérita du trône. Il fut intronisé à Muramvya le 16 décembre 1915, sous le nom de règne de Mwambutsa. Son règne couvrira toute la période de l’occupation belge au Burundi. Mwambutsa épousera en 1932, la Reine Thérèse Kanyonga suivant la coutume, qui lui donnera trois enfants, deux filles et un fils, le Prince Louis Rwagasore. En 1946, le Roi Mwambutsa divorcera de la Reine Kanyonga et épousera la Reine Baramparaye, qui mettra au monde le Prince Charles Ndizeye.

Un royaume fortement structuré. L’organisation administrative comprenait cinq échelons hiérarchiques :
- Le Roi lui-même
- L’Aristocratie politico-administrative des Baganwa : constituée de chefs de provinces issus des lignages les plus nobles, et de sang royal le plus souvent, qui statuaient sur les droits fonciers, les conflits familiaux et les semences. Leurs pouvoirs immenses les autorisait à posséder leurs propres armées et leur permettait de jouir d’une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir central.
- L’aristocratie politico-ritualistes des Abanyamabanga. Les Abanyamabanga ou "dépositaires des secrets" maîtrisaient des règles sur lesquelles se fondait la vie de la nation. Leur rôle avait un caractère permanent et héréditaire. On comptait parmi eux les Baganuza et les Banyange-Biru, dépositaires des secrets d’Etat, les devins et les dignitaires royaux et Les responsables des cultes royaux
- La classe des adjoints et auxiliaires du pouvoir. Ce sont de simples citoyens nommés par le roi, indépendamment du lignage et du clan auquel ils appartiennent. Ils ont le même titre que les Baganwa. On les appelle des Batware. Ils disposaient même des prérogatives judiciaires, militaires et fiscales que les chefs Baganwa.
- Le peuple ou les couches des Banyagihugu. Il s’agit du reste de la masse non attachée à des fonctions judiciaires ou militaires. On distingue dans cette masse des éleveurs appelés Aborozi dont l’activité principale était l’élevage, des agriculteurs appelés Abirimizi, exploitants agricoles, puis les artisans connus sous le nom de Abanyamyuga, et dont les produits étaient très recherchés.

Le 5 juillet 1966, le Prince Charles Ndizeye hérite du trône sous le nom de règne de NTARE V.La photo ci-dessus a été prise le jour de l’intronisation du Prince. Ntare Ndizeye sera le dernier Roi du Burundi. En effet, le 28 novembre de la même année, il sera déposé par son propre Premier Ministre, le Capitaine Michel Micombero, à la faveur d’un coup d’état militaire, le premier du genre au Burundi. Ce coup d’état a mis fin à une monarchie vielle de plus de deux cents ans.

La capitale royale de Mbuye. Après l’intronisation, le roi allait résider dans sa « capitale ». En effet, chaque souverain du Burundi avait des « capitales » dans tout le royaume dont les traces sont actuellement matérialisées par des ibigabiro composées essentiellement de ficus (ibivumu), de dragonniers (ibitongati) et d’érythrines (imirinzi). La capitale royale est une grande cour (ikirimba) ou Rugo comprenant le palais royal, les demeures des princes et du personnel, les lieux de culte, les greniers et les espaces pour le bétail... Cet espace royal comprenait trois cours principales : une vaste cour (intangaro) abritant le bétail royal (inyambo), une 2ème cour dénommée inyubakwa contenant le palais royal (nyamugari) et une 3ème cour (ikigo) jouant un rôle économique et religieux.

La capitale royale était aussi un centre d’attraction pour tout le royaume. On y rencontrait des délégations de chefs accompagnés de leurs sujets, des campements de guerriers, des visiteurs qui venaient demander des faveurs. Les principales capitales politiques se retrouvaient dans l’actuelle province de Muramvya notamment à Mbuye, à Muramvya, à Bukeye et à Kiganda. C’est dans ces capitales que le roi célébrait la fête annuelle des semailles (umuganuro). D’autres rugo royaux se trouvaient dans les autres régions du pays.

Le domaine royal de Mbuye a été la résidence royale des rois Ntare Rugamba, Mwezi Gisabo et Mutaga Mbikije. Le roi y rendait la justice avec la participation des chefs (abaganwa) et des notables (abashingantahe). Le domaine de Mbuye avait joué un rôle important dans les rites d’intronisation, pour la fête nationale des semailles, dans la conservation des tambours royaux et l’éducation des jeunes princes et princesses.

L’Histoire sur ananzie.net :

- Les Rois et leurs cours. Lieux et symboles du pouvoir dans l’Afrique pré-coloniale

- Visions de l’Afrique pré-coloniale. Chap 1. Des sociétés et des hommes. Arts, rites et scènes de la vie africaine

- Visions de l’Afrique pré-coloniale. Chap 2. L’art militaire. Guerriers et armées africaines

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