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Les performances des places financières africaines

Economie. Indices boursiers et performances des places financières africaines

lundi 5 mai 2008 | par Stella Ayoko Dosseh

L’été dernier , alors que les marchés américains s’enrhumaient et que l’Europe et l’Asie toussaient, les marchés africains faisaient preuve d’une grande résistance face à la crise du subprime. En moyenne, ces dernières ont affiché une rentabilité de plus de 10% depuis juin 2007. Comment expliquer cette performance ? Quelle est la portée de ce changement en cours sur le continent ?

L’attractivité du marché africain n’est pas un fait récent. Depuis plus d’une décennie, les pays africains connaissent une croissance économique élevée. Les indices boursiers de Lilongwe (Malawi), du Caire et de Nairobi (NSE, Kenya) ont plus que triplé depuis 2004. Plus récemment, les performances des bourses locales ont très largement dépassé celles des bourses des pays dits "industrialisés".

Sur le court terme, ces bons résultats s’expliquent par une véritable « décorrélation » des marchés africains par rapport aux autres régions du monde. La forte appréciation des matières premières contribue également à une très bonne performance des grands marchés de la région. Prenons l’ indice JSE, qui représente les 150 plus grandes valeurs d’Afrique du Sud, et qui est composé à 31% de valeurs pétrolières. Celui-ci bénéficie à la fois du renchérissement du pétrole et du boom du secteur minier, qui représente 31% de sa capitalisation boursière. Mais le changement qui a lieu sur le contient africain ne se limite plus aux grands marchés de la région, tels que ceux du Nigeria ou de l’Afrique du Sud. La bourse ghanéenne d’Accra a également pu profiter du renchérissement des matières premières ( notamment des valeurs agricoles telles que le cacao). Quant aux places financières du Malawi et de l’Ouganda, elles sont tirées vers le haut par l’appréciation du sucre et du café.

Au-delà de ces bons chiffres , cette tendance à la hausse se confirme également sur le long terme. Plus de 190% , telle est la rentabilité affichée par les indices des douze premières Bourses africaines sur les trois dernières années, valeurs bien supérieures à celles de nombre de places financières mondiales. Les indices boursiers MSE ( Lilongwe au Malawi), BRVM (Abidjan en Cote d’Ivoire) et USE (Kampala en Ouganda) on plus que triplé sur les trois dernières années. Ces performances sont la conséquence de réformes des systèmes financiers, et elles sont en passe de contribuer à l’émergence d’acteurs solides et rentables.

Cependant l’investisseur rencontre de nombreux obstacles lorsqu’il s’agit d’investir sur les places du continent. L’information attestant de la bonne gouvernance des entreprises ou leurs résultats annuels est difficile d’accès. Les Bourses africaines ont tendance à se multiplier, ce qui freine la mobilisation efficace de l’épargne et la liquidité des dites Bourses. En effet, plus les Bourses sont nombreuses, plus les investisseurs auront tendance à se répartir sur différents marchés. Il est alors difficile pour un spéculateur d’entrer et de sortir du marché. Cela peut prendre plusieurs jours, ce qui ne favorise pas l’attractivité de nos places financières. L’absence d’une réglementation harmonisée est également un frein pour l’investisseur.

Pour répondre à ces limites, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières , créée à Abidjan, propose aux investisseurs un système commun de trading. Réunissant 8 pays de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest ( Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo et Guinée Bissau), cette bourse permet la transmission croisée des ordres et offre également une information en temps réel des marchés locaux. Perfectionnement des systèmes de cotations et d’échange d’informations, meilleure supervision des cotations et professionnalisme. Telles sont les efforts que les places financières africaines doivent fournir afin d’améliorer la rationalisation de leurs marchés et de conforter la confiance des investisseurs.

L’enjeu est grand pour l’Afrique, plus souvent associée aux flux de capitaux liés à l’aide internationale plutôt qu’aux flux provenant de fonds d’investissement privés ou internationaux. Ce changement en cours sur le continent pourrait permettre à l’Afrique de substituer l’endettement auprès des bailleurs de fonds classiques par un endettement auprès des investisseurs locaux.

- Toute l’économie de l’Afrique et de sa Diaspora sur Ananzie.net

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