Au Kenya, la femme la plus célèbre du moment n’est ni une personnalité politique ni une pop star. C’est une humble jeune fille de 18 ans qui possède un sprint dévastateur et a 1 million de dollars à la banque. Depuis son retour au pays après une saison au cours de laquelle elle a non seulement remporté le titre de championne olympique du 800 mètres, mais aussi raflé tous les meetings de la lucrative Golden League, Pamela Jelimo a rencontré le président, a reçu un passeport diplomatique et a même donné son nom à une rue. A Kapsabet, la ville la plus proche de son village, dans la vallée du Rift, le gouvernement a érigé un panneau géant en son honneur. Les journaux suivent tous ses mouvements. Si sa victoire olympique, la première remportée par une Kényane, lui vaut l’admiration générale, le million de dollars qu’elle a récolté semble susciter tout autant l’attention – et la controverse.
Trois entraîneurs au moins affirment avoir favorisé sa carrière. Plusieurs hommes prétendent être son père, ce qui est contraire aux usages et fait enrager sa mère. Et, dans ces régions aux plantations de théiers luxuriantes qui ont produit tant de grands noms de l’athlétisme, d’autres rêvent de mariage. “Il y a des types qui la veulent maintenant parce qu’elle a un gros portefeuille”, constate Marcel Kipkorir, 21 ans, qui est allé à l’école primaire avec Pamela Jelimo dans le village de Koyo. L’attrait pour ses gains est tellement fort que Pamela Jelimo, qui avait du mal à payer ses frais de scolarité il y a un an, a aujourd’hui bien du mal à faire face aux demandes. “Ne me parlez plus d’argent”, a-t-elle lancé aux journalistes.
Un talent qui a transcendé la pauvreté
Son ascension est encore plus remarquable quand on songe à son environnement familial. Les gènes de la course viennent de sa mère, Esther Cheptoo Keter, une athlète naguère prometteuse dont la vie a été dictée par les coutumes des Nandis. Dernière fille de sa famille, Esther Cheptoo Keter n’a pas eu le droit de prendre un époux. Considérée comme “mariée à la maison”, elle a dû s’occuper de ses parents lorsqu’ils ont pris de l’âge. Mère célibataire, elle s’est toujours battue pour envoyer ses neuf enfants, dont Pamela, à l’école. En 2003, alors qu’elle était au collège, cette “fille timide” montrait déjà un fort potentiel d’athlète. Philip N’geno, son professeur de sport, se souvient qu’elle excellait au sprint et s’entraînait avec les garçons. La famille avait de tels problèmes financiers que Pamela Jelimo était régulièrement renvoyée chez elle car les frais de scolarité n’avaient pas été payés. Mais on finissait par la laisser revenir en raison de ses exploits en athlétisme. Daniel Maru, le proviseur du collège de Koyo, lui a permis de terminer ses études alors qu’elle devait l’équivalent d’une année de frais de scolarité. Il rappelle que sa mère a dû vendre sa dernière vache pour que Pamela Jelimo puisse se présenter à l’examen.
C’était un investissement risqué, car rien ne garantissait que la jeune fille trouverait du travail après l’école. Même sa victoire lors du 400 mètres du Championnat d’Afrique junior, en 2007, n’avait pas suscité un grand intérêt, dans la mesure où les juniors kényanes n’ont jamais transformé cette domination en passant chez les seniors, à la différence des Ethiopiennes, leurs principales rivales sur la piste. Puissamment bâtie pour une coureuse de demi-fond, Pamela Jelimo a montré qu’elle était différente. Après avoir couru son premier 800 mètres en avril 2008, elle a gagné les douze compétitions auxquelles elle a participé, dont les six de la Golden League, ce qu’aucun Kényan n’a jamais réussi chez les hommes. A Zurich, en août, elle a réalisé la troisième performance mondiale de tous les temps et a manqué d’une seconde faire tomber le record du monde de l’épreuve, vieux de vingt-cinq ans. D’après Mike Kosgei, ancien entraîneur de l’équipe nationale, le nombre de filles pratiquant la course a fortement augmenté depuis que Pamela Jelimo a remporté, aux Jeux olympiques de Pékin, une victoire qu’il compare à l’obtention du prix Nobel. “Championne olympique et gagnante du jackpot ! C’est incroyable !” dit-il, rayonnant.
Une multitude de demandes en mariage et de reconnaissances en paternité
Pamela a fait construire une maison de brique pour sa mère près de la vieille case ronde de la famille. La compagnie d’électricité publique a promis de la raccorder au réseau national. Le moment de fierté de sa mère a cependant été gâché par les différents hommes qui prétendent être le père de sa fille. Lors de la cérémonie organisée pour le retour de la championne, l’un d’entre eux, John Busienei, a affirmé aux journalistes : “C’est ma fille, et je l’adore.” A cette occasion, des hommes brandissaient des panneaux portant la mention : “Epouse-moi”. Un autre père putatif, Charles Kibiwott Bungei, un ancien enseignant de 62 ans, a déclaré : “C’est vraiment ma fille.” “Je suis le père et la mère de Pamela !” rétorque sa mère, qui ne cache pas sa colère devant tous ces prétendus géniteurs.
Source : Mail & Gardian ( Afrique du Sud )