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Mariage Nègre et Culture

Mariage Nègre et Culture. La Dot : décryptage du mariage coutumier africain

dimanche 13 juillet 2008 | par Mbépongo aka Dédy Smith

Le mariage, l’union, la relation amoureuse... Comme nous l’avons vu dans « L’amour a ses raisons que nos parents ne connaissent pas ? », il s’agit ici d’un sujet où la confrontation de la pensée occidentale moderne (véhiculée par le mythe du Prince charmant et du coup de foudre) et la tradition Africaine ancestrale révèle des divergences parfois douloureuses entre parents et enfants.

Le thème de cet article étant le mariage, nous allons tenter de décrypter le processus de la « Dot ». Le but étant de comprendre le plus clairement possible les valeurs que l’on retrouve dans chacun des codes et symboles de ce « jeu d’alliance et de société » complexe et vivant.

Avant tout, il est important de préciser que la tradition de la dot, bien qu’elle ait totalement disparue en Occident, est universelle. Bien que son déroulement et son sens varie selon les pays et les cultures dans lesquels ils sont pratiqués, son principe reste souvent le même : Utiliser le moment de l’union de deux membres de la communauté pour affirmer les valeurs de celle-ci. La Dot est donc une partique sociale servant à consolider les liens d’une communauté et les valeurs qui font son identité.

A quelques variantes près la tradition de la dot se décline quasiment à l’identique dans tous les pays africains, pourtant de cultures, voir de religions, très différentes. Pour notre description nous allons prendre un cas imaginaire, celui de l’union Nsona et de son prétendant Elikya, camarades de classe à la fac. Leurs familles respectives ne se connaissent pas, et sacrilège ultime Nsona est enceinte de 2 mois… holàlà, il va y avoir de l’action.

Le principe de base. Le prétendant rétribue la famille de sa bien-aimée, afin que ces derniers acceptent de la laisser partir, c’est donc la jeune fille qui entre dans la famille de l’homme. Tout le jeu est donc, pour l’homme de démontrer sa crédibilité et le prestige de sa famille, pour la femme d’affirmer sa valeur et la responsabilité que son prétendant devra désormais assumer.

Selon les cultures, le montant de la Dot est soit fixe et purement symbolique, soit « négociée » et on peut assister alors à de véritables enchères où la beauté de la jeune femme, son niveau d’études, ses qualités culinaires sont mis dans la balance. la dot peut aller du dollar symbolique ou se chiffrer en milliers d’euro. Dans les cultures agricoles où le bétail a plus de valeur que l’argent, la dot est constituée de têtes de bétail. L’argent de la dot revient rarement aux parents de la jeune fille, il peut être mis de côté afin de permettre aux jeunes hommes de la famille de « doter » à leur tour leurs futures épouses, il peut servir aussi à payer les frais de transport de tous les membres de la famille qui se déplaceront pour assister au mariage, notamment ceux vivant au village.

La prise de contact. Elikya, le prétendant, transmet un courrier au père de Nsona dans lequel il lui fait part de sa volonté de le rencontrer respectueusement afin de lui demander la main de sa fille. Après avoir effectué une rapide enquête de mœurs sur le jeune homme et sa famille, ce dernier accède à la requête du prétendant en lui accordant audience. Il s’agit là encore d’une démarche très informelle qui n’implique pas encore toute la famille. A la date proposée par son futur beau-père, Elykia se présente (seul ou accompagné d’un homme adulte de sa famille, père, oncle ou frère) afin d’exprimer de vive voix, d’homme à homme, ses ambitions.

Malgré l’urgence de la grossesse de Nsona, l’on constate que la mesure prime sur toute forme de précipitation dans cette démarche. Très loin de Las Vegas, le prétendant entre dans une démarche ou il devra de toute évidence faire preuve de patience et d’abnégation (Il est à noter tout de même que lorsque ce sont les parents qui ont choisis le conjoint les choses peuvent aller très vite).

Le début des hostilités. La pré-dot. Elykia et des membres de sa famille sont reçus une seconde fois par le père, les oncles et les frères de Nsona. L’objet de cette nouvelle rencontre est de confronter une première fois les membres des 2 familles respectives et de commencer à mesurer la détermination du prétendant et sa famille. Les parents de Nsona remettent donc une liste de « présents » que Elykia et sa famille devront apporter au cours de la cérémonie officielle du mariage coutumier dont la date sera fixée d’un commun accord. Remarquez qu’à cette étape les amoureux ne se sont toujours pas retrouvés face à face, en présence de leur famille respective.

L’on constate qu’il s’agit d’une interaction de famille à famille. Dés les premiers instants les futurs mariés sont confrontés à la réalité de leur projet de mariage. En effet, il s’agit d’une union entre deux groupes et non uniquement deux individus, qu’on le veuille ou non.Le fait que Elykia soit accompagné par sa famille décrit également la notion de solidarité qui est au cœur de la société traditionnelle Africaine. Les présents symbolisent la capacité matérielle dont le prétendant devra faire preuve tout au long de son mariage.

La cérémonie.Le rendez-vous est pris depuis déjà 2 mois, mais Elykia et sa famille se présentent au domicile familial de Nsona avec une semaine de retard. Nsona de son côté est « enfermée » dans une salle à l’abri des regards, alors que l’une de ses tantes doit recevoir les invités à la porte. A la porte d’entrée, elle demande la raison précise de la venue de cette délégation. La réponse doit être imagée du type : « nous avons senti une bonne odeur de cuisine, donc nous avons pensé qu’une femme bonne à marier devait certainement s’y trouver ».

Après cette réponse, la tante se présente comme la dernière de la famille et réclame une taxe (qui peut être de 20€ par exemple) afin d’autoriser qui que ce soit à entrer sur leur territoire… ça commence… Ensuite, les femmes de la famille de Nsona disposent sur le sol leurs plus beaux pagnes, créant un tapis d’honneur pour les invités. Pour rendre hommage à cette marque d’estime, la famille d’Elykia doit une fois de plus s’acquitter d’une seconde taxe.

Ici, l’objet de ce simulacre est d’affirmer au prétendant et sa famille que leur démarche doit être mûrement réfléchie et que les choses ne doivent pas être prises à la légère. Avec la symbolique de la taxe douanière, on exprime au futur gendre que bien qu’elle quitte sa famille, la femme appartient à une communauté souveraine et prestigieuse : on n’entre pas dans la famille aussi facilement.

Les négociations. Les deux familles sont assises face à face et les joutes verbales peuvent commencer, en présence ou non de la future mariée. Un représentant (pas forcément l’ainé) fait office de porte-parole ou « d’avocat », et une fois les présentations faites, et avant de débuter l’énoncer des présents apportés par la famille du prétendant, une mise au point concernant la grossesse de Nsona s’impose. Pour cet « écart », Elykia devra s’acquitter d’une amende (il aurait été de même si la jeune Nsona vivait déjà avec lui). Comme il a également une semaine de retard sur la date de rendez-vous, il a droit à une nouvelle amande.

Ici, ni Nsona ni Elykia n’ont le droit à la parole. Une fois de plus la notion collective est matérialisée : ce sont les deux familles qui se marient et tous les membres sont concernés. Les amendes infligées à Elykia expriment la rigueur avec laquelle les parents considèrent cette union. En s’acquittant de ces amendes, le jeune homme fait preuve de responsabilité en assument les conséquences de ses « erreurs », qui seront aussitôt pardonnées.

L’énoncé des présents. Tout y passe. De la parure de bijou pour la future mariée, le costume trois pièces pour le papa, le pagne wax ou les chaussures pour la maman, un fusil de chasse pour l’oncle au village ou une chèvre pour la grand-mère, personne n’est oublié. Chaque présent demandé dans la liste est scrupuleusement contrôlé.

Ici l’objectif est de montrer aux yeux de tous que le prétendant a « les reins solides », qu’il est sérieux et qu’il est fiable… malheur à celui qui aura l’audace d’apporter du toc ou du bas de gamme.

La négociation sur « le prix » de la mariée : il ne s’agit pas uniquement de la valeur symbolique en argent ou en têtes de bétail de Nsona, mais une compensation à la douleur de voir un membre de la famille s’en aller vers une autre. C’est le début de l’argumentation pour chacune des deux parties. Bon parti pour les uns et femme idéale pour les autres, le but du jeu est pour l’homme de payer le moins possible car il doit convaincre que c’est la femme qui a de la chance qu’il l’épouse et inversement, la famille de la jeune femme doit essayer de la retenir et de négocier au maximum pour lui donner de la valeur et ne pas la donner « cadeau ». Les discussions peuvent être parfois très vives, et lorsque le ton monte, chacun des deux avocats peu demander une suspension des « négociations » afin de se retirer et discuter avec son camp.

Le plus souvent, quand l’énoncé de la liste s’est parfaitement déroulé, la famille du marié a un certain avantage (elle a le droit de se la péter, si je puis me permettre). Chaque famille montre à quel point elle tient à leur enfant respectif. Les mariés assistent aux luttes verbales auxquels se livrent les leurs sans avoir le droit d’intervenir. Ceci participe à resserrer les liens familiaux, le prétendant et la marié se sentent aimé, estimés et soutenus par les leurs. Dans certaines cultures cependant les mariés subissent un véritable « interrogatoire » sur leurs motivations, ceci pour tester leurs sentiments.

L’entrée en scène de la future mariée.Si la dot a été payée sans la présence de la future mariée, une fois les négociations terminées, Nsona peut enfin faire son apparition. Enfin presque… ce serait trop simple. Le porte-parole explique que Nsona est très loin et qu’il faut payer un billet d’avion (ou le taxi) pour la faire venir jusqu’au mari. Et c’est reparti, encore une taxe pour Elykia. Ensuite, on demande aux filles de la famille de Nsona d’entrer une à une dans la salle des négociations. A chaque fois on demande à Elykia s’il s’agit bien de la femme qu’il souhaite épouser. Ce dernier doit répondre « NON » avec fermeté et humour si possible : « Non, la mienne est moins grosse, plus jolie ou se tient mieux ». Finalement Nsona arrive la dernière et Elykia peut enfin dire : « Oui, il s’agit bien de la femme que je souhaite épouser » (au Bénin par exemple, les filles, dont la mariée, sont recouvertes d’un drap et le prétendant doit reconnaitre sa future épouse à son allure)

Une fois de plus l’accent est mis sur la conviction, la motivation et le sérieux de la démarche du prétendant, en le faisant payer une dernière taxe et en lui demandant de confirmer devant les témoins présents s’il est bien sûr de son choix. La cérémonie peut être longue (notamment pour Nsona qui écoutait impuissante, son futur mari se faire vider les poches) et que les futurs époux doivent ainsi faire preuve de patience et d’abnégation, tout comme dans leur vie de couple.

La conclusion. Les jeunes mariés se servent mutuellement un verre de vin de palme qu’ils portent à leur bouche et la cérémonie est terminée par les « you you » des femmes. Les deux orateurs se congratulent en se félicitant d’avoir su dialoguer, se chamailler dans une atmosphère de respect qui présage des relations familiales courtoises (en théorie).

Elykia et sa famille ont le droit d’emmener le soir même leur nouvelle épouse, belle soeur ou belle fille, mais dans d’autres cultures la belle-famille repart sans sa la mariée qui leur est apportée le lendemain avec une semaine de nourriture et tous ses ustensiles de cuisine, achetés pour l’occasion.

En résumé, nous pouvons dire que ce récit nous aura fait découvrir en substance les valeurs auxquels font référence tout ce processus que sont le respect, la recherche de l’harmonie, l’engagement, la responsabilité et la solidarité. La discussion cordiale et surtout l’engagement sur le long terme est à la base de la notion d’union. L’émotion et tout ce que cela implique (désorganisation, vision court terme, l’affrontement,…) a donc ici une part minime, voir inexistence.

Bien entendu il existe toujours des excès qui viennent pervertir la réalité symbolique que doit gardée cette tradition.

Votre humble serviteur Mbépongo aka Dédy Smith

Du même auteur :

- L’amour a ses raisons que nos parents ne connaissent pas ?

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Le mariage coutumier africain
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