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Chap. 2. Les matières premières agricoles

La guerre des matières premières aficaines. Chap. 2. Les matières premières agricoles

jeudi 26 juin 2008 | par Stella Ayoko Dosseh

Les pays d’Afrique, Caraïbe et Pacifique regorgent de ressources naturelles qui depuis près d’un demi-siècle marquent leurs échanges économiques. Ces échanges économiques sont caractérisés par des relations très fortes avec l’Europe, partenaire commercial incontournable pour les ACP. Cette coopération est aujourd’hui en passe d’être fortement remaniée, ce qui risque de bouleverser les termes de l’échange. Quelles alternatives restera t’il aux pays ACP ?

Depuis les mouvements d’indépendance, les matières premières agricoles, sources de revenu essentielles pour les pays ACP ont fait l’objet d’accords commerciaux préférentiels. Les pays ACP entrent alors dans une phase d’industrialisation et l’agriculture représente une part importante dans l’économie. La CEE ( communauté économique européenne) prétend pour sa part exprimer sa solidarité avec ses anciennes colonies, pays et territoires d’Outre-Mer afin de contribuer à leur prospérité. De 1963 à 1975, la phase Yaoundé s’amorce : soutiens aux efforts de construction et infrastructure.

Ce n’est qu’avec les Accords de Lomé (1975-2000) que les matières premières agricoles entrent dans le débat : les protocoles commerciaux sur le sucre, la viande bovine et les bananes deviennent des incontournables aux Conventions de Lomé. Révisées tous les cinq ans, elles accordent aux ACP [1] des préférences commerciales telles des quotas annuels de produits, que la CEE, devenue depuis UE, s’engage à acheter. Ces conventions établissent également des prix préférentiels et accordent une aide bilatérale aux pays signataires ; Face à la crise des produits de base, dans les années 1970, l’UE crée un fonds, le STABEX, visant à financer les pertes subies suites aux fluctuations des prix sur les marchés : cacao, café, arachides, thé et beaucoup d’autres produits sont concernés. Petit à petit les clauses se sont étoffées et la réception des aides a notamment été conditionnée à la non violation des droits de l’homme. Celles-ci se sont d’ailleurs transformées en subvention et reversées à 70%.

Cotonou. 2000-2020. Après vingt cinq années de coopération ACP-UE, l’accord de Cotonou signé en juin 2000 modifie le mode d’acheminement des ressources attribuées aux pays ACP, sans toucher aux préférences non réciproques devenus maintenant des acquis. Les deux instruments privilégiés de cet octroi de ressources sont les subventions et la facilité d’investissement. Il prévoit aussi un soutien au secteur privé et un renforcement des institutions financières. Il énonce également l’échéancier principal des négociations des Accord de Partenariat économique (APE). Ce sont ces derniers qui font actuellement la Une. En effet, l’UE et les ACP ont engagés en 2002 des négociations sur les APE, dont les objectifs sont notamment la suppression progressive des barrières commerciales entre UE et ACP de « manière compatible avec les règles de l’OMC ». Sous ces termes, se cachent des mesures désastreuses pour les économies agricoles et industrielles des ACP. Ils signent en effet la fin des préférences commerciales et des systèmes de quotas, qui permettaient autrefois aux ACP d’exporter leurs matières premières agricoles à des prix garantis et sans droits de douane, vers l’UE.

Les pays ACP s’étaient donnés une période préparatoire de 7 ans (à compter des accords de Cotonou) qui devait leur permettre de développer les capacités des secteurs publics et privés, d’améliorer leur compétitivité, de soutenir les initiatives d’intégration commerciale régionale [2] . Or, 7 ans plus tard, ces mesures n’ont pas été mises en place. Les ACP ne sont toujours pas capables de faire face à la concurrence des produits européens. Mais l’échéancier a été lancé et pas question pour Bruxelles d’accorder de nouveaux délais [3] . Les ACP doivent conclure avant la fin de l’année les négociations sur les APE, faute de quoi ils ne bénéficieront plus du libre accès au marché européen à partir du 1er janvier 2008.

Les exportations agricoles ont certes été relancées de manière massive dans certains pays, en Afrique centrale et orientale (Madagascar, Rwanda et Tanzanie), en Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Ghana et Mali). Cependant l’envolée des cours de certaines denrées comme le caoutchouc, le café ou les crustacés ne se répercutent pas de la même manière sur les revenus des petits producteurs. L’allègement des politiques étatiques de stabilisation des prix ne protègent plus les premiers maillons de la chaîne. Quant aux denrées ayant connu un repli de leur cours, les exportations s’en voient lourdement pénalisées. A cela s’ajoute la concurrence de plus en plus accrue entre pays émergents et en développement. On comprend ainsi mieux les revendications des opposants aux nouveaux APE UE-ACP. Ces derniers manifestent leur mécontentement comme ce fut le cas le 27 septembre dernier. Des ONG d’Europe et d’Afrique s’étaient alors mobilisés pour réclamer la poursuite des négociations au-delà de la date butoir imposée par Bruxelles.

On peut regretter l’absence de débat démocratique, les négociations APE n’étant en effet pas discutées au sein des parlements nationaux africains. Les décideurs politiques, eux, sont plutôt enclins à signer, la pression de Bruxelles semblant faire effet. Du 22 au 26 octobre, les ministres du Commerce se réuniront afin d’essayer d’adopter une politique commune.Encore un débat qui fait depuis plus de vingt ans l’actualité. Comment permettre aux premiers maillons de tirer le meilleur parti de l’envolée des cours, lorsqu’elle existe ? Comment leur assurer un revenu minimum ? Peut-on encore légitimer l’existence de ces préférences commerciales UE-ACP face aux revendications d’autres pays émergents ? Le Brésil et la Thaïlande par exemple ont obtenus gains de cause concernant le protocole sucre, signé en 1975 lors de la convention de Lomé. Ce denier garantissait des exportations régulières de sucre en provenance des ACP à des prix garantis. Mais l’Europe, maintenant surproductrice de sucre, se voyait importer à perte ce sucre, ce qui va à l’encontre des règles de l’OMC.

Mais l’UE n’est pas le seul partenaire commercial sur lequel les ACP peuvent compter. Désormais la Chine, l’Inde et les pays nord et sud africains investissent également dans l’agriculture des ACP. La production de coton d’Afrique de l’Ouest s’est vue stimulée par la croissance de l’industrie chinoise. La production de fruits et légumes frais d’Afrique de l’est pourraient aussi être boostée par les changements d’habitudes alimentaires des consommateurs chinois et indiens. Les ACP ont donc tout intérêt à tirer partie de cette nouvelle donne, à miser sur les nouveaux partenaires commerciaux3 qui réduiront leur dépendance à l’égard des partenaires traditionnels. Car entre réglementations internationales et interrégionales, ce sont les obligations envers l’OMC qui risquent de prendre le pas.

Du même auteur :

- Le marché de l’immobilier en Afrique, Caraïbes & Pacifique. Chap. 1. République dominicaine : Grandeur et Décadence

- A la reconquête du ciel africain

- Le développement des TIC en Afrique

- Du développement durable au service du protectionnisme économique.

- L’allègement de la dette… par la dette !

- La guerre des matières premières africaines. Chap. 3. Les ressources minières

- La guerre des matières premières africaines. Chap. 1. Le pétrole

- Chine-Afrique. L’Empire du milieu étend son emprise sur les Etats africains

- Expériences de la Microfinance en Afrique

- Les performances des places financières africaines

- L’Afrique, nouvel Eldorado pour les fonds d’investissement ?

Notes

[1] 1. Pays ACP- Juin 2007 : Afrique du Sud - Angola - Antigua et Barbuda - Belize - Cap Vert - Comores - Bahamas - Barbados - Bénin – Botswana - Burkina Faso - Burundi - Cameroun - République Centrafricaine - Congo (Brazzaville) - Congo (Kinshasa) - Iles Cook - Côte d’Ivoire – Cuba - Djibouti - République Dominicaine - Dominique - Erythrée - Ethiopie - Fidji - Gabon - Gambie - Ghana - Grenade - République de Guinée - Guinée-Bissau - Guinée Equatoriale - Guyane - Haïti -Jamaïque - Kenya - Kiribati - Lesotho - Liberia - Madagascar - Malawi - Mali - Iles Marshall - Maurice - Mauritanie – Micronésie - Mozambique - Namibie - Nauru - Niger – Nigeria - Niue - Ouganda - Palau - Papouasie Nouvelle Guinée - Rwanda - Saint Christophe et Nevis - Saint Vincent et Grenadines - Sainte Lucie – Iles Salomon - Samoa - Sao Tome et Principe - Sénégal - Seychelles - Sierra Leone - Somalie - Soudan - Suriname - Swaziland - Tanzanie – Tchad – Timor Leste - Togo - Tonga – Trinité et Tobago – Tuvalu – Vanuatu – Zambie – Zimbabwe.

[2] 2. Avec notamment la création d’un marché agricole interafricain

[3] 3. A rajouter en note peut-être : Notons tout de même que l’Accord de Cotonou ratifiés en 2000 par 77 pays ACP et 15 membres de l’UE prévoyaient de nouveaux partenariats économiques et commerciaux sur une période de vingt ans. L’Accord de Cotonou prévoyait donc un maintien des préférences non réciproques jusqu’en 2007 (2000-2007 : période transitoire). Puis de nouveaux partenariats économiques devaient voir le jour, en concordance avec les règles de l’OMC. Tous les pays sont invités à le signer) l’exception des PMA, pour qui les préférences non réciproques seront maintenus.

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Commentaires:

  • Répondre à cet article
    5 octobre 12:42, par Danos1
    Très fine analyse. Merci
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