Sa société « Fontaine Chocolatée » offre des prestations de traiteur spécialisé dans la création de fontaines en chocolat pour des évènements à destination des particuliers ou des entreprises. Les fontaines chocolatées sont semblables à de la fondue au chocolat, avec un côté plus esthétique et original. Depuis l’ouverture de sa jeune société en Janvier 2006, l’activité ne désemplit pas.
Elle nous explique qu’elle a vécu à Paris jusqu’à ses dix huit ans et qu’elle a choisi le Québec comme eldorado, et le décrit comme un compromis entre l’Europe et les Etats-Unis. Elle nous fait aussi découvrir sa vision de Montréal en tant que jeune femme africaine active .
Vous avez vécu en France, pourquoi avoir choisi le Canada pour monter votre affaire ?
Montréal m’intéressait particulièrement non seulement parce que ma soeur aînée y demeurait déjà, mais parce que je voulais apprendre l’anglais tout en bénéficiant de l’accord universitaire entre la France et le Québec qui permet de payer des frais de scolarité comme les résidents. Montréal a avant tout une diversité culturelle qui lui est très unique, la ville a conservé le charme des influences européennes, un style de vie nord américain mais sans l’opulence et les grandeurs des Etats unis.
Expliquez-nous en quoi consiste votre métier ?
Depuis Janvier 2006, nous proposons aux particuliers une alternative aux fameux gâteaux, pièces montées et pâtisseries proposées par tous les traiteurs. La conception de nos fontaines est simple : nous avons choisi de reproduire le mécanisme de la fontaine d’eau chaude et de remplacer l’eau par du chocolat fondu. J’ai tout naturellement baptisé notre société Fontaine Chocolatée. Je gère l’entreprise avec mon fiancé à plein temps et je m’occupe aussi de la coordination des événements entre autres.
Ce genre de service est très apprécié par les particuliers dans les pays anglo-saxons depuis très longtemps. Nous sommes les premiers prestataires dans tout le Québec. Il a fallu apprendre les rudiments du chocolat, de la restauration, de l’organisation d’événements. Notre produit suscite un engouement et la réponse des consommateurs est très positive. Les possibilités d’expansion de l’entreprise sont infinies.
Pouvez-vous nous décrire vos produits ?
Ce service existait auparavant, dans l’hôtellerie ou par le biais de traiteurs chocolatier ou pâtissier, mais pas à l’attention des particuliers. Nous personnalisons chacune des fontaines. Selon l’évènement on peut changer la couleur du chocolat : on nous a déjà demandé une fontaine en chocolat rose pour une levée de fonds lors d’une cérémonie caritative, par exemple. De plus le chocolat peut être aromatisé : cappuccino, fraise, orange, caramel pur .Nous incitons le client à être créatif et laisser libre court à ses idées : pour nous tout le challenge réside dans la conception de la fontaine.Tout le plaisir de la dégustation s’effectue grâce aux trempettes : les plus populaires sont les fraises, ananas, profiteroles, guimauves, feuilletés à la crème, et bretzels. Notre équipe s’occupe aussi du service tout au long de la soirée de l’initiation à la dégustation au démontage du matériel.
Concernant la clientèle, les particuliers font appel à nous lorsqu’ils préparent une réception privée, un dîner, mariage, baptême, anniversaire, une fête d’enterrement de vie jeune fille. En fait, pour tout événement dans lequel on peut offrir un dessert ou un divertissement original et changer du gâteau traditionnel. Nous faisons beaucoup affaire avec les organisateurs d’événements et mariages, les salles de réceptions, les agences comme Ogilvy, lors de lancement de produits, collections de vêtements, parfums etc. Nous travaillons également avec les comités d’entreprise, les associations, des universités, des écoles, pour leur fête de Noël, formation, repas d’affaires, etc. Nous sommes aussi très impliqués au sein de la communauté africaine et dès que l’occasion se présente ils font appel à nous.
Pour résumer, c’est un service accessible à tous les budgets, car il est clef en main donc conçu sur mesure selon les besoins du client. En moyenne, le prix d’un événement revient à 800 euros, il comprend le traiteur la location du matériel ainsi que tout le service durant la soirée pour 200 invités.
Vous semblez très à l’aise dans vos habits de chef d’entreprise, aviez-vous l’intention de développer une entreprise dès la fin de vos études ?
J’ai toujours aimé travailler, cela fait parti de mon style de vie ! Cependant une carrière dans l’administration internationale, en rapport avec ma formation initiale, ce n’était pas ma passion.
J’ai une Licence en Sciences Politiques et Etudes en Développement International, que j’ai obtenu à l’Université McGill. J’ai terminé mon cursus par un Master à l’ ENAP (Ecole Nationale d’Administration Publique) de Montréal. Pendant mes études j’ai occupé plusieurs types de postes dans le secteur de la banque et j’ai également travaillé sur de nombreux projets sur les femmes et l’accès au crédit dans les pays dit ’en voie de développement’.
Travailler dans mon domaine d’étude me permettait d’appliquer mes connaissances et mes compétences, mais développer mon entreprise était un souhait de longue date. Lorsque l’opportunité s’est présentée, le projet était mûrement réfléchi, mais la décision de se lancer a été planifiée et aujourd’hui je peux dire que je ne regrette absolument pas. Mon fiancé et moi même voulions offrir un service de très haute qualité, il y avait un marché et une demande que nous voulions combler. Outre le fait d’être son propre patron, de travailler pour soi-même, le défi était très stimulant et très enrichissant.
Même au sein de l’entreprise, j’occupe plusieurs fonctions, je gère les relations avec nos clients ainsi qu’une partie des tâches administratives et cela me plaît ! De plus, je suis toujours engagée dans de nombreuses associations telles que les refuges pour femmes, le centre de Montréal pour les victimes d’abus sexuels et d’incestes, avec qui je travaille en parallèle depuis de très nombreuses années.
Rencontrez-vous des difficultés spécifiques en tant que femme noire et chef d’entreprise ? Pensez-vous que vous auriez rencontré les mêmes difficultés en France ?
Pour avoir grandi et vécu en France, je dirais que c’est le jour et la nuit. Ici, à Montréal Il y a beaucoup d’aides offertes et accessibles à tous ceux qui désirent démarrer une entreprise. Il y a également des bourses, aides financières et réseaux d’emprunts mis en place pour les entrepreneurs. Il y a une structure pour aider les gens à mettre en place leur entreprise, concrétiser leur idée. Bien que je n’aie pas bénéficié de bourses ou prêts pour démarrer l’entreprise, j’ai eu accès aux conseils et expertises de ces réseaux. L’accès aux prêts avec les banques demeure assez difficile.
Concernant mon statut, jusqu’à présent je n’ai pas eu de raison de croire que le fait d’être une femme et/ou noire ait été un facteur justifiant l’obtention ou non d’un contrat avec un client. Par contre il me semble que le fait d’être une immigrante de première génération ne facilite pas toujours les choses. Je m’explique. Nous opérons dans l’organisation d’événements, un secteur qui requiert des contacts, des connaissances, des références. Pour obtenir du financement, les banques demandent une caution, des garanties etc...Quelqu’un issu d’une deuxième ou troisième génération par exemple bénéficie d’une certaine intégration qui n’est pas négligeable. Les membres de la famille ont des connaissances ou des contacts dans différents secteurs, ou un parent assez aisé qui peut se porter garant ce qui facilite l’accès au financement bancaires.
Dans notre cas nous devons continuellement faire nos preuves, établir des relations, développer notre réseau, créer un climat de confiance avec les membres de l’industrie, et cela demande de la persévérance, des stratégies et surtout beaucoup de temps.
Pour finir, la communauté noire représente 10% de la population à Montréal, et il existe beaucoup de réseaux notamment des associations venant en aide aux nouveaux arrivants, y avez vous eu recours ?
Personnellement je n’y ai pas eu recours .Ces réseaux existent, il y en a quelques-uns pour aider les personnes immigrantes à démarrer leur business, aide avec le plan d’affaire, etc... Il y a également des prêts disponibles en partenariat avec le gouvernement. Au Québec, Je peux mentionner par exemple la Chambre de Commerce des Entrepreneurs Noirs ou la Jeune chambre de commerce haïtienne- http://www.jcch.ca qui sont très actifs .
Un conseil à donner aux lecteurs d’ananzie qui souhaiteraient faire la même chose que vous ?
Pour ce qui est de se lancer en affaire, j’encourage toutes les personnes qui veulent créer leurs propres opportunités et réaliser un projet de le faire. Mais c’est important de prendre le temps de faire un plan d’affaire, étudier la viabilité de son projet, avoir une stratégie etc.. Aussi, l’accès au crédit avec les banques est très difficile lorsqu’on débute, il est donc primordial pour commencer son activité, d’avoir un acompte personnel de côté. Aussi, Il est très difficile de réaliser un projet tout seul, donc s’entourer des bonnes personnes compétentes, c’est très important.
Vos projets, où vous voyez-vous dans 5 ans ?
Continuer de travailler à l’expansion de Fontaine Chocolatée. Et dans un futur proche, je prévois un voyage au Cameroun, car le soleil me manque ici à Montréal !
Ses bons plans à Montréal Un magasin préféré : Zara Un livre préféré : ’Passeur de Vie’ de Jacques Salomé Resto préféré : Moishes, restaurant de référence en matière de viandes grillées
Vous pouvez joindre Rose Ze Meka : info@fontainecholatee.ca
le site de son entreprise : www.fontainechocolatee.ca