Edito
Le site Ananzie.net est en travaux et sera de nouveau mis à jour prochainement !

Beauté
Le Marché des cosmétiques « ethniques » Part. 1 Un concept, un marché : l’Ethno-cosmétique

Décryptages
Le leadership de l’Afrique centrale au cœur des luttes d’influence et de la convoitise de l’Afrique du Sud
Créa
Il est de toutes les parures et spiritualités « afrocentriques » : Le Cauri
Décryptages
Saint-Martin. Une île oubliée sous influence US
Caraïbe
Aruba. Première des île ABC, Aruba, Bonaire et Curaçao

Décryptages
Accueil Economie Décryptages Les IDE, investissements directs à l’étranger
Augmentez la taille du texte Diminuez la taille du texte Imprimez cet article Envoyez cet article par e-mail Recommandez ce site Citez cet article sur votre blog Répondre à cet article
Les IDE, investissements directs à l’étranger

La contribution des IDE à la croissance et au développement du continent africain est-elle fondée ?

dimanche 23 mars 2008 | par Stella Ayoko Dosseh

36 milliards de dollars, c’est ce que le continent africain recevait en 2007 en investissements directs à l’étranger (IDE). Ce boom des IDE a d’ailleurs été une tendance globale, les flux mondiaux atteignant 1500 milliards de dollars. Mis en avant dans les discours sur la croissance économique, l’IDE a une place prépondérante dans les préoccupations de nos gouvernements.

En avril dernier, Charles Koffi Diby, ministre des finances de Côte d’Ivoire était en France, multipliant ses actions de séduction à l’endroit des investisseurs. Mais alors que rien ne semble contester le rôle des IDE pour pallier les manques de ressources des Etats, éviter une croissance de la dette, s’attaquer à la pauvreté, les résultats mitigés de ces politiques nous conduisent à nous interroger sur ses fondements. Peut on justifier l’importance accordée aux IDE ?

Arrêtons nous sur la notion d’IDE, qui mérite d’être éclaircie. On parle d’IDE lorsqu’une entreprise originaire d’un pays A acquière ou accroît un intérêt durable [1] dans une entreprise originaire d’un pays B. Cet intérêt peut se faire par la voie de la création de capacités, de fusions acquisitions, d’investissements immobiliers ou de prêts et opérations de trésorerie, de bénéfices réinvestis. Tous ces moyens constituent des flux d’IDE. Il ne s’agit donc pas uniquement d’investissements à but lucratif - de type investissements de portefeuille - mais également d’une recherche d’influence dans la gestion de l’entreprise investie.

Loin d’être un phénomène nouveau, la mobilité des capitaux dont les flux D’IDE sont une illustration, fait son apparition dès le 12ème siècle avec l’utilisation des lettres de change. Mais ce n’est qu’au 19ème siècle qu’on assiste à une véritable expansion des flux de capitaux. Du coté du continent africain, les modèles de développement s’enchaînent sans pour autant apporter les effets escomptés : courant structuraliste [2], modèle autocentré…C’est en 1970 que le retournement idéologique s’opère. Devant l’échec des politiques keynésiennes de relance (intervention de l’Etat dans la régulation économique), les économistes qui s’intéressent aux pays en développement (PED) font un véritable virage libéral symbolisé à la fin des années 1980 par le consensus de Washington. Parmi les dix principes édictés par son auteur, John Williamson, celui de libéralisation des investissements internationaux fait l’unanimité. Banque mondiale, OCDE, FMI, niant les spécificités historiques des pays, préconisent ainsi le recours aux IDE dans le développement économique des PED. L’idée que l’on se faisait et que l’on a encore de l’IDE repose sur des postulats loin d’être vérifiés :

Idée reçue N° 1. Les IDE permettent des gains d’efficacité notables. Qu’il s’agisse d’entreprises mixtes, de filiales de multinationales ou de participations stables dans des entreprises locales, il y a toujours un investissement matériel important : usines, machines ou immeubles. Ces biens de capital fixe sont par nature peu mobiles et permettent aux pays receveurs de rêver non seulement à des capitaux, mais aussi et surtout à des techniques d’accroissement de productivité, des normes et pratiques d’entreprises. Mais si l’IDE peut venir s’ajouter au stock de capitaux (humain comme matériel), il peut aussi bien prendre la forme de fusions acquisitions ou d’investissements de création. Sur les 36 milliards de dollars d’IDE entrés en Afrique en 2006, 18 milliards correspondaient à des fusions acquisitions. Les fusions acquisitions visent principalement pour une entreprise, à accroître ses activités économiques. Dans ce cas, les actifs productifs n’augmentent pas forcément pour le pays d’accueil qui n’en retire pas de gains d’efficacités tels que ceux cités plus haut. En juillet dernier, Areva, soucieuse de doubler sa production d’Uranium, a acquis 92,93% d’Uramin, producteur canadienne possédant des gisements d’uranium en Afrique du Sud, en Namibie et en République Centrafricaine.

Idée reçue N° 2. Les problèmes de gouvernance sont un frein à l’attrait des IDE. Etroitement liée à la progression du secteur économique, la crédibilité politique apparaît comme un facteur essentiel dans l’attraction des IDE. Les problèmes de crédibilité politique joueraient un rôle dissuasif sur les investisseurs étrangers potentiels. La gouvernance telle qu’elle a été définie et appliquée en Afrique suppose une ouverture accrue de la région, un moindre contrôle de la part du secteur public, des procédures d’élaboration des politiques plus transparentes et participatives. Une libéralisation accrue de la gouvernance du processus d’investissement est préconisée, signifiant ainsi un processus régulé par les mécanismes de marché : marchés concurrentiels, aucune restriction à l’entrée et à la sortie des entreprises, intervention minimale de l’Etat. Pourtant lorsqu’on croise les principales destinations d’IDE [3] et les indices de « bonne gouvernance », il apparaît que la bonne gouvernance du pouvoir politique ou des entreprises n’est pas le principal facteur qui décide les entreprises transnationales à investir massivement.

Les résultats d’une ouverture trop accrue donnent même à penser qu’une intervention de l’Etat dans la production, la répartition, et l’annulation des rentes économiques est souhaitable. Il pourrait ainsi coordonner ces investissements de manière à obtenir des objectifs de développement plus larges. Ce dernier point fait apparaître la nécessaire coordination et interaction entre hommes politiques et chefs d’entreprises, afin d’espérer des bénéfices suffisants et stables pour les pays. Ceci nous amène à l’idée reçue suivante, sur le rôle des IDE à plus long terme

Idée reçue N° 3. Les IDE sont créateurs de croissance et de développement. Les acteurs que sont les entreprises privées ont besoin d’être incités à s’engager dans des projets d’investissement à long terme. Ce type d’investissement permet à la fois une augmentation des capacités de production, la création d’emplois, le renforcement des compétences technologiques. Cette incitation ne peut venir que du gouvernement qui a la charge du développement du pays, plus que de la croissance économique. Il convient ici de distinguer croissance et développement. Le développement est à distinguer de la croissance économique, qui se définit uniquement comme la progression quantitative de la production. Le développement implique l’idée d’une amélioration du bien être de toute la population se traduisant par une hausse du revenu par tête, un accroissement de la ration alimentaire et un meilleur accès aux services de santé et d’éducation. Il passe par des changements dans les structures et une mutation de la société toute entière.

Les entreprises privées contribuent activement à la croissance économique des pays, laissant la recherche du développement à d’autres acteurs. Etats et collectivités devraient par essence chercher à contribuer au développement des pays. Ainsi donc, Etats et entreprises n’ont, en effet, pas les mêmes objectifs à court comme à long terme. Et c’est en ce sens que le rôle de l’Etat dans la gestion des IDE n’est pas à négliger. Suite à ces acquisitions en Afrique du Sud, le groupe Areva s’impliquerait dans diverses initiatives du gouvernement sud africain en matière de formation, de création d’emplois et de transferts de compétences. L’impact positif des IDE en terme d’emploi dépend donc des relations Etat - entreprise et de leur volonté de travailler ensemble. D’autre part, l’expérience montre que ce ne sont pas les IDE qui stimulent la croissance, mais à l’inverse la croissance qui attire les IDE. Les IDE se dirigent vers les pays ayant déjà au préalable un fort taux d’investissement. Le rôle de l’Etat revient sur le devant de la scène, puisque par le biais du financement public, il peut considérablement augmenter l’investissement local, et donner ainsi une première impulsion au taux d’investissement national.

D’autres déterminants fondamentaux des IDE, d’autres axes de développement. Le discours rodé sur l’ouverture accrue de la région, la réduction du rôle de l’Etat… vise à attirer l’investissement. Seulement il met de coté les conditions qui permettrait aux IDE d’avoir de véritables retombées positives pour les pays d’accueil. Parmi ces fondamentaux, la taille et l’expansion des marchés sont importantes, tout comme les ressources humaines disponibles sur place et le développement des infrastructures. Pourquoi les IDE ont-ils dans les débats sur les politiques de développement économique, une supériorité en terme de rendement ? Les rapports tels que celui de la CNUCED, sur les flux de capitaux dans le monde seraient révélateurs d’occasions d’investissements manquées pour l’Afrique. L’envoi de fonds de travailleurs expatriés comme source d’épargne intérieure relativise l’impact de l’IDE dans le développement (non économique ici) du continent ; mais en raison de son caractère informel, difficile de quantifier son importance. Un rapport récent de la BAD chiffrait ces transferts en 2005, à 11% du PIB pour le Mali, 19% pour le Sénégal, 24% pour les Comores.

En conclusion. L’insuffisance des ressources disponibles pour financer le développement à long terme en Afrique subsaharienne et les difficultés à réduire la pauvreté ont mené les gouvernements à donner une place large aux investissements directs à l’étranger. Fort de l’expérience des nouveaux pays industrialisés d’Asie, les pays d’Afrique subsaharienne cherchent désormais, à coût de réformes, à attirer les IDE. Mais en privilégiant des réformes axées sur les mécanismes du marché et sur la gouvernance pour attirer les IDE, les gouvernements passent à côté de mesures plus larges de développement. Ils recréent un mode de développement enclavé reposant sur les IDE. La notion de développement est toutefois relative. Le développement ne prend sens que dans la comparaison. Il est lié à l’époque ou on le considère.

Quoi qu’il en soit, les IDE pourrait jouer un rôle constructif dans le développement des pays africains, notamment s’ils génèrent des recettes publiques substantielles et redistribuées. Mais les stratégies des entreprises internationales axées sur le retour sur investissement, concordent difficilement avec les stratégies de développement des décideurs. Les conditions créées pour attirer les IDE ne sont pas nécessairement celles qu’il faut pour accélérer le développement.

Toute l’économie africaine sur Ananzie.net

Notes

[1] Par convention, plus de 10% du capital de la société investie

[2] Ce courant de pensée est né dans les années 1940 et 1950 en Amérique latine avec les travaux de la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL), en particulier ceux de R. Prebisch et H. Singer. Il sera popularisé en Europe par F. Perroux et G. Myrdal et aux Etats-Unis par A. Hirschman.

[3] http://stats.unctad.org/FDI/TableViewer/tableView.aspx ?ReportId=899

Répondre à cet article Réagir à cet article



 
   



La sélection
Mizik, Books, Restos et Expos du mois

Events
Les rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !

Les Aventures de Kamuké Sukali. Vol II
Elle est là, elle revient, la « petite sucrée », Kamuké Sukali pour les intimes ! Toujours plus ambitieuse, encore plus arnaqueuse !
Underground
Superfly Records, Dusty Groove, Attention, collector’s !!!