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MDP : Quand l’ Occident se rachète une conduite dans les PED

MDP – Mécanisme pour un développement propre. Quand l’ Occident se rachète une conduite dans les PED

lundi 21 avril 2008 | par Stella Ayoko Dosseh

Notre planète est sur la mauvaise pente. La croissance galopante, le manque de considération vis-à-vis de l’environnement l’ont mise en péril, et il nous faut désormais trouver des solutions pour, sinon inverser, tout du moins ralentir le phénomène.

C’est sur le constat des effets néfastes de certaines substances que 40 pays signataires industrialisés s’engagent à réduire entre 2008 et 2012 leur gaz à effet de serre. Pour y parvenir à moindre coût, les pays signataires mettent en place un marché international de droits d’émission de gaz à effet de serre (GES). Quel rapport avec les pays en développement ? Entrons donc dans le vif du sujet.

Et avant tout, rappelons que le débat sur les effets néfastes de l’homme sur la planète n’est pas récent. Dans les années 1970 déjà, un rapport du MIT [1] intitulé « Rapport sur les limites de la croissance » suscite de nombreuses controverses en proposant une croissance zéro dans un monde alors en plein boom économique et démographique. Ce sont d’ailleurs ces deux variables dont le rapport souligne les dangers environnementaux. De fait, 15 ans après la publication de ce rapport, le monde découvrait le premier « trou » dans la couche d’ozone. Cette même année, la convention de Vienne reconnaissait les effets néfastes de certaines substances sur la couche d’ozone et donnait naissance en 1987 au protocole de Montréal.

Ses dispositions – réduction des émissions de CFC [2] pour les ramener au niveau de 1986 en 1998 – ne seront pas tenues. En 1992, la Convention CCNUCC [3] vise alors, sans toutefois donner de chiffres, à stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre à un niveau acceptable [4] . 10 ans plus tard, 160 pays ouvrent le débat sur le protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005. Les pays de l’annexe I [5] s’accordent cette fois pour ramener leur émission de gaz a effet de serre au niveau de 1990 [6] . Les États-Unis et la Chine, les deux plus gros pollueurs du monde, ne ratifieront jamais ce protocole, bien que faisant partie de la Convention de 1992. Mais revenons au cœur du sujet qui nous anime.

Les mécanismes de développement propre (MDP). A l’origine, l’approche paraît logique. A quoi bon se fixer des objectifs inatteignables qui menacent les économies des pays signataires industrialisés, et risquent donc de provoquer des rétorsions ou un simple non respect des dispositions de l’accord. Pour donner une certaine marge de manœuvre aux pays censés mettre en place ses dispositions, le protocole prévoit donc les MDP : en finançant des projets de réduction d’émissions de GES (gaz à effet de serre) dans les PED (pays en développement), les pays signataires industrialisés peuvent obtenir des crédits d’émission qui leur permettent de contrebalancer leurs émissions en excès. Cette approche part du postulat, non contesté, que les réductions de gaz à effet de serre ont un impact positif quel que soit l’endroit où elles sont réalisées. Depuis 2005, on assiste à une ruée vers les MDP, plus de 1000 projets localisés dans 49 pays ont été enregistrés auprès de l’UNCTAD. Ils auraient généré plus de 135 millions de réductions d’émissions certifiées [7].

Peu de projets en Afrique – Un mal pour un bien ? Qu’en est-il sur le continent ? Peu de projets ont été pour le moment développés (cf. portfolio : Registered projects by region). Sur les 1022 projets répertoriés, seuls 25 se situent en Afrique, dont une majorité en Afrique du Sud. En Afrique francophone, quelques pays [8] se sont pour l’heure intéressés au sujet. Le quotidien gratuit Direct Soir n’hésitait pas à titrer en février 2007 « L’Afrique : Parent pauvre du protocole de Kyoto ». Ces MDP sont présentés comme une opportunité exceptionnelle pour l’Afrique. Le continent pourrait grâce à eux s’impliquer dans le développement durable, et de surcroît, vendre des crédits d’émission. Il y aurait donc là une possibilité pour l’entreprenariat africain et de la diaspora de porter des projets de ce type et de contribuer au développement durable de leurs pays…

On pourrait facilement arrêter la lecture de ces mécanismes là. Les pays industrialisés financent des projets et obtiennent des crédits d’émissions. Les pays en développement obtiennent des financements pour monter des projets ambitieux. Mais attardons nous sur le principe même du MDP :

- Les MDP ont été crées pour éviter aux pays industrialisés un coût trop important et une trop grande rigueur de l’application du protocole. Ainsi ils récompensent l’instauration de technologies de réduction d’émissions dans les pays en voie de développement
- Par l’obtention de crédits, les MDP permettent donc à « l’Occident » de poursuivre tant que faire se peut sa course vers la croissance. Nous sommes loin d’un mécanisme uniquement tourné vers le développement durable à destination des PED dont l’Afrique
- Ce mécanisme part du postulat que réduire les émissions de gaz à un endroit donné confère de fait le droit d’en produire ailleurs…
- Enfin, le fait même de monnayer ces crédits est en soi une lubie. Il est en effet très difficile d’évaluer l’impact d’un projet en termes de réduction des émissions, et il est encore plus difficile d’évaluer les émissions qui auraient eu lieu si le dit projet n’avait pas existé. Devant ces complexités, de nombreuses agences originaires des pays industrialisés s’implantent ici et là afin de profiter d’un marché potentiellement lucratif. Leur démarche est simple : en tant que consultant, ces agents se proposent de réaliser le montage de projets : étude de faisabilité, évaluation des risques et opportunités de valorisation d’unité de réduction d’émissions certifiées …moyennant rémunération.

Les contestations, nombreuses, n’empêchent pas le mouvement, les MDP se développent et séduisent de plus en plus. Par le biais des MDP et sous couvert de contribuer à l’implantation du développement durable dans les pays en développement et en Afrique, les pays industrialisés signataires du PK s’assurent de poursuivre leur croissance. Qu’adviendra-t-il après la première échéance du calendrier de Kyoto ? Car pour l’heure, les pays en développement signataires du protocole n’ont pas d’engagements à tenir en matière de réduction d’émissions de gaz. Ce ne sera peut-être plus le cas en 2012, l’Europe juge déjà que ces pays, de part leur croissance économique, devraient infléchir leurs émissions également.

L’Afrique reste de loin le continent qui produit le moins de gaz à effet de serre. Il est indéniable que nos mégalopoles sont loin d’être des havres écologiques, les aspects environnementaux ne sont pas une priorité tant le développement de nos pays même est une urgence. Mais peut-on comparer les problèmes environnementaux liés à l’élevage intensif de vaches en Tanzanie [9] au CO2 émis par les 4x4 américains ? …

Toute l’économie de l’Afrique et de sa Diaspora sur Ananzie.net

Notes

[1] MIT : Massachussetts Institute of Technology, institution de recherché et université américaine prestigieuse, spécialisée dans les domaines de la science et de la technologie.

[2] Chlorofluorocarbures

[3] Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique

[4] Niveau garantissant la sécurité de la planète

[5] Pays développés ou en transition vers une économie de marché comme la Russie

[6] Plus exactement à 5.5 % en deçà du niveau constate en 1990

[7] Chiffres tirés de la publication d’Avril du secrétariat de la Convention Cadre sur les changements climatiques

[8] Bénin, Madagascar, Mali, Niger, Sénégal, Maroc, Egypte

[9] Comme dans de nombreuses villes d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, on compte aux alentours de 20.000 vaches laitières à l’intérieur des frontières de Dar-es-Salaam, la capitale de la Tanzanie. De fortes densités animales à proximité des villes entraînent des problèmes de pollution ( production d’azote – non absorption des déchets…)

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