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Saint-Martin

Saint-Martin. Une île oubliée sous influence US

dimanche 5 août 2007 | par Catherine Laupèze
Le 12 février 2006 dernier, la mort d’un gendarme fauché par un motard sur l’île de Saint-Martin braquent les caméras sur ce petit archipel de la Guadeloupe. L’on parle de racisme anti-blanc, de haine. Gros plan sur une île où la majorité des habitants sont sensés être Français, mais qui ont les yeux rivés vers les Etats-Unis. Une France loin d’eux qui tente pourtant de s’imposer.

Quand un fait divers révèle le malaise de toute île. billet d’humeur...

« Fucking Babylone ! ». Lorsque le gendarme Raphaël Clin agonisait sur le bitume du quartier de Bellevue, ces mots ont été prononcés. Une insulte qui veut tout et ne rien dire. Une insulte que les jeunes Saint-Martinois emploient souvent lorsqu’ils sont confrontés à une autorité. Aux gendarmes, notamment. Dans la mythologie rasta, Babylone désigne la société, le monde qui n’est pas comme eux. « Fucking Babylone ! » peut se traduire par : « J’emmerde la société ! ». Les proches du gendarme ont parlé de « racisme anti-Blancs ». A y regarder de plus près, il s’agit surtout d’une manière d’être, de paraître.

L’immense majorité des 40 000 résidents ¬côté français ¬ de Saint-Martin vit sous référentiel américain. D’abord parce que l’île (85 km2, autant que l’île de Ré) est binationale : l’autre partie étant sous tutelle des Pays-Bas. Ensuite, parce que les Etats-Unis sont à 3 000 kilomètres, la métropole à 8 000. Et aussi parce que sur place, au gré des immigrations successives, légales ou non, une centaine de nationalités cohabitent. Alors forcément, c’est l’anglais ¬parfois saupoudré de quelques mots de créole ou d’espagnol qui rassemble Haïtiens, Dominicains, Colombiens, Sri-Lankais, etc. Les jeunes, en particulier, qui ressemblent plus aux ados de L.A. (Californie), qu’à ceux de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : bagouzes aux doigts, éclat de diamants ou d’or sur les incisives, larges colliers en or. Parfois, ils disposent du véhicule qui va avec : le scooter ou la moto gonflée, la voiture ¬ japonaise, de préférence ¬ qui fait du bruit et en jette avec son pare-brise fumé et ses jantes argentées.

Ici, comme partout aux Antilles, le Français est « le métro ». Parfois « le Blanc France ». Il y a vingt-cinq ans, ils étaient un millier, aujourd’hui, 8 000. La plupart d’entre eux, fonctionnaires ou venus faire du business dans une île sans taxes, sont parfaitement intégrés. Mais les Blancs vivent à côté des Noirs, les Haïtiens à côté des Colombiens, etc. Chaque communauté dispose de sa propre église. Souvent des courants évangélistes venus des Etats-Unis. A la marina de Saint-Martin, la plupart des restaurants sont tenus et fréquentés par des Blancs. Comme à Terres-Basses ou Orient Bay deux quartiers, cossus à deux pas de la mer, où il faut montrer patte blanche à des Noirs chargés de la sécurité et de l’entretien. Encore un mode de vie made in USA.

Quant aux uniques représentants de l’autorité de l’Etat, ils constituent eux-mêmes une communauté à part. Cantonnés dans des lieux-dits où ils n’ont que les pompiers pour voisins, peu parlent anglais, de toute façon. Depuis deux à trois ans, sous pression de la fameuse « culture des résultats » chère, à l’ex-ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, les gendarmes ont fait du zèle et du coup ne se sont pas faits que des amis. D’après la calculette du gouvernement, à Saint-Martin, la délinquance serait en baisse de 4 % comparée à 2004. Les chiffres des crimes et délits situent pourtant Saint-Martin à un niveau deux fois supérieur à celui de la Guadeloupe. Ce n’est pas faute d’avoir sévi. Alors qu’il y a encore quelques années, tout saint-martinois pouvait conduire sans ceinture, pas toujours avec une assurance, parfois avec un pseudo-permis obtenu côté hollandais, et quelquefois dans un état d’ivresse avancée, les contrôles routiers se sont multipliés. Une répression qui ne se limite pas uniquement à ceux qui dérogent au code de la route. Les opérations coups de poing contre l’immigration clandestine sont devenus légions et les jeunes ne sont pas épargnés : le moindre fumeur de ganja est désormais traqué, le conducteur de deux-roues qui ne porte pas de casque, verbalisé, etc.

Encore faut-il que le reste suive. Quasi ignoré par l’Etat, Saint-Martin ne bénéficie que de peu d’équipements culturels. Et si les aides sociales arrivent bien, elles ne suffiront pas à empêcher une flambée sociale prévisible. Ne serait-ce que pour des raisons démographiques. En près de trente ans, la population a augmenté de plus de 250 %. La pyramide des âges a pris un sacré coup de jeune. Malheureusement, l’emploi ne suit pas. Selon les estimations préfectorales, le taux de chômage est de 15 %. D’après des calculs municipaux, il atteint 20 % et 30 % chez les moins de 25 ans. Certains jeunes se font une raison : l’exil plus ou moins lointain entre drapeau tricolore ou bannière étoilée. En clair : la Caraïbe ou les Etats-Unis. Très rarement la métropole. Beaucoup espèrent pourtant rester au pays et t trouver des « jobs », pas toujours déclarés.

Zoom sur les DOM-TOM La France de l’outre-mer se compose de départements d’outre-mer (DOM) et de territoires d’outre-mer (TOM)

Les DOM sont au nombre de 4 : La Guadeloupe qui comportent quatre archipels (Les Saintes et Saint-Martin, La Désirade et Marie-Galante), la Martinique, la Réunion et la Guyane. Les DOM observent les mêmes règles que les départements de la métropole. La loi du 31 décembre 1982 en a fait des régions monodépartementales : ils sont donc dotés d’un conseil régional, en plus du conseil général que possède tout département français.

Les TOM sont au nombre de 7 : 2 territoires océaniens, Wallis et Futuna et la Polynésie française, et 5 Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) habitées seulement par des scientifiques : îles Amsterdam, Saint-Paul, Crozet, Kerguelen, et la Terre-Adélie. Les TOM disposent de "statuts différenciés" et leurs institutions ne sont pas identiques.

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